Billet de blog 15 juin 2023

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Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

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"Nezouh" de Soudade Kaadan

Alors que Damas est assiégée et que les bombardements s'intensifient, Zeina vit avec sa mère et son père qui, lui, a décidé de ne pas quitter leur appartement pour ne pas devenir réfugié.

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Sortie nationale (France) du 21 juin 2023 : Nezouh de Soudade Kaadan

Dans un contexte apocalyptique de destruction de Damas en Syrie, une famille tente de survivre avec un père résolument patriarcal qui tient à garder sous son joug son épouse et sa fille. L'enjeu est pour lui de conserver son statut privilégié alors que devenir réfugié lui ferait perdre tout pouvoir. Il ne cesse de vouloir retrouver le confort de son habitat avec un déni criant de la situation de guerre, alors que tout le monde risque de perdre la vie. Ainsi, l'explosion qui conduit à créer de grands trous dans l'appartement, permet à Zeina, 14 ans, et à sa mère d'envisager un nouvel horizon pour elles en dehors du diktat patriarcal. Le contexte précis de la guerre devient dès lors une métaphore universelle pour des femmes à s'émanciper en temps de crises où les rôles traditionnels d'hier ne peuvent plus être à l'ordre du jour.

Illustration 1
Nezouh de Soudade Kaadan © Pyramide Films

Il en ressort dans un premier temps un huis clos d'appartement qui est mis en scène comme sur les planches d'un théâtre avec d'autant moins de souci naturaliste que le réalisme magique ne cesse d'apparaître dans des moments oniriques où Zeina comme sa mère Hala sont capables de voir dans le ciel bleu une étendue d'eau où il est possible de faire des ricochets. Le film met à distance le drame de la guerre omniprésente et ainsi aucune personne ne meurt tout au long du film ce qui répond bien au défi soulevé par le jeune garçon de faire un film sur la Syrie en guerre sans mort. On est ainsi loin du drame en huis clos Une famille syrienne (2017) de Philippe Van Leeuw car le contexte historique vise avant tout ici à saisir les dynamiques d'un groupe pour comprendre les enjeux lorsque cette famille va devenir sur la route de l'exil des réfugié.es.

L'histoire partage avant tout le point de vue de l'adolescente qui voit s'ouvrir l'opportunité d'une nouvelle vie où les séquences de réalisme magique sont autant de moments de résilience pour dépasser une réalité immédiate d'une violence désespérante.

Pour son second long métrage de fiction après Le Jour où j'ai perdu mon ombre (2018) toujours inédit en France, Soudade Kaadan réalise un conte universel sur l'émancipation au féminin sur le chemin de l'exil forcé.

Illustration 2

Nezouh
de Soudade Kaadan

Fiction
103 minutes. Syrie, Royaume-Uni, France, 2022.
Couleur
Langue originale : arabe

Avec : Kinda Alloush (Hala), Hala Zein (Zeina), Nizar Alani (Amer), Samer al Masri (Motaz), Nizar Alani (Amer), Darina Aljoundi (la femme en noir), Nabil Abousalih (Abu Muthher), Samer Sayyid Ali (Abu El Sheeb)
Scénario : Soudade Kaadan
Images : Hélène Loubert, Burak Kanbir
Montage : Soudade Kaadan, Nelly Quettier
Musique : Rob Lane et Rob Manning
Son : Thomas Robert, Paul Davies
Décors : Osman Özcan
Directeur artistique : Görkem Canbolat
Costumes : Selin Sozen
Production : Berkeley Media Group, Kaf Productions, Ex Nihilo
Producteurs : Yu-Fai Suen, Soudade Kaadan, Marc Bordure
Coproducteurs : Daniel Battzek, Ben Coren, Farhana Bhula, Lizzie Francke, Donna Gigliotti, Peter Luo, Alaa Karkouti
Producteurs associés : Amira Kaadan, Yuxin Liu
producteurs exécutifs : Emre Oskay, Ziya Akbas
Distributeur (France) : Pyramide Films

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