Conte de la révolte enfantine en terre palestinienne

Dans la Bande de Gaza post première Intifada occupée par l’armée israélienne, Youssef, 12 ans, capture des oiseaux pour les vendre. Il rencontre la belle Aida et en tombe amoureux. Il n’aura dès lors de cesse de vouloir retrouver les trois diamants d’un collier qui doit lui permettre de l’épouser.

"Conte des trois diamants" de Michel Khleifi © DR "Conte des trois diamants" de Michel Khleifi © DR

À propos du DVD : Conte des trois diamants de Michel Khleifi

Dans un territoire palestinien occupé qui ne semble avoir plus aucune alternative au fatalisme et à la lutte à mort contre l’occupant, un enfant rêve. Le film commence d’entrée de jeu par une séquence onirique où apparaissent plusieurs éléments du quotidien, dont une arme à feu. Le parcours de cet enfant à la recherche de celle dont il s’est épris n’est pas anodin : il est une réponse immédiate à l’occupation armée où les civils sont sous surveillance et où des emprisonnements se multiplient. Ainsi en est-il du père de Youssef dont la détention sans date de libération ne semble plus être le souci du jeune héros du film : même libéré, le père n’est déjà plus lui-même. Le monde adulte auquel est confronté Youssef est en déshérence : face à une morne réalité où l’innocence n’a plus droit de cité, le pouvoir de l’imaginaire semble être l’ultime refuge. Suivre ce Conte de Michel Khleifi est dès lors une invitation à partager le traumatisme insidieux qui s’est installé auprès de la jeunesse de toute une population dont on a brimé l’avenir en même temps que l’horizon : ainsi Khleifi annonce les douleurs des Palestiniens des décennies suivantes et en ce sens aussi, voir ce film vingt ans après sa réalisation fait sens rétrospectivement.

Youssef conserve en toute circonstance la volonté de préserver son innocence loin des contraintes du monde adulte. Mais voilà qu’il y a un mot qui ne peut plus passer lors d’un exercice d’écriture à l’école : « frontière » ! À sa manière, Youssef est un résistant car il ne cesse de dépasser les frontières qu’on lui impose pour que l’imaginaire reste plus puissant que tout. Ainsi, les rêves sont ce qui guide le plus Youssef, comme nulle autre parole d’adulte qui ne conserve à son égard plus aucun crédit. Le monde adulte du film de Khleifi est littéralement dévasté et ne peut sincèrement protéger ses propres enfants : tel est également le drame de toute cette population en ces années incertaines du conflit israélo-palestinien qui s’éternise depuis trop d’insupportables décennies.

Michel Khleifi a su se faire le témoin de son époque avec ce film qui répond à une urgence sociale. Il a choisi la voie de la métaphore pour rendre compte de la réalité sociale en Palestine occupée. Il faut avouer qu’avec le temps la métaphore a quelque peu vieilli, même si l’honnêteté du propos est toujours manifeste. Contrairement au traitement réaliste et poétique du regard d’un enfant sur un monde dévasté qu’a choisi Abbas Kiarostami (Où est la maison de mon ami ? 1987), Michel Khleifi a choisi de s’ancrer complètement dans la parabole politique, comme s’il était impudique d’aborder le réel sociopolitique tel quel. Elia Suleiman, l’année suivante de la réalisation du présent film de Michel Khleifi, a choisi un autre point de vue bien plus ancré dans le réel, avec dérision, goût pour la mise en abyme du non-sens avec sa Chronique d’une disparition. On trouve ainsi entre les cinémas si distincts en apparence de Khleifi et Suleiman, une même volonté de traiter un réel historique dont les événements ont tant de peine à s’écrire dans les livres d’Histoire. Cette confrontation de cinématographies aboutit à un véritable éclairage de ces années de braise.

 

 

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Conte des trois diamants
Hikayatul jawahiri thalath
de Michel Khleifi

Avec : Mohammed Nahnal (Youssef), Hana' Ne'meh (Aida), Bushra Karaman (la mère de Youssef), Raida Adon (Suad), Makram Khoury (Abu Iman), Mohammed Sheikh (Samir), Ghassan Abu Libda (Salah), Amin Halabi (le père de Salah), Mohammed Bakri (le père d’Aida), Um Fayez (la grand-mère d’Aida), Ahmad Abu Sal'oum (le père de Youssef), Khalifa Natour et Dirar Suleiman (les officiers)

Royaume-Uni, Belgique, Espagne, Palestine – 1995.
Durée : 112 min
Sortie en salles (France) : 6 décembre 1995
Sortie France du DVD : 20 novembre 2013
Format : 1,85 – Couleur
Langue : arabe - Sous-titres : français.
Éditeur : Les Films du Paradoxe

lien vers le site de l’éditeur : http://www.dvdparadoxe.com/3diamants.html

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