L'Ecole et la transmission des valeurs de la République

Contribution donnée auprès du Haut conseil à l'intégration, le 18 mai 2010 par Eric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l'enseignement.

 

 

Avec la transmission des connaissances, l’Ecole a pour mission première de faire partager

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aux enfants et aux jeunes les valeurs de la République : celles de la citoyenneté démocratique. C’est une mission essentielle pour l’intégration sociale, culturelle et civique de toutes et tous et pour le vivre ensemble.

C’est une mission aujourd’hui redoutable dans une société qui défait souvent ce que l’Ecole fait, qui plus est dans un contexte inédit de changements profonds et rapides. De plus elle tente de le faire avec un outillage qui est en partie celui d’une époque qui se termine, celle des certitudes et du progrès infini. Alors puisque nous savons tout cela, comment tenir la promesse de l’Ecole de la République : celle qui fait une place digne à tous ses enfants, une Ecole laïque.

- un cadre inédit pour les éducateurs et la transmission

- une situation schizophrène

- une Ecole à la peine…mais la voulons-nous vraiment cette Ecole pour toutes et tous ?

1 - UN CADRE INÉDIT POUR LES ÉDUCATEURS ET LA TRANSMISSION

L’Ecole, comme d’autres institutions, ne saurait être républicaine et laïque seulement par décret ou par la légitimité de l’histoire. Elle l’est lorsqu’elle incarne ces valeurs dans la culture scolaire, dans des savoirs, dans son cadre de fonctionnement, dans ses pratiques, dans sa relation aux élèves et aux étudiants, aux personnels, aux parents, aux habitants, et donc dans sa relation aux enfants, aux jeunes et aux adultes qui la constituent.

Cela suppose par exemple que la laïcité ne soit pas simplement « le cadre d’abstention » de l’École que requiert le service public, mais qu’elle porte en elle, dans les missions de l’École, les dimensions essentielles et appliquées de la philosophie des Droits de l’Homme. Bref, cela suppose de passer à l’acte et de ne pas cantonner, à l’École moins qu’ailleurs, la laïcité et les valeurs républicaines au ciel des idées.

Évidemment, pour des éducateurs laïques – enseignants ou personnels dans l’École, militants dans l’éducation populaire et plus généralement dans l’action culturelle, parents – la condition de ce passage à l’acte demeure que les valeurs soient en phase avec la réalité de notre société et qu’elles ambitionnent d’avoir prise sur elle.

C’est l’épreuve des faits pour l’École et c’est l’occasion aussi pour la laïcité, culture de la République, de montrer à nouveau qu’elle n’est pas une référence figée, mais une dynamique de la libre et perpétuelle invention des valeurs qui fondent notre société.

C’est une dynamique qui s’inscrit aujourd’hui dans un contexte de montée des valeurs de l’individu qui sont aussi le produit de la lente émancipation et de l’autonomie acquises avec le concours de l’Ecole et du progrès social. Tout recours nostalgique, toute imprécation pour le maintien ou le retour à un cadre mythifié mine le projet démocratique de l’École, celui que la nation devrait lui assigner avec plus de vigueur.

Plusieurs tendances lourdes à l’œuvre dans nos sociétés vont modifier, ou modifient déjà radicalement, la nature du lien social, de l’expression des identités et du contrat civique et politique. Citons-en quelques-unes :

interrogation croissante sur la place des connaissances et des sciences quand elles apparaissent moins évidemment porteuses de progrès et d’émancipation, quand elles permettent à l’Homme de jouer les « Prométhée », ayant acquis la capacité de détruire son espèce, de fabriquer et de modifier du vivant ;

conscience grandissante avec la crise écologique de notre responsabilité individuelle et collective à l’égard des générations futures ;

intensification des mouvements de migrations due à l’accroissement des inégalités entre les États, entre les grandes régions du monde et quelquefois au sein même d’un pays, et résultant aussi de la faculté plus grande de se déplacer ;

maintien ou renforcement de la spatialisation et de l’ethnicisation des ségrégations sociales, avec de quasi « assignations à résidence » dans un contexte d’urbanisation sans cesse croissante, de persistance et d’aggravation des inégalités ;

circulation mondialisée des productions économiques et culturelles dans le cadre du développement des réseaux d’information et de communication ;

tentative des gouvernements des pays dominants et émergents de réguler la marche du monde (et maintenir la paix ?) par l’organisation d’espaces économiques ou politiques supranationaux (l’Union européenne par exemple), d’accords commerciaux globalisants (avec certaines volontés d’y intégrer la culture et l’éducation), avec en corollaire l’émergence d’une société civile extranationale à défaut d’être déjà planétaire…

