Festival des 3 Continents de Nantes 2018 : "Inland" de Tariq Teguia

"Inland" de Tariq Teguia fait partie de la programmation thématique et non compétitive intitulée "40 films : un état des lieux du cinéma contemporain" et témoigne comme aucun autre d'une certaine Algérie invisible du discours officiel. Un film pour faire affleurer rend l'invisible.

"Inland" de Tariq Teguia © Contre-Allée "Inland" de Tariq Teguia © Contre-Allée

Malek, séparé de son épouse et de son enfant, accepte une mission de topographe dans un hameau isolé de l'Ouest algérien ensanglanté par le terrorisme islamiste.

La décennie noire en Algérie a laissé un pays dévasté qui peine encore aujourd'hui à vivre son deuil, faute d'une expérience précise de fin de la guerre. Ainsi, dans ce petit village isolé, totalement abandonné des politiques du pouvoir centré à Alger, Malek se confronte à une réalité inquiète, où quelqu'un peut être retrouvé pendu à un arbre, où la police menace avec vigueur toute intervention extérieure, où un barrage routier s'impose violemment, où les champs de mines entourent le lieu de vie. Ce sont ainsi les plaies non fermées des années de massacres qui restent toujours béantes. Le récit est porté par un personnage principal qui saisit un chemin de vie là où on le lui propose, qu'il s'agisse de son travail de topographe qu'il prend à cœur de suivre mais dont il s'éloigne très spontanément pour accompagner une jeune femme migrante décidant de revenir auprès de ses proches qu'elle a quittés pour rejoindre l'Europe. Tariq Teguia signe à travers sa mise en scène une singulière cartographie de l'Algérie, bouleversée sans cesse par de nouveaux personnages inattendus qui s'invitent dans le récit qui se transforme peu à peu en road-movie. Toutes les rencontres réalisées, qu'il s'agisse d'éleveurs nomades comme de migrants cherchant à rejoindre l'Europe, offrent une cartographie spécifique du pays, éprouvée dans le corps en fonction de la contrainte du déplacement réalisé. Le cheminement du personnage principal devient celui du pays dans sa globalité contemporaine à travers l'expérience des laissés-pour-compte des prétentions politiques de modernité, comme cette électrification du village isolé qui ne viendra peut-être jamais. L'approche expérimentale de Tariq Teguia se fait sensorielle, filmant l'espace pour rendre compte compte du désert que traverse un pays.

 

 

Inland
Gabbla
de Tariq Teguia
Fiction
138 minutes. Algérie – France, 2008.
Couleur
Langue originale : arabe

Avec : Kader Affak (Malek), Ines Rose Djakou (la femme), Ahmed Benaïssa (Lakhdar), Fethi Gharès (l’activiste), Kouider Medjahed (Kouider), Djalila Kadi- Hanifi (la femme de Malek)

Scénario :  Tariq & Yacine Teguia
Images : Nasser Medjkane et Hacène Aït Kaci
Son : Matthieu Perrot et Kamel Fergani
Montage : Rodolphe Molla et Andrée Davanture
Musique originale : Ina Rose Djakou
Production : Neffa Films, Cine@, Le Fresnoy, Captures / Yacine Teguia, Ouahid Benhallah, Brigitte Faure, Sandrine Boulet, Christophe Audeguis, Brigitte Monkerhey-Couët, Frédéric Lemaigre, Frédéric Papon
Distributeur (France) : Contre-Allée

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