Cinemed 2020 : "Sous le ciel d’Alice" de Chloé Mazlo

Alice, pour s’émanciper de sa Suisse natale, part travailler comme fille au pair au Liban dans les années 1950. Sa rencontre amoureuse avec l’astrophysicien Joseph qui rêve d’envoyer le premier Libanais dans l’espace, la conforte dans l’idée de vivre dans ce nouveau pays et y former une famille. Mais en 1975, la guerre civile éclate.

"Sous le ciel d’Alice" de Chloé Mazlo © Ad Vitam "Sous le ciel d’Alice" de Chloé Mazlo © Ad Vitam
Film en compétition long métrage de fiction lors de la 42e édition de Cinemed, Festival de cinéma méditerranéen de Montpellier

Avec ses courts métrages d’animation, Chloé Mazlo a développé sa sensibilité poétique pour évoquer l’histoire passée du Liban de ses origines. Sous le ciel d’Alice, son premier long métrage sélectionné tout d’abord pour la première fois à la Semaine de la critique au festival de Cannes 2020 qui n’a pas eu lieu, porte toute la richesse de cet univers personnel patiemment construit comme l’on confectionne une longue couverture en patchwork. Comme il s’agit d’un scénario construit sur l’évocation d’une histoire familiale d’un Liban qu’elle n’a pas connu, Chloé Mazlo utilise les moyens artisanaux propres au cinéma de l’artifice assumé plutôt que le documentaire, à travers les inventions de Méliès ainsi que les multiples ressources du cinéma d’animation en stop-motion pour débuter son récit dans une première partie. Même si le reste du film est filmé en prise de vue réelle, cette distance à l’égard de la réalité quotidienne est conservée à la fois à travers le grain de la pellicule argentique choisie pour le tournage, un décor en très grande majorité en studio et un jeu d’acteur antinaturaliste, qui laisse de côté la psychologie pour s’approcher au plus près de ce que signifie la mobilisation d’une histoire passée.
Le film donne ainsi à vivre des émotions comme autant de portes d’accès à une histoire complexe qui a divisé tout un pays en une longue guerre civile qui a laissé le pays à feu et à sang, dont les stigmates dans le Liban actuel sont toujours bien visibles.
L’une des plus grandes pertinences en terme de casting est le choix d’Alba Rohrwacher dans le rôle éponyme d’Alice, cette femme suisse exilée au Liban dont elle est littéralement tombée amoureuse avant de voir la symbiose de sa propre famille déchirée par la guerre civile. Avec pudeur et poésie, Sous le ciel d’Alice invite par son esprit cousu dans la force de la résilience à appréhender les incertitudes du monde actuel avec la curiosité d’une innocence renouvelée pour saisir les subtilités inédites du quotidien.

 

 

Sous le ciel d’Alice
de Chloé Mazlo

Fiction
90 minutes. France, 2020.
Couleur
Langue originale : française
Sortie cinéma (France) : 24 février 2021

Avec : Alba Rohrwacher (Alice), Wajdi Mouawad (Joseph), Isabelle Zighondi (Mona), Mariah Tannoury (Mimi), Jade Breidi (Tony), Odette Makhlouf (Amal), Hany Tamba (Georges), Charbel Kamel (Walid), Ziad Jallad (Selim), Darina Al Joundi (Rima)
Scénario : Chloé Mazlo, Yacine Badday
Images : Hélène Louvart
Montage : Clémence Carré
Musique originale : Bachar Mar Khalifé
Son : François Boudet, Damien Boitel, Xavier Thieulin
Décors : Aurélien Maillé
Costumes : Alexia Crisp-Jones
Casting : Charbel Kamel
Production : Moby Dick Films
Coproduction : ARTE France Cinéma
Producteur : Frédéric Niedermayer
Distributeur (France) : Ad Vitam
Ventes internationales : Charades

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.