Ces tendances laissent en suspens des interrogations majeures ou provoquent de profondes ruptures dans l’organisation de nos sociétés, dans les relations interpersonnelles, dans l’ensemble des champs de la transmission (quel héritage ? que faut-il en retenir et en faire partager ?), de la production (avec quoi et vers où se diriger individuellement et collectivement ?) et dans le sens même donné aux communautés humaines qu’elles soient culturelles ou politiques. Comment, dans de telles circonstances, penser et surtout assurer le « vivre ensemble » ? Comment imaginer cette « capacité à être et durer ensemble » qu’évoquait Renan à propos de la nation ?

La crise de la citoyenneté, dans les contenus et les contours que nous lui cherchons, se révèle dans cet environnement. Elle incorpore les hésitations de l’école et de ses personnels, mais plus largement celles de tous les éducateurs, parents y compris.

De fait, nous sommes entrés dans une époque de métissages plus profonds de notre société. Les représentations y sont moins stables. « L’en-commun » s’avère à la fois plus large à rechercher et plus long à fabriquer.

De plus, la délocalisation matérielle, la mondialisation des échanges, des données, des images et des informations créent un évident besoin de relocalisation personnelle et spirituelle. L’homogénéisation technologique induit la recherche d’appartenances fortes, d’identités affirmées, de marquages symboliques, quelquefois ethniques et religieux.

Dans un tel contexte les valeurs républicaines de la citoyenneté démocratique sont à « à l’épreuve des faits » tout particulièrement à l’Ecole si elles veulent permettre de gérer des rapports d’appartenances dans l’unité et la cohésion progressivement instituée. N’est-ce pas non plus la voie pour que la laïcité demeure le cadre d’une pédagogie de la liberté de penser ?

2- UNE SITUATION SCHIZOPHRÈNE

Le constat n’est pas nouveau. En 1985 déjà, Antoine Prost notait que « notre société est schizophrénique…on ne peut inculquer dans et par l’Ecole, d’autres valeurs que celles de la société elle-même, et il est vain d’espérer faire le contrepoids par l’Ecole, aux tendances d’une société. Entreprendre de restaurer dans l’Ecole des valeurs dont on se gausse au dehors, n’est pas rétablir un équilibre : c’est exaspérer une contradiction ».

On demande notamment à l’Ecole de former des citoyens en mesure de comprendre la nécessité de l’intérêt général, or notre société pousse très loin la culture de l’individualisme.

 

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La République ne saurait-elle exister si on ne forme pas des républicains ? Cette mission essentielle est dans l’article 2 de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école de 2005 (« Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République »). Or, notre société fait souvent le contraire de ce qu’elle demande à l’école de transmettre et les familles souhaitent de l’école des repères qu’elles ont elles-mêmes des difficultés à faire partager à leurs enfants, voire renoncer à le faire. Déjà, en 1997, dans une circulaire sur les missions des professeurs du second degré, ce constat apparaissait : « le professeur est attentif à la dimension éducative du projet d’établissement, notamment à l’éducation à la citoyenneté, et ce d’autant plus que l’établissement est parfois le seul lieu où l’élève trouve repères et valeurs de référence ».

Comment, en effet, faire comprendre aux jeunes qu’il n’y a pas de vie sociale possible sans repères et sans limites, que seule la loi libère, dans une société qui fait en constamment exploser ces limites et ces repères ? Comment le faire quand un animateur de jeux télévisés souvent indigents est aujourd’hui mieux considéré qu’un éducateur qui forme les citoyens, qu’un chercheur même « nobélisé », quand un trader peut amasser en un clic une fortune insensée tandis qu’une part croissante de la population vit dans la précarité et la pauvreté.

Ces contradictions sont connues de chacun de nous, jeunes y compris.

