À quand une sexualité non contrainte en Iran ?

Dans "Juste une femme", court métrage documentaire, Mitra Farahani suit le quotidien à Téhéran d'un homme en train de devenir femme. Ses papiers sont en cours et si l'homosexualité est interdite en Iran, le changement de sexe est reconnu et ne nécessite donc officiellement qu'une démarche administrative.

"Tabous" de Mitra Farahani © Les Films du Paradoxe "Tabous" de Mitra Farahani © Les Films du Paradoxe

Au sujet de l'édition DVD de deux films de Mitra Farahani comprenant Tabous et Juste une femme

Dans Juste une femme, court métrage documentaire, Mitra Farahani suit le quotidien à Téhéran d'un homme en train de devenir femme. Ses papiers sont en cours et si l'homosexualité est interdite en Iran, le changement de sexe est reconnu et ne nécessite donc officiellement qu'une démarche administrative. La situation du rapport entre sexe et l'attribution de rôles bien définis entre les deux ne rend pas anodin ce changement de sexe et c'est ce qui est interrogé patiemment dans ce documentaire. Suit dans cette édition DVD un moyen métrage que réalise Mitra Farahani quelques temps plus tard, comme un complément à cette première enquête. Le mot est lancé comme un pavé dans la mare avec un titre très explicite : Tabous. Reprenant la démarche entreprise par Pier Paolo Pasolini avec son documentaire Enquête sur la sexualité (Comizi d'amore) de 1964, Mitra Farahani va interroger tous les pans de la société pour ne pas se contenter de conserver un regard libéral et militant sur cette question. Il en résulte souvent de nombreuses métaphores pour évoquer implicitement la sexualité. Pour faire écho à cet univers expressif, la cinéaste mélange les images documentaires de scènes de fiction adaptant un poème érotique persan du XIXe siècle écrit par Iraj Mirza avec un symbolisme appuyé à la manière d'un Serguei Paradjanov. En effet, comme l'explique Mitra Farahani : « Si l’on demande aujourd’hui à quelqu’un, en Iran, de définir l’amour, sa réponse sera inévitablement remplie d’allusions poétiques. Personne ne parlera jamais de son propre passé ni d’événements récents, mais on trouvera toujours la métaphore poétique adéquate. La poésie est d’une importance capitale en Iran. Son omniprésence dans le cinéma, la peinture et, qui plus est, dans le langage familier exerce une influence sur tout un chacun, même sur les hommes politiques et les membres de la classe religieuse dirigeante. Sans poésie, il est impossible de parler d’amour et de sexualité en Iran. » Avec ces poèmes, poursuit la cinéaste, « je voulais souligner les liens existant dans une société, qui associait autrefois admirablement bien sa culture avec l’art d’aimer, alors qu’aujourd’hui, un couple qui s’embrasse doit se demander si c’est de l’amour ou bien si c’est un crime, passible de bastonnade. »

Le point de vue de Mitra Farahani ne se veut jamais ici provocateur. Il ne s'agit pas d'utiliser la parole de l'autre pour la détourner de son contexte mais bien plutôt de représenter tout un ensemble de voix plus ou moins discordantes, incohérentes qui traduisent bien la gravité du traitement étatique et religieux de la sexualité que les individus peinent à se réapproprier encore aujourd’hui.

 

 

dvdtabous

Tabous
Zohre & Manouchehr
de Mitra Farahani
Avec : Coralie Revel, Stéphane Benrezzak
Iran, France – 2004.
Durée : 67 min
Sortie en salles (France) : 8 décembre 2004
Sortie France du DVD : 20 septembre 2011
Format : 1,85 – Couleur
Langue : farsi - Sous-titres : anglais, français.
Éditeur : Les Films du Paradoxe
Bonus :
Juste une femme
court métrage documentaire de Mitra Farahani (26 minutes, 2001)

lien vers le site de l’éditeur

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.