La Hongrie «illibérale» de Viktor Orbán au service du patronat allemand

En Hongrie, «lorsque le gouvernement lance une attaque contre George Soros, il le fait aussi pour dissimuler à quel point et dans quelle proportion il mène une politique au service des entreprises». Les députés hongrois débattent depuis plusieurs semaines d’un projet de loi visant à détricoter le code du travail. Une faveur de Viktor Orbán au patronat allemand.

Tribune de András Jámbor publiée le 19 avril 2017 dans Kettős Mérce. Traduite du hongrois par Ludovic Lepeltier-Kutasi.


Traduction publiée initialement sur Hulala le 24 avril 2017.


Viktor Orbán continue de lutter avec les mots contre l’Occident. Contre George Soros, et puis contre le grand Capital. En fait contre tout le monde. En attendant, le gouvernement s’apprête à faire voter une loi selon laquelle, la répartition des heures de travail pourra se faire sur trois ans, afin que les entreprises puissent jouer aux échecs avec les heures travaillées et les heures de repos, et dont la principale disposition serait la suppression de la majoration des heures supplémentaires durant les périodes d’augmentation de la cadence (uniquement si la convention collective le prévoit, mais chacun sait que les conventions collectives et la défense de l’intérêt des salariés ne valent plus grand chose en Hongrie).

Dans le cas du travail en équipe et du travail saisonnier, le projet prévoit une répartition mensuelle du jour de repos hebdomadaire. Avec ce texte, le gouvernement laisse aux employeurs le soin de faire ce qu’ils veulent du temps de repos des salariés et de la répartition de leur temps de travail.

Alors que la société hongroise vit au rythme de la lutte de libération du gouvernement contre le grand capital, examinons plutôt les faits. Comme nous y invite Orbán lui-même : « ne regardez pas ce que je dis, mais ce que je fais ». Viktor Orbán a déclaré en décembre dernier que la base de l’économie hongroise consistait dans sa compétitivité sur le terrain des bas salaires. En janvier, le gouvernement a ainsi baissé de 19 à 9% l’impôt sur les entreprises. Autant d’argent en moins que les multinationales ont à payer en Hongrie.

Ce que nous pouvons également observer, c’est ce qu’il est advenu de ce combat livré par Orbán contre les multinationales : au final, c’est nous qui buvons le bouillon. Le gouvernement a élaboré des impôts sectoriels à l’encontre des banques et des entreprises de télécommunications en 2012. Le résultat : en Europe centrale, c’est le secteur bancaire hongrois qui se fait le plus d’argent par client, quant au montant des forfaits téléphone et Internet, c’est en Hongrie qu’il est le plus élevé à l’échelle de l’Union européenne. C’est tout ce à quoi ont servi ces impôts sectoriels : au fait qu’à la fin, ce sont les consommateurs qui trinquent.

L’essentiel, c’est que nous avons affaire à une guerre sans canon, dont l’objet n’est pas la défense des intérêts des consommateurs ou des salariés hongrois, mais bien la consolidation du pouvoir d’Orbán ainsi que la poursuite de la corruption.

Lorsque le gouvernement lance une attaque contre George Soros, il le fait aussi pour dissimuler à quel point et dans quelle proportion il mène une politique au service des entreprises. Et que personne n’évoque l’état de la santé ou de l’éducation, qui pourraient être un vivier de productivité et de bien-être social. Sans parler des travailleurs pauvres, lesquels doivent bosser 40 heures ou plus par semaine afin de pouvoir prétendre au prêt qui financera l’éducation de leurs enfants, qui ont peur de perdre leur maison, qui doivent choisir quelle facture ils pourront honorer à la fin du mois.

Lorsque le gouvernement bataille contre l’Union européenne, il ne le fait pas dans l’intérêt des citoyens hongrois, mais uniquement pour conserver ses privilèges. Quand les éditorialistes pro-Fidesz traitent Merkel de pute, ce ne sont pas les entreprises allemandes qu’ils envoient paître, car Orbán fait tout pour qu’elles restent dans le pays. Bien sûr que c’est une bonne chose que ces entreprises soient là, tant qu’elles donnent du travail, mais ce serait également une bonne chose que le gouvernement n’agisse pas unilatéralement en fonction de leurs seuls intérêts. Mais qu’il défende aussi ceux des salariés hongrois.

Le capital ne s’en porte pas plus mal, il sait très bien s’accommoder des régimes autoritaires. Orbán leur garantit même des perspectives plus intéressantes qu’ailleurs, parce qu’ils n’ont pas à gérer ces méchants syndicats, parce qu’il n’y a pas à s’occuper du droit du travail (comme le projet de loi l’illustre bien) et parce qu’avec l’étouffement des médias et la diabolisation des libertés fondamentales, il est beaucoup plus facile d’exploiter les travailleurs.

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