Ils savent que frauder le fisc en plaçant des fortunes sur des comptes à l’étranger est moins puni qu’un découvert bancaire de quelques centaines d’euros. Ils savent que les déclarations de principes sont oubliées parfois par ceux là mêmes qui s’en affranchissent là où ils devraient être exemplaires. Ils sont conscients de ces contradictions et la mission de l’école en devient pour le moins compliquée. Ils savent, par exemple, jeunes des milieux populaires issus des migrations, que le droit commun s’applique diversement quand un quart d’entre eux déclare avoir été victimes de discrimination (INED, mars 2010)

La transmission des valeurs n’est pas une question théorique. Cette mission de l’école n’a de réalité pour la jeunesse que par l’exemple, y compris bien sûr celui des personnels de l’éducation nationale ce qui suppose que la dimension juridique, éthique et pédagogique de leur formation et de leur métier soit réellement prise en compte.

Si la société ne veille pas à préserver, en paroles et en actes, le « sacré républicain » dont

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parle Jean Baubérot (« l’intégrisme républicain contre la laïcité » L’aube 2006) et à faire vivre en son sein le pacte qui en est issu, elle ampute les éducateurs d’une grande part de leur crédibilité. Si un minimum de cohérence n’est pas rétabli, alors nous payerons tous le prix d’avoir laissé des générations entières « naître sous X » en matière de valeurs. (Régis Debray, «Le moment fraternité» Gallimard 2009).

C’est évidemment aussi le sens que doit prendre l’alerte lancée le médiateur de la République , Jean-Paul Delevoye, dans son dernier rapport: « notre société est fracturée mais jamais cette réalité na été aussi aigue…l’époque où le vivre ensemble se fondait sur l’existence de règles communes…semble révolue…la loi n’apparaît plus comme le bouclier du plus faible contre le plus fort, mais comme une nouvelle arme aux mains du plus fort pour asseoir sa domination contre le plus faible… ». Terrible et salutaire signal d’alarme.

3- UNE ECOLE À LA PEINE

L’Ecole ne peut espérer être un espace d’intégration sociale et culturelle qu’à la condition d’être juste. Or elle demeure encore trop souvent injuste.

L’échec scolaire précoce et cumulatif de 15 % des jeunes, issus pour la plupart des familles les plus défavorisées atteste la permanence de l’effet des inégalités sociales sur les parcours scolaires. Il met gravement en cause l’idéal du système éducatif d’assurer l’égalité des enfants.

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Comment rendre compatible avec les valeurs républicaines l’existence simultanée d’établissements scolaires ghettos et d’établissements scolaires, pas seulement privés mais aussi publics, réservés à une élite sociale et à quelques boursiers méritants ? Comment faire partager l’idéal du vivre ensemble à des jeunes qui ne trouvent pas de stages de formation, de logement ou d’emploi en raison de leur origine ?

Les ghettos, en général, ne sont pas compatibles avec l’idéal républicain et laïque. Pas plus les ghettos de pauvres que les ghettos de riches.

Il y a beaucoup d’hypocrisie dans certaines manifestations d’inquiétude au sujet du risque communautariste surtout de la part de ceux qui, par exemple, n’appliquent pas la loi de la République sur le seuil minimal de logements sociaux dans les villes ou qui se rappellent qu’ils vivent dans une République laïque uniquement quand ils évoquent « les autres », des musulmans.

Ceux dont les droits sont ainsi bafoués peuvent-ils se sentir tenus aux mêmes devoirs que les autres citoyens ? Cette situation met l’Ecole en position délicate : elle cristallise toutes les insatisfactions en tant que représentant d’une République qui oublie parfois que la devise républicaine est un tout et qu’il est illusoire de penser faire vivre la liberté et l’égalité si on oublie la fraternité.

Pour être reconnues par tous, les valeurs républicaines de la citoyenneté démocratique ont donc besoin d’une école socialement et scolairement juste. Nous savons depuis longtemps qu’elles sont indissociablement liées à la question sociale. Nous ferions bien de prendre enfin au sérieux l’avertissement de Ferdinand Buisson en 1910 « Il y a toujours une question scolaire, mais ce n’est pas de savoir qui de l’Eglise ou de l’Etat dirigera l’école : la chose est jugée. C’est de savoir si notre démocratie réussira à faire, par l’éducation, la France de demain plus forte, plus grande, plus juste, plus humaine que ne fut celle d’hier. Ce n’est plus une question politique, c’est la première des questions sociales ». (« La foi laïque »).

