Précaution pour le PROGRES - Progès de la PRECAUTION

Comment concilier les principes de PRECAUTION et de PROGRES ? (pour mieux faire société)
On pourrait peut-être reformuler la question, ou plutôt la dédoubler.
Quels progrès pour la précaution ?
Quelles précautions pour le progrès ?

 

Troisième contribution... un peu décalée.

 

 

 

H1N1, fermeture préventive des établissements scolaires avec internat pour cause d’alerte météo neige, transformation des cuisines de collectivité en laboratoires d’assemblage bunkérisés, effet de serre, annulation de voyages pour cause de vigipirate, pétrification angoissée ou irresponsabilité débonnaire et assumée dans l’attente des consignes écrites du chef, … la liste est interminable. Des plus triviales au plus comiques, des plus globales aux plus mesquines, des plus tragiques au plus quotidiennes, les applications du principe de précaution ont envahi notre vie et sont légions qui pourraient toutes justifier de savantes analyses, mobilisent comités d’expertise, juristes, vérificateurs, certificateurs, tamponneurs, signateurs, et sermoneurs.
Nous vivons tous désormais sous précaution dans l’imminence de la tuile qui va nous tomber sur le coin de la figure.
D’ailleurs, sous prétexte de sécurité publique, le principe de précaution ne serait-il pas en réalité que l’habillage démagogique de la déresponsabilisation préventive et généralisée des responsables ?
Plus tu touches, plus t’es précautionneux, moins tu prends de décision, moins t’es responsable. Jackpot !
A tous les coups tu gagnes, c’est le clampin d’en dessous qui trinque, vous savez bien ce type fameux qu’on appelle fusible et qui n’a pas respecté les consignes.
Sauf s’il est moins clampin que la moyenne et qu’il a, à son tour, pris ses précautions.
A chacun son fusible… là, on avance. De conseils d’éthique en conseil de sages et autres experts, de protocoles en procédures et de modes opératoires en arrêts de la Cour de cass., la précaution n’a pas de souci à se faire, elle est bien cultivée.
Tellement bien qu’elle est devenue la rente par excellence, pour le service bien compris de l’intérêt général.
Bientôt plus rien ne bougera sauf les services de contrôle qui en attendant sont transférés de toute urgence, voire en toute cupide fébrilité à une floraison d’agences et d’organismes privés.
Ceux là prospèrent. Seront-ils bientôt les seuls ?
Toute une symbolique. L’ordonnancement de sa propre déconstruction par la puissance publique. Vidée, évidée, une coquille creuse, il n’y a plus de pilote dans l’avion ni de capitaine à la barre. Quelques stewards et hôtesses pour faire du boniment en devanture et attirer le chaland, un chef machiniste et ses garçons de plateau pour tirer les bonnes ficelles, une armée de marionnettes pour assurer un spectacle en trompe l’œil et vogue la galère.
Dans les soutes ça fait un peu la gueule, la nausée monte, mais bon…, le traitement est maintenant bien au point, un petit coup d’identité nationale, quelques meurtres sordides, une bonne dose de Jaurès et ça replonge illico en hypnose.
Heureusement, il y a parfois quelques erreurs de casting. Dernière en date, l’hôtesse Bachelot par exemple… passons.
Ça fait quand même désordre, car il faut bien préciser que le spectacle dure déjà depuis quelques saisons. On ne sait plus trop d’ailleurs, disons… quelques décennies, soyons généreux. Si mes calculs sont bons, nous en serions à peu près à la saison 6 ou 7 ; normalement le spectacle devrait être au point mais, le renouvellement de la troupe reste parfois hasardeux. Un dernier manque de précaution peut-être ? Pourtant ce coup-ci ils y vont fort à la manœuvre, un peu trop peut-être.
Faut dire que le chef machiniste, pour une fois ce n’est pas un endormi, il tire lui-même sur les ficelles, et il tire fort. Un peu nerveux, un peu trop fébrile, compulsif, frénétique… un peu trop pour le service de l’intérêt général décidément fort bien compris.
Mais il n’empêche, amiante, nucléaire, sang contaminé, AZF, marées noires, OGM, clonage … la liste serait longue là aussi qui justifie bien quelques inquiétudes au droit de l’intérêt général, à l’immédiat et pour l’avenir.
Mais attention, il y a un risque !
« Un risque ! Où ça ? Il est où ce risque ? Vite, montres le que je le dézingue. »
Toujours des questions :
Comment préserver la liberté des chercheurs ?
Comment préserver la liberté du business qui les finance ?
Quelles précautions avec le principe de précaution ?

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