Billet de blog 25 oct. 2020

Cinemed 2020 : "Zanka Contact" d’Ismaël El Iraki

Au cœur d’une Casablanca mouvementée explosant dans l’extase du sexe, de la drogue et du rock-n roll, un rocker déchu et une prostituée dont la révolte mélancolique traverse la voix mélodieuse tombent l’un sur l’autre dans un fracas de tôles et de sang et ne se quittent plus.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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"Zanka Contact" d’Ismaël El Iraki © DR

Film en compétition long métrage de fiction lors de la 42e édition de Cinemed, Festival de cinéma méditerranéen de Montpellier

Mention spéciale du jury Antigone au festival Cinemed 2020, Zanka Contact d’Ismaël El Iraki est la surprise inattendue venue du Maroc, à mille lieues du naturalisme tragique que le cinéma d’auteur de ce pays avait habitué le public des salles en France. La démarche « rock’n roll » décomplexée est audacieuse et permet ainsi de pardonner de nombreuses maladresses d’un scénario un peu trop dilué dans des scènes qui ne font pas avancer le récit et un montage qui aurait gagné en rythme et en excluant quelques longueurs.
L’ambition du point de vue d’Ismaël El Iraki consiste notamment à démontrer les racines du rock’n roll marocain au cœur d’une tradition de la musique sacrée. C’est là un bon contexte pour mettre en scène en seconde lecture l’esprit de contestation des jeunesses marocaines de toutes époques face aux incarnations du pouvoir corrompu qui prend ici la forme d’un homme de pouvoir sadique surnommé « le bien né » et son garde du corps bourreau « fils de flic » à l’inhumanité sans limites. Le cinéaste ne cache pas sa fascination fétichiste dans ses scènes de dialogues comme dans ses excès de violence à Quentin Tarantino et l’ensemble du film berce sous l’ambiance protectrice et tutélaire du film de David Lynch Sailor et Lula (1990), dans une inspiration revisitée à la marocaine mais toujours avec la veste en peau de serpent et du rock’n roll.

Zanka Contact
d’Ismaël El Iraki

Fiction
120 minutes. France, Maroc, Belgique, 2020.
Couleur
Langues originales : arabe, anglais

Avec : Khansa Batma (Rajae), Ahmed Hammoud (Larsen), Saïd Bey (Said), Abderrahmane Oubihem (Obama), Mourad Zaoui (Mourad), Oisín Stack (Gibson), Fatima Attif
Scénario : Ismaël El Iraki
Images : Benjamin Rufi
Montage : Camille Mouton
Musique : Alexandre Tartière Neyl Nejjai
Son : Fabrice Osinski, Frédéric Meert, Ingrid Simon, Hélène Lamy Au Rousseau, Elias Vervecken, Manu de Boissieu
Décors : Adrien Ernandez
Musique : Alexandre Tartière, Neyl Nejjai
Effest visuels : Steve Jama, Cavern FX
Production : Barney Production (Saïd Hamich Benlarbi), Mont Fleuri Production (Saïd Hamich Benlarbi), Velvet Films (Sebastian Schelenz)
Distributeur (France) : UFO Distribution

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