Cinemed 2020 : "Flash Drive" de Dervis Zaim

Dans une Syrie où le régime d’Assad massacre sa population, Ahmet, un soldat muet, découvre l’assassinat en masse des opposants syriens et cherche à fuir dans la Turquie voisine avec son épouse Leyla, institutrice investie auprès de ses élèves.

"Flash Drive" de Dervis Zaim © DR "Flash Drive" de Dervis Zaim © DR
Film en compétition long métrage de fiction lors de la 42e édition de Cinemed, Festival de cinéma méditerranéen de Montpellier

Prix jeune public des activités sociales de l’énergie (CCAS) au sein de la programmation longs métrages de fiction du festival Cinemed 2020, Flash Drive de Dervis Zaim est un thriller politique qui réussit à exposer dans un même récit la complexité d’un pays en guerre où la population est sacrifiée entre diverses forces militaires en présence, qu’il s’agisse de l’armée officielle syrienne, des snipers fous à la solde directe du dictateur Bashar al-Assad, des armées de libération du pays non exemptes d’inhumanité, de la cruauté idéologique et physique des soldats de Daech, des missiles russes tuant aveuglément… Le film prend au mot le message lancé dès la première séquence et répété tout au long du film en empruntant la tradition des Mille et une nuits, de la nécessité de raconter des histoires pour survivre et trouver un écho au-delà des frontières. Après le documentaires Eau argentée (2014) de Wiam Simav Bedirxan et Oussama Mohammad et Pour Sama (2019) de Waad Al-Kateab et Edward Watts, ainsi que la fiction sous forme de huis clos Une famille syrienne (2017) de Philippe Van Leeuw… dénoncer le génocide de la population civile syrienne à travers les codes du thriller se révèle perspicace autant qu’efficace. Ainsi, le scénario propose plusieurs pistes de récit qui relancent l’intrigue au moment où l’on ne s’y attendait pas. En effet, tout commence par l’histoire d’un soldat découvrant l’assassinat en masse du régime d’Assad et qui va devenir un lanceur d’alerte. Puis, l’intrigue prend un autre tour avec le couple qui tente de fuir et prend le chemin de l’exil : il s’en suit un road movie où le sens de la survie du couple dans un monde apocalyptique est central. Puis la venue des soldats de Daech lance une nouvelle intrigue avec une course à la montre où le mari cherchera à sauver son épouse. L’histoire se poursuit encore avec de nouvelles intrigues dans la suite des péripéties, dans un récit haletant qui n’en finit jamais de porter le message politique au cœur du film.

Dans cette intrigue qui se place dans la filiation des thrillers d’Hitchcock où un couple innocent est confronté à la violence politique du monde, les ressorts de l’action ne sont pas portés exclusivement par l’homme, quand bien même celui-ci aurait l’avantage d’être intelligent et formé au combat militaire : la femme qui symbole d’humanité et d’attention bienveillante et protectrice pour les enfants innocents des conflits militaires, n’est pas reléguée au statut de faire valoir masculin. D’ailleurs, c’est un excellent choix d’avoir créé un personnage masculin muet qui doit trouver sa complémentarité par la voix devenue politique de son épouse. Dans ce rôle d’homme d’action mutique, le regard intense de Saleh Bakri et la sobriété toujours efficace des mouvements de son corps servent avec perspicacité les ressorts de l’action du film. Ce film d’une grande modernité s’inscrit dans la tradition du thriller politique au bénéfice de la mise en histoire des zones les plus sombres de la réalité géopolitique contemporaine.

 

 

Flashdrive
Flaşbellek
de Dervis Zaim

Fiction
125 minutes. Turquie, 2020.
Couleur
Langues originales : arabe, turc, anglais

Avec : Saleh Bakri (Ahmet), Sara El Debuch (Leyla), Ali Suliman (Musa), Husam Chadat
Scénario : Dervis Zaim
Images : Andreas Sinanos
Casting : Gokce Doruk Erten
Montage : Aylin Zoi Tinel
Musique : Marios Takoushis
Son : Kostas Varympopiotis
1er assistant réalisateur : Serra Kumkale
Directeur artistique : Sila Karaca
Production : Marathon Film
Producteur : Dervis Zaim

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