Du sang, de l'autodérision, un tueur en série et du cinéma iranien

Alors que les cinéastes iraniens se font décapiter par un tueur en série, Hasan Kasmai, réalisateur interdit de tourner, ne comprend pas pourquoi il est épargné.

"Pig" (Khook) de Mani Haghighi © Epicentre Films "Pig" (Khook) de Mani Haghighi © Epicentre Films

Sortie DVD : Pig de Mani Haghighi

Mani Haghighi est l'un des cinéastes les plus atypiques de son pays, sortant du cinéma réaliste, psychologique, contemplatif et de dénonciation sociale que le public étranger a davantage l'habitude de connaître à propos dudit cinéma iranien. Son cinéma flirte avec un véritable plaisir avec les genres cinématographiques pour surprendre toujours là où on ne l'attend plus. Ainsi, autour de cette histoire de tueur en série qui choisit ses victimes du côté des intellectuels, plane la métaphore de la censure qui régit le pays. Pour donner une véritable ampleur à cette situation cauchemardesque, le cinéaste a choisi le ton de la comédie et de l'autodérision. Ainsi, l'une des victimes du tueur qui apparaît au début du film n'est autre que le cinéaste Mani Haghighi : le cinéaste filme la cérémonie de sa propre mort et dès lors on est bien amené à se demander, non sans dérision, qui réalise le film si son auteur est mort ?! C'est un peu la métaphore de l'exercice de la censure qui n'empêche pas la volonté de tourner des cinéastes visés.
Au centre du film, se trouve un cinéaste fan de hard rock, qui noue une relation adultère avec son actrice fétiche et qui se voit réduit à tourner des publicités pour une bombe insecticide. Cet homme, qui a besoin sans cesse de renommée, est entouré d'une communauté de femmes qui le prennent sans cesse en charge pour lui permettre d'exister, tel un grand enfant dépendant en mode régressif. C'est aussi là une nouvelle image non victimaire de la femme iranienne qu'ose présenter dans son film Mani Haghighi avec une jubilation certaine à casser les stéréotypes dans lequel un certain cinéma d'auteur iranien promu à l'étranger s'est enfermé. Sous ses aspects irrévérencieux, à commencer par le titre même pour un film où le cochon (pig) n'est pas forcément l'animal le plus aimé dans le monde musulman, le film de Mani Haghighi est un véritable vent de liberté qui ouvre de nouvelles voies au sein du cinéma iranien toujours créatif et foisonnant au-delà des volontés de fermetures des dirigeants au pouvoir. Alors qu'il s'agit du septième long métrage du cinéaste, il s'agit de son second film à être diffusé en France après Valley of Stars, A Dragon Arrives (2016) qui laissait déjà planer une atmosphère bien étrange et lyrique. Il faut noter encore que ses films mettent en scène des situations oniriques très inventives que l'on n'oubliera pas de sitôt et qui montrent que l'imaginaire est toujours une voie de libération dans un monde soumis à l'oppression.

 

 

123378178-o
Pig
Khook
de Mani Haghighi
Avec : Hasan Majuni (Hasan Kasmai), Leila Hatami (Shiva Mohajer), Leili Rashidi (Goli), Parinaz Izadyar (Annie), Siamak Ansari (Homayoun), Ainaz Azarhoush (Alma), Ali Bagheri (Azemat), Mina Jafarzadeh (Jeyran), Ali Mosaffa (Sohrab Saidi)
Iran, 2018.
Durée : 108 min
Sortie en salles (France) : 5 décembre 2018
Sortie France du DVD : 16 avril 2019
Format : 1,85 – Couleur
Langue : persan - Sous-titres : français.
Éditeur : Épicentre Films
Bonus :
Entretien avec le réalisateur Mani Haghighi
Avant première animée par Stéphane Goudet
Galerie de photos
Bio-filmographie du réalisateur Mani Haghighi
Bande-annonce



Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.