Libérer la parole après la Révolution tunisienne

Selma quitte Paris où elle a fait ses études de psychanalyse pour ouvrir son cabinet dans le Tunis de son enfance après la Révolution.

"Un divan à Tunis" de Manele Labidi © Diaphana "Un divan à Tunis" de Manele Labidi © Diaphana
Sortie DVD : Un divan à Tunis de Manele Labidi

Manele Labidi pour son premier long métrage décide de parler de la Tunisie de l’après-Révolution, celle d’un pays où la parole se libère après tant d’années de dictature. Et pour en témoigner, quoi de mieux que le personnage d’une psychanalyste ? Telle est l’ambition de cette comédie sociale s’enracinant dans l’héritage des comédies italiennes des années 1960 et 1970 notamment autour de la galerie de personnages secondaires gravitant avec une grande facétie autour du personnage principal interprété par Golshifteh Farahani. Le ton est léger et ne se veut pas non plus documentaire, refusant notamment le traitement du réalisme social que le sujet du film aurait pu emprunter. Déjà, dans son court métrage Une chambre à moi présent en bonus de cette édition DVD, Manele Labidi se montrait une talentueuse metteuse en scène de la comédie autour notamment du parcours du combattant d’une femme pour affirmer sa place et son indépendance dans l’espace exigu d’un appartement. Ce court montrait la force de la mise en scène de la cinéaste qui condensait en une histoire qui pourrait paraître anodine et aurait pu être filmée durant le confinement puisque tout se passe dans un appartement, les enjeux prennent une dimension politique qui dépassent le simple récit présenté à première vue. On retrouve ces mêmes enjeux dans le scénario de ce long métrage mais avec hélas moins de force. Comme si la cinéaste était un peu trop fascinée par son actrice principale pour lui offrir de vrais échanges drôles avec les autres personnages. Il y a ainsi tous les ingrédients réunis pour faire une comédie réussie mais la mayonnaise a du mal à prendre. Ainsi, le thème de la psychanalyse n’est pas exploré et les séances qui auraient pu offrir des moments savoureux sont trop découpées pour prendre une vraie ampleur. Il reste une belle image, une vive lumière, de beaux cadrages, le charisme cinégénique de Golshifteh Farahani. La production du film et la nécessité de réaliser un film qui entre dans les clous des attentes préétablies a empêché la liberté de ton que la cinéaste avait pourtant dans son court métrage. La Tunisie n'est finalement que survolée et la fameuse conscience-inconscience du pays dans un regard psychanalytique est évacué.

 

 

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Un divan à Tunis
de Manele Labidi
Avec : Golshifteh Farahani (Selma Derwish), Majd Mastoura (Naïm, l'inspecteur de police), Hichem Yacoubi (Raouf, un patient de Selma et boulanger), Ramla Ayari (Amel, la tante de Selma), Najoua Zouhair (Nour, la secrétaire du ministère de la Santé publique), Jamel Sassi (Fares, l'imam), Aïsha Ben Miled (Olfa, la nièce de Selma), Feriel Chamari (Baya, la propriétaire du salon de coiffure), Moncef Ajengui (Mourad, l'oncle de Selma), Zied Mekki (Amor, un policier), Oussama Kochkar (Chokri, l'autre policier), Amer Arbi (Haroun), Mhadheb Rmili (Ferid), Rim Hamrouni (Meriem), Yosra Bouzalene (Hafifa), Atef Ben Chedly (Lobna), Mourad Meherzi (Kamel), Neji Hassouna (Freud, le conducteur de la voiture), Bahri Rhali (Ezzedine, le grand-père), Dalila Meftahi (Hajer, la tante avec le grand-père)
France, Tunisie, 2019.
Durée : 85 min
Sortie en salles (France) : 12 février 2020
Sortie France du DVD : 25 août 2020
Format : 1,85 – Couleur
Langues : arabe, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Diaphana

Bonus :
Le film commenté par Manele Labidi et Guillaume Huin (premier assistant réalisateur)
Scènes coupées
Une chambre à moi un court métrage de Manale Labidi (2018)
Bande-annonce

 

 

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