Quand le printemps marocain faisait éclore la mémoire du Maroc de 1981

Sortie DVD de C'est eux les chiens, de Hicham LasriDans les rues de Casablanca du printemps arabe, une équipe de télévision cherche du sensationnel. Après avoir recueilli les témoignages de quelques passants, elle tombe nez à nez avec un homme à l’air hagard : Majhoul vient d’être libéré après 30 ans de prison et découvre un monde étrange.

"C'est eux les chiens" de Hicham Lasri © Éditions Montparnasse "C'est eux les chiens" de Hicham Lasri © Éditions Montparnasse

Sortie DVD de C'est eux les chiens, de Hicham Lasri

Dans les rues de Casablanca du printemps arabe, une équipe de télévision cherche du sensationnel. Après avoir recueilli les témoignages de quelques passants, elle tombe nez à nez avec un homme à l’air hagard : Majhoul vient d’être libéré après 30 ans de prison et découvre un monde étrange.

À sa manière, Hicham Lasri choisit de saisir dans l’urgence le « Printemps arabe » marocain. Il filme l’effervescence de la rue sans demander d’autorisation de tournage, ce qui contribue à conforter sa mise en scène de faux documentaire. Car les images du film sont celles que le chef opérateur de l’équipe de télévision veut bien filmer. Ce parti pris scénaristique place le spectateur dans un rapport direct et concret au présent. Hicham Lasri s’évertue ainsi à interroger le « Printemps arabe » marocain à l’aune de la « Révolte du pain » de 1981, qu’incarne le mystérieux personnage principal. Tout comme dans ses courts métrages Les Jardins des rides (2006) et Android (2010) à découvrir dans cette édition DVD, le pouvoir et l’aliénation qui en résulte dans un contexte historique donné, sont les sujets de C'est eux les chiens à travers qui cultive l’usage de la métaphore. En allant à la découverte du passé de Majhoul, c’est l’histoire peu connue du Maroc qui revient à la surface. Pour Hicham Lasri, le Printemps arabe est aussi une occasion de crier haut et fort dans la rue une histoire dont le pouvoir en place à imposer à sa population l’amnésie totale. L’actualité post 2011 n’est pas des plus enthousiasmantes, lorsqu’elle est incarnée par la jeunesse du journaliste de télévision totalement dépolitisée, vénale et proche du cynisme. C’est la rencontre avec Majhoul qui va le conduire à emprunter un autre regard.

Hicham Lasri pose un point de vue personnel quelque peu amer sur l’évolution du système politique marocain. Le présent marocain à travers ce film ne semble plus à l’heure d’une société disposant d’un projet commun : l’urgence consiste pour le Maroc à retrouver son histoire afin de pouvoir se projeter dans le présent et rêver de son avenir. L’après Printemps arabe est une fois de plus avec C’est eux les chiens une fructueuse opportunité pour les cinémas du monde arabe de renouveler leur forme cinématographique au service d’une interrogation du réel. Les cinéastes semblent s’interroger sur la place qu’ils peuvent prendre dans une soudaine accélération de l’histoire. Dès lors, la troupe de télévision évoque la réflexion que tient le cinéaste sur la place qu’il peut prendre en tant que cinéaste au sein de ces événements historiques. Le cinéaste ne cherche pas nécessairement à délivrer les réponses qu’il a trouvées. Son récit se rattache plutôt à un road-movie où l’on se déplace davantage dans le temps à travers l’histoire du pays que dans la géographie terrestre. Le road-movie pourrait métaphoriquement représenter l’histoire marocaine récente, partagée entre immobilisme et mise en scène par le pouvoir de la prétendue prise en compte de la contestation sociale. Produit par Nabil Ayouch, C’est eux les chiens témoigne une fois de plus d’un cinéma marocain qui se renouvelle de ses connexions ininterrompues avec la réalité sociale : c’est là  tout un enjeu politique !

 

 

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C'est eux les chiens
de Hicham Nasri

Avec : Hassan Badida (Majhoul – 404), Yahya El Fouandi (Lotfi Sawssen), Jalal Bouftaim (Daoud Hasska), Imad Fijal (Ali, le stagiaire), Malek Akhmiss (le cycliste), Nadia Niazi (Naïma), Salah Bensalah (le présentateur), Abderahim Samadi (Rachid Doukhane)

Maroc – 2013.
Durée : 85 min
Sortie en salles (France) : 5 février 2014
Sortie France du DVD : 7 octobre 2014
Format : 1,85 – Couleur – Stéréo
Langues : anglais, français, espagnol, portugais - Sous-titres : français.
Éditeur : Éditions Montparnasse

Bonus :
Making-of (15 min)
« L’image a libéré les peuples » : entretien avec le réalisateur (7 min)
2 courts métrages d’Hicham Lasri :
Les Jardins des rides – 2006 – 3 min
Android – 2010 – 8 min

Site de l’éditeur

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