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Cent Paroles d’Aix, journal local alternatif

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Billet de blog 1 mai 2011

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« La Parole aux Sans Paroles » d'Aix-en-Provence et d'ailleurs. Parole de Céline. Les violences conjugales

 - Les violences au sein du couplerestent bien trop souvent taboues et franchissent peu les murs du domicile conjugal. Cependant, depuis quelques années, il nous semblait que

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- Les violences au sein du couplerestent bien trop souvent taboues et franchissent peu les murs du domicile conjugal. Cependant, depuis quelques années, il nous semblait que la loi du silence commençait à reculer petit à petit : la médiatisation croissante encourageait les victimes à parler, de nouvelles lois apparaissaient, reconnaissant cet acte comme un délit aggravé et la prise en charge des femmes victimes de violences conjugales se structurait progressivement autour :

  • du monde médical
  • de la police et de la gendarmerie (avec des cellules«violence conjugale»)
  • du judiciaire
  • du milieu associatif.

Qu'en est-il sur le terrain ? Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, il semble que les choses se dégradent plus qu'elles ne s'améliorent ...

Pour vous en donner une idée, je vous livre le témoignage de Céline, 44 ans, du Pays d'Aix-en-Provence, femme au foyer, en instance de divorce.

« Je fais partie de ces mères au foyer abusées. Grâce à une amie qui me l'a conseillée, j'ai découvert l'Association stop violences femmes d'Aix-en-Provence ( http://stopviolencesfemmes.pagesperso-orange.fr/partenaires.html)

Après y être allée quelques fois confier ma détresse, l'association m'a aidée à mettre à jour, à travers ce que je lui racontais, des maltraitances psychologiques et morales graves dont je n'avais pas complètement conscience. Elle m'a alors encouragée à aller passer une audience auprès de la gendarmerie de Gardanne (j'habite un village proche de cette ville) car il y avait là-bas une cellule avec une « référente violences conjugales ». J'ai sonné à cette gendarmerie le Vendredi 17 Décembre 2010 :la personne qui m'a reçue connaissait vraiment ce problème et savait tout aussi bien prendre en charge une femme arrivant avec autant de choses à dire... Je me suis laissée porter et elle a mis à jour des choses ... des abus que je n'avais jamais dits à personne, que je ne m'étais même jamais avoués à moi-même.

Comment s'y est-elle pris, pour arriver à un tel résultat ? Au début : un simple questionnaire où se trouvaient des cases à cocher ou pas. Puis, une fois le questionnaire rempli, la référente a pris ce questionnaire en main, et pour chacune des 4 pages, elle m'a invitée tranquillement, sans brusquerie, mais surtout avec habilité et subtilité à y répondre un peu plus en profondeur, en répétant les questions auxquelles j'avais répondu positivement.

Une heure trente plus tard, l'analyse était faite, je sortis de cette gendarmerie, avec l'amie qui m'avait accompagnée et qui avait été autorisée à assister à l'entretien,( une personne proche m'avait donc entendue pour la première fois, une personne savait tout de moi), j'avais vidé un énorme sac, j'avais été comprise, je me sentais légère, propre, mais le travail de cette dame m'avait vidée, épuisée, tant cet instant fut fort en émotions, ainsi qu'en prise de conscience. Je repartis donc avec les coordonnées de la gendarmerie et autres numéros d'urgence au cas où j'en aurais besoin pour ma sécurité. Je me sentais complètement rassurée.

Deux mois après cet entretien, le Vendredi 11 février 2011 exactement, dans le cheminement de mon divorce, dont je parlerai après, j'ai eu besoin de revoir cette référente. J'ai voulu prendre RVmais on m'a répondu que le poste violences conjugales n'existait plus ! Plus de cellule « violences conjugales ». Entre les deux dates, elle avait disparu.

Quelle déception ! De quoi décourager toutes ces femmes privées de tout par leur mari et vivant dans la peur !

