Billet de blog 22 avr. 2020

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Hommage à la dignité des femmes en lutte en Algérie dans les années 1990

Au début des années 1990, Nedjma et ses amies d’une cité universitaire à Alger souhaitent organiser un défilé de mode pour revendiquer leur liberté face aux menaces toujours plus violentes des extrémistes religieux.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Papicha" de Mounia Meddour © Jour2Fête

Sortie DVD : Papicha de Mounia Meddour

Librement adapté de faits réels, la réalisatrice rend avec ce film hommage aux femmes qui ont été les victimes ciblées de l’extrémisme religieux de la décennie noire où plus de 150 000 personnes ont été assassinées. Nedjma, la protagoniste de cette histoire, est une étudiante qui vit en cité universitaire et crée des robes qu’elle vend, assurant ainsi sa propre indépendance économique. Elle voit peu à peu s’installer les interdits à l’égard des femmes, notamment dans des tenues vestimentaires destinées à les exclure du reste de la société. Créer un défilé est alors une revanche pour Nedjma dont la sœur journaliste vient d’être assassinée à ses côtés. Nedjma est à ce titre un peu la cousine du personnage principal de Persepolis de Marjane Satrapi, possédant la même énergie émancipatrice face à l’intégrisme qui ronge l’ensemble de la société.

Le scénario est nourri de symbolisme pour évoquer la réalité traumatique de cette période dont la nouvelle génération souffre encore à s’en défaire. Mounia Meddour mêle à son écriture un parti pris documentaire offrant différents éléments venant documenter autant la réalité de son personnage que de la période. Son film est à la fois dramatique, sans tomber totalement dans le mélodrame afin d’éviter de faire de ses personnages les victimes passives au service de son histoire : il s’agit au contraire de montrer la dignité de ces jeunes femmes assassinées durant cette période pour avoir représenté une alternative à la négation de la vie des extrémistes. Le scénario est à cet égard d’une grande efficacité de même que le montage très dynamique. C’est aussi la limite de ce choix de mise en scène qui, à force de vouloir être efficace, n’évite pas les facilités de l’exposition de scènes attendues qui emportent l’adhésion : la construction de l’héroïne qui va dépasser ses angoisses en devenant une artiste qui croit dur comme fer dans le pouvoir de la création gâche par son excès de fiction la partie documentaire et notamment psychologique du film. C’est à cet endroit que la réalisatrice perd de l’indépendance de son regard par souci de lisibilité.

Il n’empêche que le film est au-delà de cette limite une réussite de mise en scène et qu’il est brillamment porté par ses actrices auxquelles la réalisatrice a offert une vraie place pour qu’elles puissent développer chacune leurs personnalités distinctes. Après avoir été révélée par Sofia Djama dans son film Les Bienheureux (2017), le talent de Lyna Khoudri est à nouveau mis en valeur dans ce film dont la vitalité lui doit beaucoup. Mounia Meddour poursuit avec ce nouveau film l’effervescence du nouveau cinéma algérien en poursuivant les racines laissées par son père Azzedine Meddour, réalisateur de l’extraordinaire Montagne de Baya (1997) réalisé en langue kabyle en pleine décennie noire alors que les terroristes interdisaient l’usage de toute langue autre que l’arabe.

Papicha
de Mounia Meddour
Avec : Lyna Khoudri (Nedjma 'Papicha'), Shirine Boutella (Wassila), Amira Hilda Douaouda (Samira), Yasin Houicha (Mehdi), Zahra Doumandji (Kahina), Nadia Kaci (Madame Kamissi), Meryem Medjkane (Linda), Marwan Zeghbib (Karim), Aida Ghechoud (Saliha), Samir El Hakim (Mokhtar), Khaled Benaïssa (Abdellah), Abderrahmane Boudia (le professeur)
France, Algérie, Belgique, Qatar – 2019.
Durée : 106 min
Sortie en salles (France) : 9 octobre 2019
Sortie France du DVD : 3 mars 2020
Format : 2,39 – Couleur
Langues : arabe - Sous-titres : anglais, français.
Éditeur : Jour2Fête


