Billet de blog 29 août 2016

Le mariage temporaire : un mariage pour qui ?

Maryam, jeune veuve, rend visite à sa belle-famille dans une une petite ville provinciale iranienne. Toute la famille est réunie autour des festivités. Maryam souhaite quitter l'Iran avec sa fille. La relation qu'elle vit avec Kazem, son beau-frère, les conduit à envisager un « mariage temporaire ».

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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"Noces éphémères" de Reza Serkanian © Jupiter

Au sujet du DVD : Noces éphémères de Reza Serkanian

Présenté pour la première fois en France en 2011 dans la sélection ACID, Noces éphémères fut l'un des moments forts du festival de Cannes. Malgré toutes les difficultés rencontrées par les cinéastes iraniens, la production se maintient en livrant des films très divers. En l'occurrence Noces éphémères a pour lui le notable intérêt de réussir à proposer un regard totalement inédit sur la réalité quotidienne en Iran. Tout commence avec l'entrée immédiate dans l'espace intime et festif familial, à la manière de Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman (1978). La référence n'est nullement gratuite car les deux cinéastes ont comme point commun de faire fusionner avec talent et une patience infinie la construction cinématographique et l'art théâtral.
Les retrouvailles familiales en tant que telles sont inhérentes à la dimension théâtrale : les individus qui se retrouvent en un lieu déterminé chargé de sens pour chacun d'eux, se retrouvent investis d'un rôle à jouer souvent pesant vis-à-vis de l'autre et toutes leurs actions consisteront à faire évoluer les limites desdits rôles. Reza Serkanian ne tombe jamais dans la facilité d'opposer l'individu à la société : ses personnages font sans conteste partie de la famille, microcosme de la société tout entière. L'espace familial est d'autant plus attrayant qu'il n'enferme pas les membres qui la composent. Regroupant plusieurs corps de bâtiments d'habitation autour d'une cour intérieure, la caméra suit les déambulations de ses personnages, notamment à travers les mouvements libres et ludiques des enfants. Ainsi, le spectateur est ainsi invité à la fête familiale, abandonnant peu à peu ses propres clichés d'une société iranienne abattue où les femmes sont invisibles et inexpressives, où la famille est un symbole de plus de l'oppression. C'est là le brillant mariage d'une subtile maîtrise de la mise en scène théâtrale où les décors sont expressifs et où les nombreux personnages sur scène sont tout à fait à l'aise pour évoluer et se mouvoir entre eux. Le développement dramatique arrive bien plus par des actes sournois de semi lâchetés lovés au cœur des personnages, que l'application fatale de l'ordre liberticide du corps social. Et c'est là que le cinéaste parvient à développer un nouveau regard critique fécond sur la quotidienneté iranienne en choisissant notamment de déplacer son récit en dehors de Téhéran, espace citadin sous contrôle du régime par excellence. Au fur et à mesure la tension grandit car le cocon familial initial est contraint à éclater face au contrôle social dans une plus grande ville et à l'immonde hypocrisie de ce que signifie le « mariage temporaire ».
Le choix de Mahnaz Mohammadi dans le rôle du personnage principal de Maryam n'est pas non plus anodin : l'actrice est aussi et avant tout une cinéaste engagée. Le parcours de son personnage qui dépendra du courage ou des velléités des personnages masculins à son égard, témoigne de ses propres marges de manœuvre en tant que femme indépendante. Mahnaz Mohammadi a été empêchée de venir présenter à Cannes ce film et a été incarcérée durant un mois en juin 2011. Pour toutes ces raisons extradiégétiques, le film développe une profonde solidarité à l'égard de tous les citoyens du monde qui lutte discrètement pour conserver leur dignité et celle de tout un chacun pour une véritable cohésion sociale.

Noces éphémères
de Reza Serkanian

Avec : Mahnaz Mohammadi (Maryam), Hossein Farzi Zadeh (Kazem), Javad Taheri (Aziz), Dariush Asad Zadeh (Hadji, le grand-père), Fabrice Desplechin (Pierre), Clotilde Joulin (Delphine), Masoume Mohamadi Asl (Azam), Soheyla Kashef Azar (Effat), Azam Reshid Khani (Fatima), Aziz-Ollah Zaimi (le père de Kazem), Anahita Rokni (Sarah)
Iran, France – 2011.
Durée : 105 min
Sortie en salles (France) : 9 novembre 2011
Sortie France du DVD : 5 mars 2013
Couleur
Langue : farsi - Sous-titres : anglais, français.
Éditeur : Jupiter Communications

Bonus :
Interview du réalisateur par Xavier Leherpeur
Diaporama
Bandes-annonces

lien vers le site de l’éditeur

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