Les Roms Roumains à Aix

Les Roms Roumains à Aix

 

(extraits de la prise de parole de Marc Durand, militant LDH, le 4 sept 2010 lors du rassemblement de protestation contre la xénophobie d'Etat et la politique du pilori ...)

 

Sur la ville d'Aix, on compte trois groupes de Roms roumains migrants et quelques isolés.

Ce sont d'anciens sédentaires roumains qui essayent de gagner un peu d'argent pour faire vivre les familles restées en Roumanie.

Ces trois groupes ont vécu la même discrimination en Roumanie, ils revivent ici les mêmes discriminations, ils parlent la même langue ; mais il est abusif et trompeur de les considérer comme un groupe homogène...

Ils sont pour la plupart analphabètes, parlent très mal ou pas du tout notre langue, et ont donc beaucoup de mal à établir des relations ; mais certains ont le baccalauréat et parlent très bien le Français.

Ce qui en fait un groupe spécifique, c'est la discrimination et donc la la mairie, responsable de l'aire d'accueil, sait fort bien qu'elle est réservée aux Gens du Voyage, qui sont Français, qui ont un carnet de circulation très règlementé.

Donc ils ont du s'installer sur un terrain vague de l'Arbois, loin de tout, sans eau ni électricité.

Pas de soins, ni scolarisation. Et ce groupe s'est beaucoup aggrandi, à la suite des incessantes opérations de police lancées un peu partout en France l'été dernier contre ces populations. Ce qui fait aujourd'hui une bonne centaine de personnes vivant dans un bidonville.

Ils vivent de la manche et de la revente de ce qu'ils récupèrent dans les bennes à ordures ; cet argent liquide leur sert surtout à payer des allers-retours en Roumanie, et à soutenir les familles laissées au pays.

Ce sont des gens très ingénieux, très industrieux, qui positivent leur situation, mais sont abandonnés là, sans grand lien entre eux.

Certains enfants étaient scolarisés en Roumanie, d'autres sur leur précédent lieu de vie en France ; mais la chasse qu'ils ont subie a tout cassé. Il faut tout reprendre : vaccination, aide médicale, scolarisation...

 

Un second groupe, après avoir été chassé d'un terrain situé entre la ZAC et Les Milles, s'était installé Chemin des Flâneurs à la ZAC, entre l'autoroute et des clôtures d'entreprises. Ils ont d'abord subi une demande d'expulsion, au motif qu'ils seraient dangereux pour l'autoroute...passant deux mètres en contrebas, derrière un clôture haute de deux mètres et une épaisse haie d'arbres...Le tribunal a estimé la demande d'expulsion infondée ; alors la maire a demandé l'expulsion pour trouble manifeste à l'ordre public. Le tribunal a accepté cette fois-ci l'expulsion. Ces Roms devaient eux aussi rejoindre l'aire d'accueil des Gens du Voyage de l'Arbois (qui leur est autant interdite qu'au premier groupe).La maire a demandé pour l'expulsion l'aide de la police qui lui a été accordée par le sous-préfet ; la police qui exerçait déjà sur eux depuis des mois de fortes pressions, a fait en sorte qu'ils disparaissent d'un coup ; ils n'ont pas laissé de traces ; certains sont reparus quelques mois plus tard en ville, sans qu'on sache où ils logent...

 

Un troisième groupe est installé à trois cents mètres de là depuis quelques années, près de la voie ferrée de Rognac, entre ZUP et ZAC. La police a profité de l'expulsion du groupe précédent pour faire pression sur eux : On mélange les affaires, on leur dit que le tribunal a décidé de leur expulsion, on les contrôle sans cesse, ils ont peur. Mais ils ont compris que le tribunal n'avait rien décidé les concernant, et qu'ils n'étaient pas sur un terrain communal : Ils sont restés.

Alors on a organisé le grand cirque : Après avoir informé la presse, sont débarqués CRS, PAF, Police d'Aix, pour contrôle d'identité, et des bulls sont venus écraser non loin, les caravanes abandonnées sur le Chemin des Flâneurs. Tout ceci, pas en douceur évidemment, mais avec démonstration de force et non respect des personnes : pour bien montrer qu'à Aix on expulse, et avec la manière forte.

Petit grain de sable : l'évêque venu les visiter est arrivé en même temps que les policiers : ce qu'il a vu ne lui a pas du tout plu...

 

Un quatrième groupe, composé d'une quinzaine d'adultes et une vingtaine d'enfants, des Serbes, vit depuis quatre ou cinq ans sur le plateau de l'Arbois. Cabanes de planches adossées à de vieilles caravanes ; un point d'eau au milieu du terrain, raccord sauvage d'électricité dérobé à un poste proche, pas de toilettes. Les enfants du primaire sont scolarisés aux Milles, les collégiens à Vitrolles. Deux familles se débrouillent à peu près, les autres sont totalement démunies.

 

Encore sur l'Arbois se trouvent quelques Roumains qui vont et viennent, ne possèdent rien, parfois sous la tente, parfois une vieille caravane qu'ils abandonnent en partant.

Pas mal de passages de Croates qui semblent mieux se débrouiller car ils ont les moyens de se déplacer, bien que leurs caravanes ne soient pas reluisantes.

Un petit nombre de Roms d'Aix s'entassent dans des logements qu'ils sous-louent (le plus souvent à des Maghrébins de la ZUP). Cela leur évite les tracasseries policières et les met à l'abri des intempéries, avec un minimum de confort (eau, électricité, toilettes).

 

Tous ces gens ne sont pas ici et ne vivent pas ainsi par choix, ils ne sont ni des gens du voyage, ni tsiganes, ni nomades. On ne veut pas les recevoir, tout est fait pour qu'ils ne puissent avoir ni un travail normal, ni un logement ; de plus, ignorant la langue française, analphabètes, ils sont d'autant plus

Nous sommes ici pour protester.

 

 

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