Festival de cinéma de Carcassonne 2019 : "When the Moon was full" de Narges Abyar

Faezah est demandée en mariage par Abdolhamid fou amoureux d’elle mais la mère de celui-ci le lui déconseille. Une fois mariés, le frère d’Abdolhamid est arrêté pour détention d’armes à des fins terroristes. Le couple fuit au Pakistan où la situation empire pour Faezah.

"When the Moon was full" de Narges Abyar © DR "When the Moon was full" de Narges Abyar © DR
2e édition du Festival International du Film Politique de Carcassonne 2019 : When the Moon was full de Narges Abyar

Bien que méconnue en France, Narges Abyar a déjà réalisé plusieurs longs métrages qui l’ont conduite à représenter, à la suite d’Asghar Farhadi, l’Iran aux Oscars pour son film en lice pour le meilleur film étranger. Avant de commencer à s’investir dans le cinéma, elle a écrit plusieurs livres de contes pour enfants ainsi que des fictions pour les adultes. C’est tout naturellement que son désir de partager des histoires s’est ensuite inscrit au cinéma en réalisant et signant chacun de ses scénarios, parfois en adaptant ses propres romans. Dans ses films, elle a traité des relations de couple autour du portrait d’une jeune femme qui s’installe vivre à Téhéran avec son mari (Ashya dar ayeneh, 2013), la guerre Iran-Irak (Track 143, 2014) et l’Iran des années 1970 à travers le regard plein de fantaisie d’une jeune fille (Nafas, 2016). Ainsi, la réalisatrice est d’ores et déjà bien aguerrie à la mise en scène lorsqu’elle réalise son nouveau film poignant adapté de l’histoire vraie d’un homme qui a entraîné son épouse et ses enfants dans la folie meurtrière d’un groupe d’extrémistes religieux proche d’Al Qaïda dans les années 2000. Le film progresse peu à peu comme un véritable cauchemar dont la première victime est une femme iranienne dont le mari a complètement perdu la raison face aux arguments extrémistes de son frère qui a quitté le monde dans son obsession de faire disparaître les « infidèles ». Le récit est éprouvant et suit une continuité dramatique qui ne laisse plus aucune échappatoire. Le film s’inscrit dans les libres échappées visuelles du cinéma politique italien des années de plomb de 1970, où la caméra est virevoltante comme emprunte de folie dans ses mouvements car le monde oppressant par sa violence omniprésente d’alors plonge chacun dans un véritable chaos. On est alors loin des cadres fixes et de la longueur des plans-séquences contemplatifs auquel le cinéma iranien d’Abbas Kiarostami avait habitué l’Occident et à la tension psychologique de la crise des couples mis en scène par Asghar Farhadi, notamment. Narges Abyar assume les références mélodramatiques tout en tension et drame du cinéma bollywoodien, tout en les dépassant en posant un regard fort d’auteur dans ses choix de mise en scène, jouant sans cesse avec les ellipses temporelles pour rendre compte de la psychologie de ses personnages qui se retrouvent toujours plus déconnectés de la fluide continuité du réel. Narges Abyar pose ainsi avec force un regard inédit sur la réalité iranienne du cauchemar de l’extrémisme religieux.

 

 

When the Moon was full
Shabi ke mah kamel shod de Narges Abyar

Fiction
137 minutes.
Iran, 2019.
Couleur
Langue originale : perse

Avec : Elnaz Shakerdust (Faezah Mansuri), Hootan Shakiba (Abdolhamid Rigi), Fereshteh Sadre Orafaiy (la mère d’Abdolhaid Rigi), Pedram Sharifi (Shahab, le frère de Faezah), Shabnam Moghadami (la mère de Faezah et Shahab)

Scénario : Narges Abyar, Morteza Esfahani
Images : Saman Latifian
Montage : Hamid Najafirad
Musique : Masoud Sekhavat Doust
Son : Mehdi Saleh Kermani
Décors et costumes : Mohammadreza Shojae
Effets spéciaux : Arash Aghabeik P
roduction : Iranian Independents
Producteur : Mohammad Hossein Ghasemi

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