Le soutien trouvé, tant apprécié, tout aussi porteur, faisait machine arrière !

De quoi freiner toute démarche dans ce sauvetage bien précaire...De plus, personne ne savait que ce poste de la gendarmerie avait été tout bonnement supprimé . »

Après ce témoignage incroyable de Céline, j'ai essayé de me renseigner : qui était au courant de la fermeture de ces cellules ? Personne n'en avait entendu parlé ... pas même l'association stop violences femmes ! Encore un triste exemple de ces grands effets d'annonce, qu'on claironne à qui veut les entendre, de ces réformes innombrables qui disparaissent à peine entrées en vigueur, sans qu'on n'en dise rien. Mais dans la population, cela fait des ravages. Mieux valait ne rien promettre à ces femmes plutôt que de trahir leur confiance et leur espoir pour les laisser encore plus démunies qu'avant. Après cet épisode, Céline a mis quelques longs mois à retrouver l'envie de se battre.

Que ces paroles (proposées sur le site du Ministère de l'Intérieur) seraient belles si elles étaient suivies d'effets ! ... http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_votre_service/aide_aux_victimes/violence-couple (Mis à jour le : 22/07/2009)

Appréciez vous-même :

Les violences commises au sein du couple occupent une place importante dans les crimes et délits contre les personnes et constituent un problème majeur en raison de leur impact sur les fondements de la société.

Une étude statistique conduite par la délégation aux victimes du ministère de l'intérieur en 2006 a permis d'établir qu'une femme décède tous les trois jours des conséquences des violences perpétrées par son partenaire. Dès lors, l'investissement de toutes les institutions ayant à connaître de ce phénomène doit être total. Ce sont les instructions qui ont été données aux services de police et de gendarmerie.

L'action du ministère de l'intérieur s'articule autour des axes suivants :

* la formation du personnel, policiers et gendarmes

* l'accueil

La formation ... insiste sur la qualité de l'accueil. Elle permet aux personnels de se spécialiser dans certains domaines dont la problématique des femmes victimes de violences au sein du couple.

S'en suivent sur le site du Ministère de l'Intérieur des séries de mesures dont on peut imaginer aussi la brièveté de la durée de vie ... telles que :

* La contribution de psychologues pour un meilleur traitement des violences conjugales.

En 2008, 29 psychologues recrutés par le ministère de l'intérieur exercent leurs fonctions dans des sites de police répartis sur le territoire national.

En voilà encore quelques-uns qui doivent être au chômage ou encore en attente d'être recrutés !...Inutile de préciser qu'on n'a proposé à Céline aucune solution de rechange, ni à Gardanne, ni ailleurs. Elle avait été reçue avec respect, on l'avait encouragée à parler de cette violence insoutenable, on lui avait fait comprendre que les faits étaient graves, qu'elle était en danger, qu'on la protègerait et qu'à la moindre alerte, il ne fallait pas qu'elle hésite à revenir. Et tout d'un coup, il n'y avait PLUS DE PROBLÈMES DE VIOLENCES FAITES AUX FEMMES, plus de besoin, plus de danger, plus de protection, PLUS RIEN...... Tout cela était mort et enterré : presqu'une illusion ...

Mais Céline, elle, est toujours de ce monde heureusement ! Et encore en train de se battre pour arriver à s'en sortir ....

Dans son dispositif d'aide, il y avait donc aussi, en parallèle, le judiciaire. Écoutons-la poursuivre ...

Lorsqu'au printemps 2010 j'ai découvert l'Association Stop Violences Femmes d'Aix-en-Provence, j'ai pu bénéficier aussi d'un rendez-vous, dans leurs locaux, avec une avocate faisant partie de l'association. En quelques mots, elle m'a comprise, et de ce fait je décidais de la prendre comme avocate pour mon divorce. Première déception, ayant un bien immobilier, je ne pouvais pas prétendre à une aide juridictionnelle, il fallait que je paye intégralement mon divorce. Etant femme au foyer depuis 20 ans, donc sans salaire, sachant que mon bien immobilier est un acquis qui ne serait partagé qu'en phase finale de mon divorce, je me rendis bien compte que les moments difficiles étaient loin d'être finis !

