Nous ne sommes pas des crevettes : la lutte d'une jeunesse marocaine

Dans la zone franche de Tanger, Badia est employée dans une usine du port pour décortiquer des crevettes aux côtés de nombreuses collègues. La nuit, elle multiplie les combines pour gagner de l'argent et se sortir de sa situation intenable.

"Sur la planche" de Leïla Kilani © Epicentre Films "Sur la planche" de Leïla Kilani © Epicentre Films

Sortie DVD : Sur la planche de Leïla Kilani

En 2011, pour son premier long métrage de fiction, la cinéaste Leïla Kilani proposait un regard inaccoutumé sur le Maroc invisible, celui des jeunes travailleuses des grandes usines à la chaîne. Tout commence par la plongée amplement subjective d'une jeune fille à la psychologie complexe au bord de l'implosion avant d'entrer en immersion totale dans une usine où son individualité, face à la succession des ouvrières portant les mêmes costumes de travail, semble être annihilée. Le récit prend ses racines dans la réalité documentaire tout en restant pleinement dans une fiction totalement assumée flirtant avec une grande subtilité avec le polar. Tanger est ici en pleine transformation avec les activités économiques de la zone franche, promesses illusoires d'enrichissement venu d'Europe, mais qui est une exploitation de plus d'entreprises souhaitant maximiser les profits au détriment du bien être de la population locale. Badia et trois autres filles multiplient les actes illicites pour trouver autant de combines pour survivre et sortir de leurs conditions. C'est une course infinie à l'indépendance où la violence des conditions de travail n'a rien à envier à celle du quotidien dans une société qui ne semble pas avoir de projets pour sa jeunesse. Ainsi, Badia est un personnage isolé, sans liens familiaux et qui sans cesse se crée ses propres codes pour pouvoir avancer et justifier ses actes. La situation est en permanence tendue pour elle qui est « sur la planche » face au vide le plus désespérant. Le film lance un terrible cri d'alarme à l'égard d'une jeunesse féminine sacrifiée, marginalisée, oubliée au Maroc. La réalisation de ce film anticipait déjà les revendications de la jeunesse des Printemps arabes de 2011. Quelques années plus tard, ce regard de Leïla Kilani n'a rien perdu de sa perspicacité à sonder le mal être de son époque en espérant qu'un nouveau film de sa part puisse continuer à réveiller les consciences sur le monde contemporain, au Maroc comme ailleurs.

 

 

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Sur la planche
de Leïla Kilani
Avec : Soufia Issami (Badia), Mouna Bahmad (Imane), Nouzha Akel (Asma), Sara Bitioui (Nawal)
Maroc, France, Allemagne – 2011.
Durée : 106 min
Sortie en salles (France) : 1er février 2012
Sortie France du DVD : 5 février 2013
Format : 1,85 – Couleur
Langues : anglais, français, arabe - Sous-titres : français.
Éditeur : Épicentre Films
Bonus :
Interviews de la réalisatrice et de l’équipe du film
Avant-première
Galerie de photos
Biographie de la réalisatrice
Bande-annonce du film

 

 

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