Les « anti-fracking » au sommet des peuples à Lima

Plusieurs ateliers successifs ce mardi autour de la problématique fracking. La situation péruvienne présentée par ECODESS, une association en lien avec des communautés indigènes, est restée sur les projets d'exploitation de pétrole conventionnel.

Plusieurs ateliers successifs ce mardi autour de la problématique fracking. La situation péruvienne présentée par ECODESS, une association en lien avec des communautés indigènes, est restée sur les projets d'exploitation de pétrole conventionnel. L'annonce du gouvernement péruvien, courant juillet, des projets d'exploitation de gaz de schiste s'étant faite discrètement via un journal peu en vue, on peut comprendre que les mouvements et organisations péruviennes ne se soient pas encore vraiment emparés de la problématique : cette étape du sommet des peuples leur aura certainement permis d'avoir davantage d'informations pour s'organiser dès 2015.

D'autres pays d'Amérique Latine étaient là pour témoigner. En effet, dix pays sont concernés par le « fracking » selon les estimations de réserves faites par l'Administration de l'Information Energétique des Etats-Unis, pas toujours confirmées par les estimations des pays eux-mêmes :

> au Mexique (6ème rang mondial pour le gaz de schiste et 8ème pour le pétrole de schiste), la phase d'exploration est bien entamée dans cinq états (Vera Cruz, Tamaulipas, Coahuila, Nuevo Lean, Chihuahua – un désert avec une biodiversité classée au 3ème rang mondial), 20 puits sont en activité et 27 000 sont prévus d'ici à 2045. Afin de faciliter la tâche des entreprises gazières, le gouvernement a finalisé cette année 2014 une réforme législative de privatisation des exploitations qui étaient jusqu'à présent du seul ressort de l'entreprise nationale Pemex.

Afin de prévenir la dévastation du pays avec la prolifération de projets de fracking, plusieurs organisations et collectifs de la société civile ont annoncé publiquement en août 2013 la création de la « Alianza Mexicana contra el fracking » qui exige l'interdiction de la technique de la fracturation hydraulique au Mexique, le respect et la garantie des droits humains, en particulier le droit des peuples indigènes, le droit d'accès à l'eau, à la santé et à un environnement sain et qui exige de l’État d'engager le développement des énergies renouvelables.

> en Argentine (2ème rang mondial pour le gaz de schiste et 4ème pour le pétrole de schiste), l'exploration a également démarré dans la province de Neuquen (Vaca Muerta) ainsi que dans celle de Mendoza (Filo Dorado), rapidement les communautés indigènes qui y vivent se sont révoltées contre la contamination de l'eau et ont organisé des marches réprimées violemment par les forces de l'ordre.

> en Colombie, le gouvernement actuel a décidé de développer l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Face à cette menace, les populations se mobilisent car elles ont déjà l'expérience des exploitations pétrolières qui ne respectent pas les droits minimum des populations quant à l'impact de leurs activités sur la nature.

> en Bolivie, des annonces ont été faites récemment sur des projets de gaz de schiste et de charbon, la Plateforme bolivienne contre le fracking s'organise et recherche des informations pour vérifier si des permis ont déjà été délivrés, combien et avec quelles compagnies. A ce stade une large campagne d'information préventive sur les divers impacts de cette technique se met en place.

> Au Brésil (10ème rang mondial pour les gaz de schiste et 14ème pour le pétrole de schiste) la situation est assez contradictoire : en même temps que certaines compagnies tentent l'exploration, le gouvernement vient de lancer un projet de moratoire de 5 ans (qui doit être voté en 2015), le temps de mieux connaître les impacts environnementaux.

La conscience des problèmes liés au fracking se développe désormais dans beaucoup de pays d'Amérique Latine. Un réseau régional latino-américain anti-fracking va se construire dans les mois qui viennent, la rencontre avec quelques européen-ne-s et une tunisienne présent-e-s au sommet des peuples a facilité les échanges et la mise en lien. Et finalement, s'est dégagé l'objectif d'organiser la première réunion d'un réseau d'activistes internationaux anti-fracking pendant le Forum Social Mondial à Tunis.

 

Texte rédigé à partir des contributions des personnes présentes aux ateliers et du rapport « Fracking Frenzy » - Friends of the Earth Europe

Jacqueline Balvet

Lima 12 décembre 2014

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.