Bonus :
Entretien avec la réalisatrice Mounia Meddour
Entretien avec les comédiennes

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Des médecins accompagnant des patients en cancérologie confient leurs doutes
La convention citoyenne sur la fin vie qui s’ouvre aujourd’hui doit se prononcer sur une légalisation de l’aide active à mourir. Deux médecins de l’Institut de lutte contre le cancer Gustave-Roussy, qui sont auprès des malades en fin de vie, partagent leur vécu et leurs interrogations.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — Énergies
EDF face aux coupures d’électricité : la débâcle énergétique
Jamais EDF ne s’était trouvée en situation de ne pas pouvoir fournir de l’électricité sur le territoire. Les « éventuels délestages » confirmés par le gouvernement attestent la casse de ce service public essentiel. Pour répondre à l’urgence, le pouvoir choisit la même méthode qu’au moment du Covid : verticale, autoritaire et bureaucratique.
par Martine Orange
Journal — Médias
Faux scoop du « Point » sur Garrido-Corbière : un « accident industriel » écrit d’avance
Alors que l’hebdo avait promis de faire son autocritique en publiant une enquête pour revenir sur ses fausses accusations visant le couple LFI, la direction l’a finalement enterrée. Sur la base de documents internes, Mediapart retrace les coulisses de ce fiasco, prédit deux mois avant par des salariés.
par David Perrotin et Antton Rouget
Journal
Lutte contre l’antisémitisme : angle mort de la gauche ?
Les militants de la gauche antiraciste ont-ils oublié l’antisémitisme ? Un essai questionne le rôle des gauches dans la lutte contre l’antisémitisme et plaide pour la convergence des combats. Débat dans « À l’air libre » entre son autrice, Illana Weizman, un militant antiraciste, Jonas Pardo, et le député insoumis Alexis Corbière.
par À l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Loi Darmanin contre les étranger·e·s : danger pour tou·te·s !
Ce mardi 6 décembre a lieu à 17H00 un premier « débat » sur l'immigration à l'Assemblée nationale initié par Gérald Darmanin préparant une loi pour le 1er trimestre 2023. Avec la Marche des Solidarités et les Collectifs de Sans-Papiers, nous serons devant l'Assemblée à partir de 16H00 pour lancer la mobilisation contre ce projet. Argumentaire.
par Marche des Solidarités
Billet de blog
Une famille intégrée ou comment s'en débarrasser - Appel OQTF
6 décembre : appel de la décision de l'obligation de quitter le territoire devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, décision que nous avons déjà chroniquée. Cette famille particulièrement intégrée doit rester ici. Voici quelques vérités fortes apportées par son avocate et un des responsable de RESF63, le jour même d'un « débat » sur la loi immigration à l'Assemblée Nationale !
par Georges-André
Billet de blog
Morts en Méditerrannée : plainte devant la CPI contre la violence institutionnelle
La plainte va soulever la question de la responsabilité de l'Italie, Malte, la commission européenne et l'agence Frontex dans le bilan catastrophique de plusieurs dizaines de milliers de noyés en Méditarrannée depuis 2014, au mépris du droit international et des droits humains. Questions sur la violence institutionnelle à rapprocher du projet de loi contre les migrants que dépose l'exécutif.
par Patrick Cahez
Billet de blog
La liberté d’aller et venir entravée pour les habitant⋅es de Mayotte
Le Conseil constitutionnel a jugé conforme à la Constitution les contrôles d’identité systématiques sur l’ensemble du territoire de Mayotte sans limite dans le temps. Il assortit sa décision d’une réserve qui apparait vide de sens : ces contrôles ne peuvent s’effectuer « qu’en se fondant sur des critères excluant […] toute discrimination », alors qu’ils apparaissent par essence discriminatoires.
par association GISTI