La réalité palestinienne d’une géopolitique insensée

Le cinéaste Elia Suleiman cherche de nouvelles idées pour son prochain film et se rend à Paris et New York. Partout, il reste le spectateur muet d’un monde insensé.

"It Must Be Heaven" d’Elia Suleiman © Le Pacte "It Must Be Heaven" d’Elia Suleiman © Le Pacte
Sortie DVD : It Must Be Heaven d’Elia Suleiman

Pour son quatrième long métrage, Elia Suleiman poursuit sa mise en scène burlesque pour dépeindre la violence aberrante du monde. Il affirme encore davantage son statut de cinéaste observateur d’un monde où la violence hygiénique est à tous les niveaux et que le sens de la révolte ne peut être qu’hors champs. Comme il l’exprime lui-même au cours des 26 minutes d’entretien filmé présent dans cette édition DVD en même temps que des scènes coupées, si le film est encore plus humoristique par son burlesque, c’est que le monde est proportionnellement encore plus violent dans son inhumanité élémentaire. S’il est bien avéré que son personnage de cinéaste observateur muet se situe entre Keaton et Tati de même que ses choix de mise en scène burlesques, son propos politique est l’enjeu personnel de ses scènes, sans équivalent à cet égard. La maîtrise de son film tourné en CinémaScope est d’une incommensurable force. Et le film dès lors peut se contenter de proposer une somme continue de sketchs burlesques dont la trame est l’évolution en filigrane du personnage de cinéaste en quête de son film et qui ne cesse d’être interloqué par l’aberration du monde surtout quand celui-ci est incarné par des « représentants de l’ordre » dans chaque pays. Même si les enjeux ne sont pas les mêmes en Israël, en Palestine, en France ou encore aux États-Unis, la police est toujours tournée en dérision pour l’absurdité de ses missions toujours plus inhumaines au nom des ordres qui leur ont été donnés. Tout se passe comme si en refusant une nationalité et un territoire avec des droits aux Palestiniens, l’État israélien notamment leur ôtait toute possibilité d’être acteurs de leur vie, les condamnant à être les spectateurs muets d’un état du monde dont ils n’ont pas les rênes. Le choix de la mise en scène du film multiplie les métaphores pour rendre compte du vécu d’un Palestinien dans le monde d’aujourd’hui depuis la Nakba.

 

 

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It Must Be Heaven
d’Elia Suleiman
Avec : Elia Suleiman (lui-même), Ali Suliman (le fou), Grégoire Colin (l'homme dans le métro), Gael García Bernal (lui-même), Nancy Grant (la productrice), Vincent Maraval (le producteur), Stephen McHattie (le tireur de cartes), Kwasi Songui (le chauffeur de taxi), Mathieu Samaille (le pilote d'Air France), François Girard (policier), Basil McKenna (policier), Robert Higden (policier), Sebastien Beaulac (policier), Aldo Lopez (policier), Stephen Mwinga (policier), Holden Wong (policier), Jérôme Roze (policier gyroroue), Gabrielle Mankiewicz (le réceptionniste), Alain Dahan (l'officier de l'immigrationYumi Narita (femme japonaise), Kengo Saito (homme japonais), Claire Dumas (la femme de l’ambulance), Natascha Wiese
France, Qatar, Allemagne, Canada, Turquie, Palestine – 2019.
Durée : 97 min
Sortie en salles (France) : 4 décembre 2019
Sortie France du DVD : 27 mai 2020
Format : 2,66 – Couleur
Langues : anglais, français, espagnol, portugais - Sous-titres : français.
Éditeur : Le Pacte

Bonus :
Entretien avec Elia Suleiman (27’)
Scènes coupées (6’)
Bande-annonce

 

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