Entretien avec Hicham Hajji, pour son film "Redemption Day"

Hicham Hajji était au festival de Cannes en mai 2019 présenter le film "Redemption Day" tourné au Maroc actuellement en post-production dont il est à la fois le réalisateur, le producteur et le scénariste. Il témoigne dans cet entretien d'une autre forme de cinéma indépendant entre le Maroc et les USA encore méconnue en France.

Hicham Hajji © DR Hicham Hajji © DR

Cédric Lépine : Quel a été votre parcours avant de passer à al réalisation et à la production ?
Hicham Hajji :
J’ai commencé ma carrière en tant que second assistant réalisateur ou j’ai vite grimpé les échelons pour devenir premier dans plusieurs longs métrages marocains, français et américains principalement.
Rapidement, je me suis senti plus proche de la production. Par logique, je suis devenu directeur de production et j'ai créé ma société de production où j’ai pu avoir plusieurs projets en tant que producteur exécutif. J’ai ensuite développé mes propres projets en tant que producteur.


C. L. : Quel est le sujet du film Redemption Day ?
H. H. :
Après avoir découvert les plus vieux ossements humains au Maroc datant de plus de 300.000 ans, Kate Paxton, une célèbre archéologue américaine, se rend sur place avec son équipe afin de les étudier mais se fait soudainement kidnapper par un groupe terroriste. Son mari, un soldat américain, va tout faire pour la sauver avec l’aide d’un agent marocain de la brigade anti terroriste avec qui il a servi en Syrie. Brad Paxton se retrouvera impliqué dans une opération audacieuse et meurtrière qui le confrontera à ses démons personnels ainsi qu'aux forces les plus puissantes et les plus sombres de son propre gouvernement.


C. L. : Qu'est-ce qui vous tient le plus à cœur dans ce projet ?
H. H. :
Un ami de lycée a perdu sa sœur dans un attentat terroriste, je voulais vraiment faire un film où l'on raconte ce genre d’histoire avec un point de vue de « local », contrairement à ce qu’on a l’habitude de voir dans les films américains ou tout est soit noir soit blanc.


C. L. : Comment en êtes-vous venus à vous installer aux USA ?
H. H. :
Après avoir travaillé 13 ans dans le cinéma au Maroc, je ne me voyais plus vraiment évoluer et j’avais l’impression de faire du surplace. La décision était difficile parce que j’ai dû quitter mes enfants, mais je savais que c’était en partant à Los Angeles que la magie se ferait. J’ai dû faire un gros sacrifice personnel et un important investissement financier et surtout batailler très fort pour pouvoir atteindre les gens avec qui je voulais collaborer et leur faire croire au projet que j’étais entrain de développer.


C. L. : Quelle est votre place vis-à-vis des studios américains ?
H. H. :
Je suis un tout petit producteur indépendant. Dans un monde idéal, lorsque les studios verront la qualité de mon film, ils m’engageront pour en faire d’autres avec le même système économique. Les avoir à mes côtés permettrait une garantie pour mes investisseurs et une plus grande distribution.


C. L. : Quelle est répartition au sein de l'équipe, des savoir faire entre le Maroc et les USA ?
H. H. :
L’équipe est à 90% marocaine. C’est une équipe rodée qui a l’habitude de travailler dans les gros films américains qui se tournent au Maroc.


C. L. : Comment se met en place une coproduction entre le Maroc et les USA : quels sont les apports financiers des deux pays ?
H. H. :
Le coproduction était évidente, c’est ma société marocaine et ma société américaine qui coproduisent ensemble. En somme, ce n’est pas la coproduction classique ou deux entités essaient de faire des apports, mais j’étais le seul à bord à trouver des investisseurs privés à droite et à gauche, à qui j’ai vendu du rêves et invité sur le plateau de tournage ainsi que des soirées avec les stars, tout en leur montrant un business plan solide, et un deal avec une société de vente internationale qui garantit un minimum de ventes.


C. L. : Quels sont les avantages et les inconvénients de l'industrie du cinéma de chacun des deux pays ?
H. H. : « 
L’avantage » je dirais au Maroc est qu’il y a une aide publique. Généralement les films marocains sont financés à 100% avec cette aide. « L’inconvénient », c'est que les producteurs ne font aucun d’effort pour avoir un film rentable vu que la perte financière est quasi nulle. L’autre inconvénient est que l’arabe marocain est inexportable vu qu’il est différent de toutes les autres langues arabes.
L’avantage aux États Unis est qu’il n’y a aucune subvention, ce qui donne l’aspect business au film. Le producteur va tout faire en sorte pour que le film soit le plus commercial possible, que cela plaise et que ça soit vendable et rentable. La visibilité est automatiquement internationale. 
L’inconvénient est l'absence de subventions mais il y a tout le reste !


C. L. : Quelle diffusion le film aura-t-il aux USA ? A-t-il déjà un distributeur ?
H. H. :
Le film n’est pas encore terminé, en revanche nous avons un vendeur international oscarisé qui est spécialisé dans les drames d’actions.
Le distributeur pour le marché américain ne devrait pas tarder, une fois que nous auront un montage final.


C. L. : En France, seul le cinéma marocain « d'auteur » issu des festivals prestigieux est diffusé : quel regard portez-vous sur la diffusion du cinéma marocain en France et son évolution ?
H. H. :
Effectivement, pour intéresser le public français à voir les films marocains, la seule plateforme de communication est le festival, et ce denier ne s’intéresse qu’au cinéma d’auteur à caractère social.
Ce n’est pas vraiment mon genre de cinéma, et je reste convaincu que pour exporter un cinéma « marocain » il faut créer dès histoires marocaines en langue anglaise où l'on fait intervenir des protagonistes internationaux, ce qui permettra une plus grande visibilité et distribution. Chose qu’ont fait les plus grands cinéastes des pays autres que les États-Unis.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.