Hommage à la dignité des femmes en lutte en Algérie dans les années 1990

Au début des années 1990, Nedjma et ses amies d’une cité universitaire à Alger souhaitent organiser un défilé de mode pour revendiquer leur liberté face aux menaces toujours plus violentes des extrémistes religieux.

"Papicha" de Mounia Meddour © Jour2Fête "Papicha" de Mounia Meddour © Jour2Fête
Sortie DVD : Papicha de Mounia Meddour

Librement adapté de faits réels, la réalisatrice rend avec ce film hommage aux femmes qui ont été les victimes ciblées de l’extrémisme religieux de la décennie noire où plus de 150 000 personnes ont été assassinées. Nedjma, la protagoniste de cette histoire, est une étudiante qui vit en cité universitaire et crée des robes qu’elle vend, assurant ainsi sa propre indépendance économique. Elle voit peu à peu s’installer les interdits à l’égard des femmes, notamment dans des tenues vestimentaires destinées à les exclure du reste de la société. Créer un défilé est alors une revanche pour Nedjma dont la sœur journaliste vient d’être assassinée à ses côtés. Nedjma est à ce titre un peu la cousine du personnage principal de Persepolis de Marjane Satrapi, possédant la même énergie émancipatrice face à l’intégrisme qui ronge l’ensemble de la société.

Le scénario est nourri de symbolisme pour évoquer la réalité traumatique de cette période dont la nouvelle génération souffre encore à s’en défaire. Mounia Meddour mêle à son écriture un parti pris documentaire offrant différents éléments venant documenter autant la réalité de son personnage que de la période. Son film est à la fois dramatique, sans tomber totalement dans le mélodrame afin d’éviter de faire de ses personnages les victimes passives au service de son histoire : il s’agit au contraire de montrer la dignité de ces jeunes femmes assassinées durant cette période pour avoir représenté une alternative à la négation de la vie des extrémistes. Le scénario est à cet égard d’une grande efficacité de même que le montage très dynamique. C’est aussi la limite de ce choix de mise en scène qui, à force de vouloir être efficace, n’évite pas les facilités de l’exposition de scènes attendues qui emportent l’adhésion : la construction de l’héroïne qui va dépasser ses angoisses en devenant une artiste qui croit dur comme fer dans le pouvoir de la création gâche par son excès de fiction la partie documentaire et notamment psychologique du film. C’est à cet endroit que la réalisatrice perd de l’indépendance de son regard par souci de lisibilité.

Il n’empêche que le film est au-delà de cette limite une réussite de mise en scène et qu’il est brillamment porté par ses actrices auxquelles la réalisatrice a offert une vraie place pour qu’elles puissent développer chacune leurs personnalités distinctes. Après avoir été révélée par Sofia Djama dans son film Les Bienheureux (2017), le talent de Lyna Khoudri est à nouveau mis en valeur dans ce film dont la vitalité lui doit beaucoup. Mounia Meddour poursuit avec ce nouveau film l’effervescence du nouveau cinéma algérien en poursuivant les racines laissées par son père Azzedine Meddour, réalisateur de l’extraordinaire Montagne de Baya (1997) réalisé en langue kabyle en pleine décennie noire alors que les terroristes interdisaient l’usage de toute langue autre que l’arabe.

 

 

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Papicha
de Mounia Meddour
Avec : Lyna Khoudri (Nedjma 'Papicha'), Shirine Boutella (Wassila), Amira Hilda Douaouda (Samira), Yasin Houicha (Mehdi), Zahra Doumandji (Kahina), Nadia Kaci (Madame Kamissi), Meryem Medjkane (Linda), Marwan Zeghbib (Karim), Aida Ghechoud (Saliha), Samir El Hakim (Mokhtar), Khaled Benaïssa (Abdellah), Abderrahmane Boudia (le professeur)
France, Algérie, Belgique, Qatar – 2019.
Durée : 106 min
Sortie en salles (France) : 9 octobre 2019
Sortie France du DVD : 3 mars 2020
Format : 2,39 – Couleur
Langues : arabe - Sous-titres : anglais, français.
Éditeur : Jour2Fête


Bonus :
Entretien avec la réalisatrice Mounia Meddour
Entretien avec les comédiennes

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