Or ça ne semble pas être encore le cas. Malgré les rapports qui s’accumulent depuis 20 ans au moins sur les limites, les pannes, les insuffisances, les marges de manœuvres, les ressources d’un système qui a réussi à accueillir tous les enfants et les jeunes quasiment jusqu’à 18 ans en formation initiale mais une forme de démocratisation ségrégative qui n’assure pas l’intégration sociale et culturelle dans l’égalité. François Dubet notamment multiplie les travaux qui montrent que « la distribution des élèves dans les filières reste déterminée par leurs origines sociales et ceux qui échouent et quittent l’Ecole sans diplôme sont issus des catégories sociales les moins favorisées ». Il ajoute que l’égalité sociale devrait avoir la priorité sur l’égalité des chances.

Des rapports du Haut Conseil de l’Evaluation de l’Ecole à la fin des années 90 à la consultation nationale conduite par Claude Thélot en 2004, des travaux de chercheurs auditionnés et plus ou moins entendus par les ministres depuis 20 ans au récent rapport de la Cour des comptes…notre pays sait à peu près tout de son Ecole : de ses qualités comme de ses défauts.

Sachant tout, la question est donc : sommes-nous vraiment décidés à faire en sorte que tous les enfants de ce pays apprennent ensemble à vivre ensemble ? Sommes-nous vraiment résolus à concevoir une Ecole qui prépare les enfants et les jeunes à entrer dans un monde commun, à en partager les éléments de l’unité, à forger les outils du vivre ensemble tout en reconnaissant la diversité dune société de fait multiculturelle ? Sommes-nous vraiment prêts à assumer les conséquences d’une Ecole missionnée pour assurer l’acquisition de savoirs pour tous, une Ecole où l’on apprend à penser, à être et à faire. Une Ecole qui soit un espace protecteur, émancipateur, et un lieu d’apprentissage de la citoyenneté démocratique, un lieu de travail et de vie collective ouvert sur les territoires proches et lointains, où l’on fait à la fois l’expérience de la solidarité et de l’autonomie, de la coopération plutôt que la concurrence, de l’estime de soi, des autres et des cadres collectifs. Chiche !

C’est d’autant plus possible que cette Ecole là est en partie une réalité par les pratiques qui s’y développent mais ne sont pas reconnues, parfois stoppées dans leur élan. Mais attention les politiques du court terme, du pilotage réglementaire, du désinvestissement national vont à l’inverse d’une Ecole de l’intégration sociale et culturelle, une Ecole qui tienne les promesses de la République. Pour être en capacité de faire partager les valeurs de la République, l‘Ecole n’a d’autre choix que d’être scolairement et socialement juste. Si elle ne fait pas ce choix là, elle se discrédite et se délégitime.

4- POUR UNE ECOLE DE LA RÉPUBLIQUE QUI TIENT SES PROMESSES

Nous sommes à l’époque de la démocratie des individus, de la différenciation très affirmée des modes de vies dans le même temps que le commun ne semble partagé que par les marques publicitaires ou le rappel à l’ordre. Une société démocratique ne peut progresser dans l’illusion du « côte à côte » : une société démocratique ne peut pas se résumer à une collection d’individus, uniquement rassemblés par centres d’intérêts ou par l’arbitraire. La gestion des intérêts contraires ne peut pas reposer sur la loi du plus fort, de la performance, du cynisme et du clientélisme. C’est la capacité à se mettre d’accord sur l’intérêt général et à mettre en œuvre des valeurs et principes trop souvent contredits par les faits, qui rendent crédible tout projet démocratique. Ce que la République a su faire accepter quelquefois par la contrainte, par la culture commune de son école primaire, par le consensus trouvé après les batailles autour du progrès social, par l’exercice du droit et du devoir de suffrage…ce ciment là a besoin d’ingrédients nouveaux, ou de composants plus affirmés.

A cet égard, l’Ecole, les autres institutions éducatives et culturelles, dont les médias et les mouvements d’éducation, pourraient prendre en compte les dimensions les plus essentielles d’une éducation à la citoyenneté démocratique capable de fabriquer du commun en s’appuyant sur le singulier, du semblable et respectant le différent.

Il ne s’agit pas ici de laisser entendre que tout sera simple. Mais de rappeler simplement la belle invitation d’Alain Savary : « agir est difficile, mais l’inaction est sans espoir ».L’Ecole ne saurait être autre chose que la fabrique de l’espoir et de la confiance. L’espoir d’un progrès humain toujours possible et e la confiance en soi, dans l’autre, dans la loi commune. Sans cette confiance, c’est la démocratie et la République qui s’affaiblissent.

