Billet de blog 21 oct. 2021

Cinemed 2021 : "Et il y eut un matin" un film d’Eran Kolirin

Invité au mariage de son frère, Sami, son épouse Mira et leur fils quittent Jérusalem. Suite à la subite fermeture des routes par l’armée israélienne, le voilà confiné dans le village palestinien où il a grandi.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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"Et il y eut un matin" d’Eran Kolirin © Pyramide Films

Film en compétition long métrage de fiction lors de la 42e édition de Cinemed, Festival de cinéma méditerranéen de Montpellier : Et il y eut un matin d’Eran Kolirin

Eran Kolirin est de retour avec la peinture psychologique à l’humour fin et délicat qui avait tant marquée dans son premier long métrage La Visite de la fanfare (Bikur Ha-Tizmoret, 2007) avec l’adaptation libre pour le cinéma de la nouvelle écrite par Sayed Kashua. La situation politique à la fois absurde et à la violence kafkaïenne des Palestiniens en Israël est ici au centre de l’intrigue avec les conséquences de la géopolitique sur la vie intime des individus. Tout comme dans La Visite de la fanfare, Eran Kolirin filme ses personnages dans la contrainte de l’attente comme métaphore politique des citoyens en quête de foyers. Sauf que l’attente se double ici de l’impossibilité de réclamer justice et de manifester de la part de citoyens pourtant dans la pleine possession de leurs droits mais dont leur qualité de non-Juifs les stigmatisent en citoyens de seconde zone en Israël.

Eran Kolirin construit sa narration autour de scènes tragicomiques avec toute une succession de scènes de la vie quotidienne sous la contrainte du confinement politique, bien avant la crise sanitaire mondiale, qui font écho au hors champ de la condition des Palestiniens en Israël.

La peinture est fine et précise dans ce petit village loin de Jérusalem où les habitants se divisent en fonction de leurs privilèges, notamment des Palestiniens sans papiers qui deviennent les boucs émissaires des villageois frustrés. Cette frustration se retrouve également dans la sexualité réprimée de chaque personnage empêché dans leur mouvement naturel vers leur émancipation. Avec un humour subtil qui passe par des colombes/pigeons qui ne veulent pas prendre leur envol comme métaphore de certains Palestiniens d’Israël contemporains, Eran Kilirin livre un film aux multiples couches de lecture et d’interprétation.

Et il y eut un matin
Vayehi boker
d’Eran Kolirin

Fiction
101 minutes. Israël, France, 2021.
Couleur
Langue originale : arabe, hébreu

Avec : Alex Bakri (Sami), Juna Suleiman (Mira), Salim Daw (Tarek, le père), Ehab Elias Salami (Abed), Khalifa Natour (Mohamed), Izabel Ramadan (Zahara), Samer Bisharat (Aziz), Doriad Liddawi (Nabil), Yara Jarrar (Lina) r
Scénario : Eran Kolirin, d'après une nouvelle de Sayed Kashua
Images : Shai Goldman
Montage : Arik Lahav Leibovich, Haim Tabakman
Musique : Habib Shehadeh Hanna
Son : Itay Elohev, Aviv Aldema, Bruno Mercère
Décors : Amir Yaron
Costumes : Doron Ashkenazi, Mervat Hakroosh
Production : Dori Media (Israël), Les Films du Poisson (France)
Producteurs : Yoni Paran, Nadav Palti, Tami Mozes Borovitz, Raanan Gershoni, Keren Michael, Nathalie Vallet, Yaël Fogiel, Laetitia Gonzalez
Distributeur (France) : Pyramide

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