Svetlana Tsikhanovskaïa: «Beaucoup de gens brillants ont dû fuir le Bélarus»

La révolution bélarusse souffle sa première bougie. Un an après le simulacre d’élection présidentielle remporté par Alexandre Loukachenko, « Le Courrier d’Europe centrale » s’est entretenu avec Svetlana Tsikhanovskaïa, figure de proue en exil de l’opposition. « J’ai fait tout ce que j’ai pu », nous dit-elle.

Propos rapportés par Ania Nowak.

Ania Nowak / Le Courrier d’Europe centrale : Il y a un an, vous avez refusé de reconnaître la victoire d’Alexandre Loukachenko à l’élection présidentielle. Quand vous regardez en arrière, quelles sont vos impressions ?

Svetlana Tsikhanovskaïa : Je sais que la majorité des Biélorusses ont voté contre Alexandre Loukachenko, et qu’il a perdu l’élection. La Biélorussie s’est lassée de lui, de sa politique, de son manque de respect pour le peuple. Je me souviens parfaitement de cette journée, je suis allée voter, puis nous sommes allés au quartier général pour attendre les résultats. Je me souviens encore de l’espoir, de l’énergie, et du soutien des gens ordinaires, qui ont été nombreux ce jour-là à se rendre pour la première fois à un bureau de vote, juste pour dire : « Assez ! ». Quand les manifestations ont commencé, dans la soirée, nous ne savions pas très bien ce qui était en train de se passer, Internet avait été coupé, et très peu d’informations nous parvenait. Mais les manifestations étaient non seulement prévisibles, mais inévitables. Les gens sont descendus dans la rue pour protéger leur choix. Je ne sais pas si je pourrais avoir fait les choses différemment, j’ai fait tout ce que j’ai pu.

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La propagande étatique est particulièrement dure envers vous et l’opposition. Qu’en pensez-vous ? Estimez-vous qu’un dialogue constructif avec le régime soit encore possible ?

Il n’y a pas d’alternative au dialogue, seul le dialogue peut conduire à une solution pacifique. Nous sommes prêts à dialoguer, mais le régime ne l’est pas. Il doit pourtant admettre que c’est terminé, que les choses doivent aller de l’avant. Et pour cela, la seule solution, c’est d’organiser une élection anticipée. Mais avant cela, il faut que tous les innocents soient libérés de prison. Les autorités sont très dures dans leur propagande contre l’opposition, parce que c’est la seule chose qu’elles peuvent faire. Ils ont perdu l’élection, ils se sentent faibles et ont perdu leur assurance.

En Biélorussie, la société civile a essuyé de violentes attaques de la part du régime, notamment les journalistes, les activistes, les artistes ont dû quitter le pays, ou ont fini en prison. Qu’est-ce qui peut être fait pour les aider ?

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