Que transmet-on d'une vie sans passion ?

Alors que Riadh s'apprête à prendre sa retraite, son fils souffre de migraines sans raisons apparentes. Un jour, son fils disparaît en ne laissant aucune autre explication que son départ pour la Syrie.

"Mon cher enfant" (Weldi) de Mohamed Ben Attia © ARTE ÉDITIONS "Mon cher enfant" (Weldi) de Mohamed Ben Attia © ARTE ÉDITIONS
Sortie DVD : Mon cher enfant de Mohamed Ben Attia

L'histoire débute avec une réalité traumatique contemporaine en Tunisie comme dans d'autres pays également : le départ de jeunes gens pour le djihad en Syrie auprès de Daech. Après son premier long métrage Hedi, un vent de liberté (2016), Mohamed Ben Attia poursuit le portrait d'un homme ordinaire à la vie toute tracée confronté à une soudaine remise en cause. C'est parce que son fils part pour le djihad au moment où il devait passer son examen de baccalauréat et où lui-même se retrouve en retraite que l'écoulement d'une vie sans passion mais sans heurts est remise en cause. Le cinéaste et scénariste a décidé de concentrer toute son attention sur les conséquences du départ des jeunes au djihad sur les familles et plus particulièrement Riadh, le père de Sami. Celui-ci ne réagit pas de la même manière que son épouse : il a besoin de partir et entrer dans l'action pour se confronter à l'inexplicable. Ce sera pour lui la possibilité de prendre conscience que ce qu'il a toujours fait pour son fils était avant tout pour lui-même et non pour son fils. Est-ce alors dans un souci d'émancipation et pour s'éloigner du modèle non épanoui de ses parents qu'il a décidé de rompre complètement avec ses parents ? Car ceux-ci ne présentent aucun signe d'épanouissement quelconque dans leur couple, comme s'ils avaient passé leur vie en dehors de leur vie véritable. À plus de 60 ans, la prise de conscience du père est violente et douloureuse, mais pourtant elle a lieu.
Mohamed Ben Attia signe à nouveau un scénario d'une grande subtilité pour décrire à demi-mots les multiples mouvements intérieurs d'une âme en quête d'elle-même. Et même si le récit se concentre en priorité sur le personnage central du père, la position de la mère et du fils n'en est pas négligée pour autant, chacun existant par ses choix ou plutôt non-choix de vie. Dès lors, le cinéaste élargit son propos et met en perspective la question de la transmission d'une génération à l'égard d'une autre, avec le positionnement de chacune dans l'avenir de la société tunisienne après la chute de la dictature et le retour désiré à une vie démocratique où tout individu aurait voix au chapitre de la construction sociale.

 

 

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Mon cher enfant
Weldi
de Mohamed Ben Attia
Avec : Mohamed Drif (Riadh, le père de Sami), Mouna Mejri (Nazli, la mère de Sami), Zakaria Ben Ayed (Sami), Imen Cherif (Sameh, la collègue de travail de Riadh), Taylan Mitas (le passeur turc), Tarik Kopty (le vieux Turc)
Tunisie, Belgique, France, Qatar – 2018.
Durée : 104 min
Sortie en salles (France) : 21 novembre 2018
Sortie France du DVD : 6 mai 2019
Format : 2,39 – Couleur
Langue : arabe - Sous-titres : français.
Éditeur : ARTE ÉDITIONS
Bonus :
Court métrage : Selma de Mohamed Ben Attia (2013, 20’)
Rencontre avec Mohamed Ben Attia (3’)

 

 

 

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