Billet de blog 12 déc. 2011

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
Abonné·e de Mediapart

Que faire de la dette ?

Charles Conte
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La Ligue de l'enseignement propose un dossier complet sur son site généraliste.

En interrogeant l’un des économistes qui ont contribué à ce dossier, nous lui avons demandé s’il était pessimiste. Il nous a répondu : « Je suis surtout anxieux. » Difficile en effet de prévoir ce qui sortira des turbulences actuelles, mais pour les observateurs spécialisés comme pour le grand public, la crise de l’euro et celle qui affecte les finances publiques des grands pays développés a quelque chose d’anxiogène. Comme si nous étions devant un mur – et que ce mur commence à s’écrouler.

Ce sont d’abord des illusions qui s’écroulent. L’empilement vertigineux des dettes privées et publiques dans certaines économies, notamment au sein de la zone euro dans des pays qui ont bénéficié depuis quinze ans d’un accès facilité au crédit, avait permis une croissance et une frénésie de consommation, tant chez les ménages que dans les budgets publics. Aujourd’hui, non seulement le crédit s’est raréfié, mais la croissance est en panne et il faut payer les dettes. Il y a de quoi s’inquiéter.


La France n’est pas parmi les plus mal lotis, notamment parce que l’endettement privé (ménages et entreprises) n’a pas atteint des sommets comme chez certains de nos voisins. Mais le poids de la dette publique et l’exposition des banques aux risques extérieurs contraignent le gouvernement à surveiller les finances publiques comme le lait sur le feu. La méfiance des marchés, la prime de risque qu’ils demandent en échange du financement des États, tout cela durcit les conditions de gestion de la dette et oblige à une attention de tous les instants.

Vu la place de la puissance publique dans notre économie (traitements et retraites des fonctionnaires, importance des politiques publiques et de la commande publique), la politique de rigueur qui s’est engagée et devrait se poursuivre sur plusieurs années ne sera pas sans conséquences sur l’activité, mais aussi sur les prestations servies par l’État providence.

C’est ici que l’anxiété doit céder la place à une discussion publique, aussi large que possible, sur les choix à opérer. Car n’en doutons pas, si la crise de la dette réduit les marges de manœuvre des responsables politiques elle redonne aussi toute son importance à la politique.

Des choix devront être faits. Ces choix, on peut avoir l’impression que ce sont pour le moment les marchés qui les font, tout comme la Grèce semble avoir abandonné sa souveraineté au FMI et à la technocratie européenne. Passé la gestion de la panique actuelle, il sera essentiel de prendre le temps de la discussion, non pas pour ignorer les conditions du monde réel et dépenser à tout va, mais au contraire pour reprendre la main.

Reprendre la main sur les choix de gestion, ce que l’on nomme le budget. Reprendre la main sur les orientations stratégiques – comme retrouver de la croissance. Reprendre la main sur la souveraineté, en examinant collectivement les moyens de se soustraire aux pressions des marchés, c’est-à-dire de réduire la dépendance au financement extérieur. Ce sont des enjeux forts, qui méritent un vrai débat démocratique.

La Suède et la Finlande, confrontées à une situation comparable au début des années 1990, ont su trouver des solutions énergiques et porteuses d’avenir. Ces deux pays se sont littéralement réinventés, en faisant profondément évoluer leur modèle social et la spécialisation industrielle sur laquelle il s’appuie. La France n’a pas leur capacité de consensus, et son économie reste généraliste. Elle ne pourra suivre la même voie. Mais elle pourrait s’inspirer de leur capacité à discuter, politiquement, de la seule chose qui compte dans une crise : l’avenir.

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