Escapade vers l'Indépendance

Entre deux réunions, je me suis échappée dans les quartier nord de Lima et, grâce à Alexis, un ami péruvien, j'ai pu connaître une autre facette de Lima, celle que l'on trouve malheureusement dans toutes les grandes villes d'Amérique Latine, un quartier/bidonville, Independencia.

Entre deux réunions, je me suis échappée dans les quartier nord de Lima et, grâce à Alexis, un ami péruvien, j'ai pu connaître une autre facette de Lima, celle que l'on trouve malheureusement dans toutes les grandes villes d'Amérique Latine, un quartier/bidonville, Independencia.

Questionnant quelques personnes dans la rue, la COP est pour eux un acronyme complètement inconnu, une réunion internationale sur le climat à Lima n'évoque rien de connu pour eux – nous apprendrons par les organisateurs du sommet des peuples que le gouvernement n'a absolument pas communiqué sur cet évènement.

Independencia, un bidonville qui fait partie de l'agglomération de Lima, s'est construit à partir des années 1960 avec des invasions/occupations de terrain par des paysans qui venaient chercher de quoi vivre à la ville. Plusieurs vagues d'invasions amènent ce quartier à une population de 200 000 habitants aujourd'hui, chiffre qui devrait se stabiliser puisque la décision a été prise de stopper les nouvelles tentatives d'invasion. Décision prise par la municipalité au vu des grandes difficultés d'acheminer l'eau dans les maisons les plus récentes, accrochées dans les pentes avec un accès par escaliers ou non, comme dans les favelas de Rio, en plus sur un terrain très sec et plein de poussière en permanence.

Une vingtaine d'établissements scolaires sont répartis dans le quartier, des grands magasins – ils présentent l'avantage d'assurer un peu plus de sécurité alimentaire - ont été implantés en bas, là où le bus arrive : car pour circuler dans le quartier, c'est uniquement avec des taxis collectifs ou des motos à deux places, les rues étant pour certaines trop étroites et pentues pour que des voitures s'y aventurent.

La maman d'Alexis nous a reçu dans sa maison qu'elle habite depuis le début de ce quartier et qui loge ses quatre enfants, chacun ayant un étage, construit au fur et à mesure du temps. Comme pour les autres habitants, des titres de propriété leur ont été donnés et désormais, plus de 80 % de la population a eau, électricité, téléphone et internet : mais cela reste des services pour « pauvres » : l'eau ne sort pas du robinet à toute heure du jour, il y a des coupures à des heures régulières, et l'électricité permet de ne pas être dans le noir, éclairant à peine plus que les bougies, mais la télé fonctionne ! Des programmes sociaux mis en place depuis 20 ans dans le cadre d'actions de coopération décentralisée ont permis une grande partie de ces améliorations.

Un des problèmes importants dans ce quartier est la grossesse des adolescentes dès 14-15 ans. Il faut dire qu'en 2006, le président Castilla élu a commencé un programme de modifications législatives conservatrices, en alliance avec l'Opus Dei, en particulier interdisant aux adolescentes d'avoir accès à tout information contraceptive, à l'usage de préservatifs, leur interdisant d'aller au collège, menaçant de prison les « pères » ce qui poussait les jeunes filles à déclarer un viol même si ce n'était pas le cas. Depuis peu, le pays est revenu à la quasi situation précédente, mais la morale catholique reste un mur totalement infranchissable : une grossesse reste souvent une « honte » même si maintenant les adolescentes enceintes peuvent se rendre au collège. Et les programmes sociaux se poursuivent pour permettre de surmonter cette difficulté en travaillant avec les enseignants pour un accompagnement des adolescent-es.

La justice sociale a cependant été au coeur de toutes les discussions pendant ces 8 jours, espérons qu'il pourra y avoir quelques retombées pour les habitants, ainsi que s'est engagé le ministre de l'environnement péruvien qui a reçu aujourd'hui jeudi 11/12 une délégation des associations organisatrices du sommet des peuples.

 Lima, le 11 décembre 2014

Jacqueline Balvet

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