Nous avons déposé une requête au tribunal le 8 octobre 2010, avec une séance de conciliation prévue environ 2 mois et demi après cette date, ce qui aurait dû correspondre à la mi-décembre 2010. Par la plus grande des malchances, le tribunal d'Aix était en plein déménagement et ce n'est que le 15 Mars 2011(trois mois après) que mon mari et moi, accompagnés de nos avocats respectifs, avons pu nous rendre à notre convocation.

C'est dans cette période intermédiaire que Céline aurait eu tant besoin de la référente, car c'est une époque où elle a été particulièrement en danger. Elle poursuit :

J'étais soulagée, j'allais pouvoir clamer haut et fort : je veux enfin avoir le droit de divorcer !

Interrogée la première, seule en face de Mme la juge, j'ai vite déchanté. Mme la juge m'a expliqué qu'en divorçant je perdrai un certain confort, pire, que la précarité m'attendait ! Et tout ça, en ne considérant que l'aspect matériel, financier, sans aucune considération pour la femme victime que je lui ai déclaré être. Elle a même rajouté : « vous êtes complètement dans le Néant » ! La seule chose que je suis arrivée à répondre, c'est que j'étais consciente que devant moi c'était le néant, mais je savais aussi que ce que j'avais vécu jusque là je ne voulais plus jamais le revivre !!!

A ces mots, Madame la juge m'a laissée sortir de son bureau, pour y recevoir mon mari. J'étais complètement démolie.

Puis elle nous a repris tous les deux avec nos avocats. Mon avocate a proposé une demande de garde des enfants de ma part, refusé le toit de notre maison, sachant que je vis depuis deux ans dans une pièce aménagée dans le sous-sol, avec des barreaux aux fenêtres, sans aucune sortie possible vers l'extérieur (sauf à passer par l'étage où Monsieur fait la loi ), sous la pression continuelle de mon mari, sans chauffage l'hiver (température 14 °) mais surtout avec la peur au ventre toutes les nuits ! Ceci pouvait expliquer le fait que je veuille quitter cette maison remplie de souvenirs aussi difficiles.

La juge intervint à nouveau en me regardant :

- Vous allez droit dans le mur, vous vous croyez au pays des merveilles... En étant sans revenus et de plus en refusant votre maison vous perdrez vos enfants et tomberez dans la précarité.

Le verdict devait être rendu le 4 Avril 2011. Et à ce jour (dimanche 1er mai 2011), je l'attends toujours et lutte pour ne pas me laisser aller au découragement....

Femmes de tous horizons, Féministes d'ici et d'ailleurs à qui nous devons tellement d'avoir défendu la cause des femmes, il faut se remobiliser ! Nous risquons de perdre sur tous les fronts en ce moment, y compris dans un combat des plus consensuels, à savoir celui qui s'oppose aux violences faites aux femmes !

Camarades syndicalistes qui entervenez dans ces domaines de la police, de la gendarmerie, de la justice, répondez-nous, dites-nous en plus, associez-vous à notre dénonciation de ces mensonges et de ces reculs.

Entre décembre 2010 et aujourd'hui, me dit Céline, en guise de conclusion, trois maris ont tiré sur leurs femmes dont deux sont mortes sur le coup dans un rayon de 10 Km aux alentours de chez moi. (voir http://www.lepoint.fr/societe/bouches-du-rhone-une-femme-abattue-devant-la-gendarmerie-par-son-mari-10-01-2011-128702_23.php et http://www.laprovence.com/article/region/pres-daix-un-homme-tue-son-epouse-puis-se-suicide)

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