Le post-traumatisme de la réalité des attentats à Jérusalem

Lassé de voir les mensonges véhiculés par les guides touristiques, Ronen propose ses propres visites aux touristes étrangers pour leur parler des hauts lieux des attentats à Jérusalem.

"Né à Jérusalem (et toujours vivant)" de Yossi Atia et David Ofek © ARP Sélection "Né à Jérusalem (et toujours vivant)" de Yossi Atia et David Ofek © ARP Sélection
Sortie nationale (France) du 22 juillet 2020 : à Jérusalem (et toujours vivant) de Yossi Atia et David Ofek

Jérusalem est marquée autant par l’exclusion palestinienne que par les attentats meurtriers : comment dans un voyage touristique de la ville ne pas en parler ? C’est ce que le personnage principal de cette histoire propose en s’improvisant guide touristique des lieux des attentats de la ville à titre totalement gratuit. Il réalise ainsi implicitement sa propre thérapie à faire face à des lieux de mémoire particulièrement traumatique. Introverti, il possède un charme qui va rapidement retenir l’attention d’une jeune femme avec laquelle il va pouvoir pacifier peu à peu son lien à ses compatriotes israéliens.

Yossi Atia est ici à la fois réalisateur, scénariste et interprète principal de ce film résolument intimiste dans sa description de la psychologie d’un habitant de Jérusalem dont le post-traumatisme des attentats ne cesse de l’habiter chaque jour en plus de l’omniprésence via son téléphone portable d’un père qui se veut résolument dépendant de son fils. Pour ce premier long métrage qui poursuit les thématiques de son précédent court au même partageant le même titre réalisé quelques années plus tôt, l’investissement que l’on peut supposer quasi autobiographique de Yossi Atia est optimal dans cette histoire pour laquelle il a fait appel pour la coréalisation à David Ofek, au professionnalisme aguerri de réalisateur de nombreux documentaires. Cela lui laisse le champ libre pour sa propre interprétation dans la direction intimiste qu’il souhaite, toute implicite. L’enjeu dans ce film est de se faire se succéder les différentes saisons de la vie d’un habitant de Jérusalem confronté à ses traumatismes sans que rien ne change dans sa vie, ce qui l’empêche d’accéder à des perspectives saines d’avenir. Le personnage souffre finalement d’étouffement et presque d’agoraphobie lui qui paradoxalement propose des visites guidées. Le cadeau du tuba lui sera alors très symbolique à un moment du film afin de lui offrir une nouvelle respiration.

Dans cette description d’anti héros du quotidien à Jérusalem, il y a un peu du personnage de Woody Allen, mais sans la faconde ni la subtilité de l’humour qui lui est propre. Le personnage créé par Yossi Atia est néanmoins touchant et permet de suivre le film avec plaisir et bienveillance. Il manque seulement un scénario plus complexe pour saisir les enjeux du post-traumatisme d’une ville soumise aux attentats et à l’apartheid de la part du gouvernement israélien à l’égard des Palestiniens. De même, le montage, soumis à ce scénario, ne parvient pas à animer un dynamisme avec des séquences de visite qui notamment se répètent et donnant l’impression que le réalisateur a voulu étirer son court métrage initial sans avoir suffisamment de matière réfléchie pour nourrir son scénario.

 

 

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Né à Jérusalem (et toujours vivant)
Born in jerusalem and still alive
de Yossi Atia et David Ofek

Fiction
83 minutes. Israël, 2019.
Couleur
Langue originale : hébreu

Avec : Yossi Atia (Ronen Matalon), Lihi Kornowski (Asian Mulan), Itamar Rose (Simon Harris)
Scénario : Yossi Atia
Images : Shai Goldman, Dror Landinger
Montage : Noit Geva
Décors et costumes : Avidar Galia
Maquillage : Shachar Bar-Nahum
Casting : Liron Brecht, Hila Royzenman
Production : Spiro Films
Producteurs : Jonathan Doweck, Eitan Mansuri
Distributeur (France) : ARP Sélection

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