Entretien avec Roland Nurier, réalisateur du film "Le Char et l'olivier"

Mercredi 6 novembre sort dans les salles de cinéma le documentaire "Le Char et l'olivier" réalisé par Roland Nurier : il y est question de l'histoire récente de la Palestine à partir du mouvement sionisme, manifestation colonialiste tout droit issue du XIXe siècle, et ses conséquences actuelles sur les habitants d'une même terre.

Roland Nurier © Hérisson Rebelle Roland Nurier © Hérisson Rebelle
Cédric Lépine : Pouvez-vous rappeler dans quel contexte s'est imposée l'envie de réaliser ce film ?
Roland Nurier :
Je m’intéresse depuis très longtemps à la situation géopolitique du monde et particulièrement à ce territoire Palestine-Israël. Je suis un citoyen engagé, passionné de Cinéma depuis l’adolescence et Président d’une association de cinéma d’Art et d’Essai en Beaujolais Sud (Tarare).
Un premier voyage en 2014 de deux semaines m’avait bouleversé et j’ai longtemps réfléchi à ce que je pouvais faire de ce que j’avais vu en vivant dans des familles palestiniennes et en étant confronté à leur quotidien dans les territoires occupés. J’avais depuis un bon moment envie de faire un film, donc le réaliser sur la Palestine s’est presque imposé naturellement. Je dois rajouter que l’élément déclencheur a été ma rencontre début 2017 avec la réalisatrice palestinienne Mai Masri qui m’a beaucoup encouragé à passer à la réalisation. D’autres rencontres dont une avec une autre réalisatrice palestinienne Maryse Gargour m’a conforté dans l’idée de faire ce premier film… Je suis donc reparti en Palestine en 2017 avec une caméra.


C. L. : Comment avez-vous choisi vos interlocuteurs ?
R. N. :
J’ai beaucoup lu d’ouvrages ces vingt dernières années d’une bonne partie des interlocuteurs qu’on retrouve dans le film : Jean Ziegler, Elias Sanbar, Dominique Vidal, Alain Gresh, Michel Warschawski, Pierre Stambul, Richard Falk… Donc mes priorités étaient d’obtenir des entretiens avec ces personnalités, de capter leurs paroles et leur réflexion au travers de questions très précises sur les thématiques développées dans la narration… L’idée a été ensuite de marier la parole de ces spécialistes, de ces historiens, journalistes avec des témoignages « de vie au quotidien » de Palestiniens en allant sur le terrain…


C. L. : Quelles ont été les difficultés auxquelles vous avez été confronté pour réunir toutes ces informations ?
R. N. :
Pas de grandes difficultés, il faut juste s’adapter aux emplois du temps de ces personnalités et avoir les bons contacts pour aller chercher les témoignages de Palestiniens sur le terrain.

"Le Char et l'olivier" de Roland Nurier © Destiny Films "Le Char et l'olivier" de Roland Nurier © Destiny Films


C. L. : Du côté des journalistes, pourquoi avoir choisi les anciens rédacteurs en chef du Monde diplomatique et de Politis ? Est-ce plus compliqué d'avoir le témoignage d'un journaliste sur un poste à responsabilité encore en fonction actuellement pouvant parler ouvertement de la situation de la Palestine ?
R. N. :
Concernant les journalistes du Diplo et celui de Politis, étant abonné de ces deux journaux, comme je l’ai dit ( j’ai lu et relu leurs ouvrages passés et récents) cela m’a donc semblé évident de vouloir les rencontrer. En outre c’est vrai qu’étant détachés de leurs responsabilités passées (sauf pour Denis Seifert), je me disais qu’ils seraient probablement encore plus ouverts pour se livrer à mes questionnements sans aucune retenue… Mon choix est allé vers des spécialistes reconnus de la situation en Palestine-Israël. Leurs travaux ne souffrent de mon point de vue d’aucun esprit partisan, et je précise au passage qu’ils sont pour la plupart « juifs ».



C. L. : Quels sont les grands tabous à l'heure actuelle du côté des journalistes français, par exemple, et des politiques en Europe pour parler franchement de la situation des Palestiniens ?
R. N. :
J’ai pris conscience ces dernières années qu’il y a chez certains journalistes en activité « une espèce d’auto-censure » à parler ouvertement de la situation en Palestine occupée, une difficulté à nommer les choses quand on parle de la politique israélienne (crimes de guerre, occupation, emprisonnement d’enfants palestiniens, droits de la défense bafoués, violation du droit international, apartheid, etc.) quand ce n’est pas tout simplement des témoignages biaisés et/ou fortement orientés vers une « vision très pro-israélienne » de la situation.
Pourquoi ? Parce que la propagande israélienne est très puissante notamment en France, où elle est à l’œuvre depuis 50 ans. Les relais médiatiques et politiques sont nombreux en France pour « vendre la marque Israël » et cette idée que l’État hébreu est la seule démocratie du Moyen-Orient, donc inattaquable sur sa politique à l’égard des Palestiniens. Parallèlement, la culpabilité européenne continue de peser dans les débats. À cela s’ajoute (mais il faut voir le film car tout est très bien expliqué) que la Shoah est instrumentalisée sans cesse afin de faire taire toute critique européenne…
Le fait d’assimiler critique du sionisme (donc de la politique coloniale d’Israël) à de l’antisémitisme est une peur du scandale et une faute politique majeure ! « Mais la ficelle est trop grosse ! » Si je critique la politique de Poutine suis-je automatiquement qualifié de Russophobe ?


C. L. : Qu'attendez-vous de la diffusion de ce film ?
R. N. :
Qu’il soit vu par le plus grand nombre et pas (que) par des militants mais bien par mes concitoyens-nes qui sont en questionnement sur cette thématique. L’idée est de proposer des clefs de compréhension sur la situation avec un retour sur l’histoire (la Palestine avant la création de l’État d’Israël) qui m’a semblé pertinent. Comme le parallèle avec l’Afrique du Sud et les Amérindiens…



C. L. : Comment le film va-t-il être accompagné en France ?
R. N. :
Je l’accompagne sur plus de 100 dates à travers la France de novembre 2019 à février 2020. La sortie nationale aura lieu le 6 novembre dans 25 à 30 villes en France.

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