Spirou et les choses de la chair

« Comment ça ? Mais il n'y a pas de sexe dans Le journal d'un ingénu ! ». Voilà ce que m'a dit Emile Bravo le week-end dernier, lors de la séance de dédicaces à la librairie Azimut à Montpellier.

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« Comment ça ? Mais il n'y a pas de sexe dans Le journal d'un ingénu ! ». Voilà ce que m'a dit Emile Bravo le week-end dernier, lors de la séance de dédicaces à la librairie Azimut à Montpellier.

 

 

Le journal d'un ingénu est la dernière version en date du groom belge. Elle est sortie à l'occasion de son soixante et dixième anniversaire. Avec un dessin référencé première période, celle de Rob Vel, Bravo s'attache pourtant à définir la genèse du Spirou de Franquin. L'aventurier curieux et intrépide.

 

Quoique l'auteur s'en défende, et avoue mal connaître la période Tome et Janry de la série, il existe une donne qui avait échappé à Franquin, et que Tome et Janry, tout comme Bravo, ont à coeur de traiter : la sexualité de Spirou.

 

On a beaucoup glosé sur l'homosexualité cachée de Tintin, giton du vieux capitaine (incarnation du vice), de son chien Milou comme destinataire d'un transfert affectif, de ses rencontres avec le jeune éphèbe Tchang... Mais surtout, du fait que le seul personnage féminin de la série soit la Castafiore, remède contre l'amour s'il en est.

 

Or le Spirou de Franquin vit avec Fantasio, est accompagné de l'écureuil Spip, et le seul personnage féminin de la série est Seccotine. Evidemment, Seccotine n'est pas la Castafiore. Mais elle reste insupportable.

 

Tome et Janry vont d'abord faire de Seccotine un personnage primordial de la série. D'autre part ils introduiront d'autres éléments féminins, d'abord robotisé avec Cyanure. Puis bel et bien en os et en chair avec Luna. La thématique de la sexualité sera même au coeur du dernier album réalisé par les deux comparses, le chef d'oeuvre Machine qui rêve.

 

Avec Le petit Spirou, le doute sur l'orientation sexuelle du héros est levé : Il vole les Paris Frou-Frou de son grand père, tente de découvrir le « trilili » de Suzette, et passe 37% de son temps à essayer de voir ce qui se passe dans le vestiaire des filles.

 

Alors on ne sait pas trop pourquoi Spirou ne cède jamais aux avances des différentes filles qu'il croise, et qui pourtant ne semblent pas le laisser indifférent. Avec l'introduction de Kassandra, Emile Bravo donne son interprétation. Spirou a bel et bien été fou amoureux dans sa jeunesse. Et cette aventure s'est soldée par un drame.

 

Et comble de l'anti-tintinisme, cette fille était juive et communiste !

 

Voilà donc au moins une bonne raison de lire le journal d'un ingénu, il en existe quantité d'autres : c'est une BD originale, drôle, intelligente, rythmée et humble.

 

De son propre aveu, Emile Bravo a l'intention de donner une suite à cette aventure. On s'en réjouit d'avance.

 

 

 

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