Billet de blog 23 juin 2022

"Careless Crime" de Shahram Mokri

En 1978, l'incendie criminel dans un cinéma d'Abadan contribua à la Révolution qui destitua le Shah d'Iran tout en faisant périr de nombreuses victimes.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sortie DVD : Careless Crime de Shahram Mokri

Shahram Mokri poursuit après Fish and Cat (2013) et Invasion (2017) son approche labyrinthique du récit cinématographique en s'ancrant dans un lieu précis où les histoires latentes s'épanouissent et prennent possession du film. Cette fois-ci, pour la première fois, il s'inspire d'un fait historique réel alors que ce qu'il racontait et ce qu'il montrait pouvait se considérer hors temps et hors lieu réel. La mise en abyme prend ici différentes dimensions puisqu'il est question d'un film dans le film avec des liens étroits, avec à quelques moments l'absorption du spectateur dans une boucle temporelle qui fait plonger dans la science-fiction sans pour autant que le film en soit un, puisqu'aucun objet technologique vient témoigner d'un monde à venir et même la dimension fantastique ne se développe que grâce à la boucle qui rien d'extraordinaire et ne vient pas expliquer ce surgissement du surréel.

"Careless Crime" de Shahram Mokri © Damned

Par le biais de diverses manifestations métaphoriques, le film dans ses différentes distorsions ouvre les champs du possible de l'interprétation, notamment autour de la perception historique d'un pays, l'Iran, où la révolution a laissé un monde et une démarche historique qui va à l'encontre des aspirations vers une émancipation à l'égard du joug du Shah.

Le cinéma devient alors dans la mise en scène singulière de Shahram Mokri une force de sollicitation du réel passé venant traduire avec perspicacité et intelligence vis-à-vis de la censure l'état d'un pays à l'égard de son héritage politique. Dans ce jeu avec l'hyperréalité inquiétante et quelque peu cauchemardesque de l'émergence des boucles temporelles, la structure labyrinthique du cinéma de David Lynch est questionnée cette fois-ci non plus dans le microcosme exclusivement cinématographique mais bien à l'échelle d'une société iranienne contemporaine confrontée à ses propre traumas et une paranoïa disqualifiante comme régime étatique bicéphal.

Careless Crime
جنایت بی‌دقت, Jenayat-e bi deghat
de Shahram Mokri
Avec : Babak Karimi (Mohsen), Razie Mansori (Elham), Abolfazl Kahani (Takbali), Mohammad Sareban (Faraj), Adel Yaraghi (Majid), Mahmoud Behraznia (Yadollah), Behzad Dorani (Fallah)
Iran, 2020.
Durée : 139' (2h19)
Sortie en salles (France) : 3 novembre 2021
Sortie France du DVD : 1er mars 2022
Format : 2,39 – Couleur
Langue : persan - Sous-titres : français.
Éditeur : Damned Films

Bonus :
Interview du réalisateur
Scène coupée
Scène infinie

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
La véritable histoire d’Omar Elkhouli, tué par la police à la frontière italienne
Cet Égyptien est mort mi-juin pendant une course-poursuite entre la police aux frontières et la camionnette où il se trouvait avec d’autres sans-papiers. Présenté comme un « migrant », il vivait en fait en France depuis 13 ans, et s’était rendu en Italie pour tenter d’obtenir une carte de séjour.
par Nejma Brahim
Journal — Éducation
Au Burundi, un proviseur français accusé de harcèlement reste en poste
Accusé de harcèlement, de sexisme et de recours à la prostitution, le proviseur de l’école française de Bujumbura est toujours en poste, malgré de nombreuses alertes à l’ambassade de France et au ministère des affaires étrangères.
par Justine Brabant
Journal — Europe
L’Ukraine profite de la guerre pour accélérer les réformes ultralibérales
Quatre mois après le début de l’invasion, l’économie ukrainienne est en ruine. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de procéder à une destruction méthodique du code du travail.
par Laurent Geslin
Journal
Comment combattre l’enracinement du Rassemblement national
Guillaume Ancelet et Marine Tondelier, candidats malheureux de l’union de la gauche dans des terres où l’extrême droite prospère, racontent leur expérience du terrain. Avec l’historien Roger Martelli, ils esquissent les conditions pour reconquérir l’électorat perdu par le camp de l’égalité. 
par Fabien Escalona et Lucie Delaporte

La sélection du Club

Billet de blog
Cochon qui s’en dédit
Dans le cochon, tout est bon, même son intelligence, dixit des chercheurs qui ont fait jouer le suidé du joystick. Ses conditions violentes et concentrationnaires d’élevage sont d’autant plus intolérables et son bannissement de la loi sur le bien-être animal d’autant plus incompréhensible.
par Yves GUILLERAULT
Billet de blog
Grippe aviaire : les petits éleveurs contre l’État et les industriels
La grippe aviaire vient de provoquer une hécatombe chez les volailles et un désespoir terrible chez les petits éleveurs. Les exigences drastiques de l’État envers l’élevage de plein air sont injustifiées selon les éleveurs, qui accusent les industriels du secteur de chercher, avec la complicité des pouvoirs publics, à couler leurs fermes. Visite sur les terres menacées.
par YVES FAUCOUP
Billet de blog
L’aquaculture, une promesse à ne surtout pas tenir
« D’ici 2050, il nous faudra augmenter la production mondiale de nourriture de 70% ». Sur son site web, le géant de l’élevage de saumons SalMar nous met en garde : il y a de plus en plus de bouches à nourrir sur la planète, et la production agricole « terrestre » a atteint ses limites. L'aquaculture représente-elle le seul avenir possible pour notre système alimentaire ?
par eliottwithonel
Billet de blog
Faux aliments : en finir avec la fraude alimentaire
Nous mangeons toutes et tous du faux pour de vrai. En France, la fraude alimentaire est un tabou. Il y a de faux aliments comme il y a de fausses clopes. Ces faux aliments, issus de petits trafics ou de la grande criminalité organisée, pénètrent nos commerces, nos placards, nos estomacs dans l’opacité la plus totale.
par foodwatch