Pour cela il faut quelques principes et quelques et des choix qui les traduisent.

Des principes :

- concevoir une politique scolaire qui vise l’intégration sociale et culturelle de tous les jeunes dans une politique éducative d’ensemble qui fait de l’éducation une responsabilité partagée entre les parents, l’état et les collectivités territoriales, la société civile et le mouvement associatif, les acteurs économiques, sociaux et culturels. Cette politique concerne notamment l’Ecole, la petite enfance, la jeunesse, la culture, les loisirs et les sports, les médias, la cohésion sociale,

- établir l’égalité d’accès au service public d’éducation initiale et l’égalité dans le service public, ce qui suppose de traquer avec une véritable détermination les injustices et les discriminations qui le caractérisent encore trop souvent et d’inventer une autre carte scolaire dans le cadre de bassins cohérents d’éducation et de formation

- faire de l’éducation contre tous les préjugés une ligne de force commune de l’École, ne s’en tenant pas à l’apparence de valeurs partagées, à l’uniformisation médiatique des goûts qui masquent de profondes disparités entre les croyances et les mentalités ;

- explorer tous les aspects de la culture indispensable à la construction d’une citoyenneté démocratique qui suppose de considérer l’École comme un lieu d’apprentissage de la démocratie, c’est-à-dire de droits et d’obligations réciproques, de construction de la parole et de l’argumentation et de reconnaître la personne de l’élève ;

- s’attacher à faire émerger dans les cultures particulières la part d’universel, aussi petite soit-elle, qui donne la chance à tout individu, à tout groupe de se relier et de se confronter à l’Autre, dans des rapports de compréhension mutuelle, de coopération, en s’inscrivant dans une histoire et un projet.

- s’interroger sur les contenus et les formes d’une nouvelle éducation morale qui ne s’apparente pas à un quelconque ordre moral. Il ne s’agit pas là d’une morale préconstituée d’un corpus de valeurs, fussent-elles laïques. Loin d’une logique d’inculcation ou d’exhortation, nous sommes ici dans une logique de formation du jugement moral où l’individu est placé en situation de choisir ses propres valeurs et d’adhérer librement aux normes communes. À ne pas suffisamment penser ces démarches qui devraient être présentes tout au long de la scolarité, l’École s’interdit de prendre en compte des questions essentielles et existentielles de l’enfance et de la jeunesse – le sens de la vie, la mort, la sexualité, l’amour – et laisse les réponses au supermarché et aux médias.

Des choix :

- une éducation à l’hospitalité et à l’accueil par la pratique qui suppose que toutes nos institutions se présentent aux jeunes et leurs familles, s'expliquent sur leurs finalités, leur

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organisation, leurs règles, leur fonctionnement, leur volonté d’assurer l’égalité des droits…à l’éducation en particulier,

- une éducation à la diversité culturelle qui prend en compte la culture de tous, celle des parents, de son environnement social et des médias, non pour s’y complaire mais pour l’élucider, la pluralité des conceptions philosophiques et des croyances dans un cadre laïque,

- une éducation à l’épanouissement personnel, constitutif de l’estime de soi, de la découverte et de l’usage de ses sens, de son corps, de ses sensibilités et visant l’autonomie intellectuelle par le travail personnel et collectif,

- une éducation à la solidarité par l’ouverture au monde et aux autres, par la prise en compte des injustices et de la détresse, par l’entrée dans la mémoire des conquêtes démocratiques et sociales, rappelant qu’elles sont le fruit de l’engagement des générations qui se succèdent,

- une éducation à l’exercice de la citoyenneté, par l’éducation civique assumée par toute l’équipe éducative de l’Ecole, par l’exemplarité du fonctionnement démocratique des institutions, dont l’Ecole, et des associations et par l’accès au droit.

Ces principes et ces choix devraient avoir comme conséquences premières

- de mettre véritablement en œuvre l’accès de tous les jeunes au socle commun de connaissances et de compétences, et du livret de compétences qui doit le valider

- de repenser une politique amitieuse en objectifs et moyens de l’éducation prioritaire par une action positive, durable et évaluée

- de considérer l’objectif d’intégration sociale et culturelle et de partage de valeurs démocratiques et républicaines pour tous les enfants et les jeunes et pas seulement pour ceux qui sont issus des migrations

- d’assurer une véritable formation initiale et continue de tous les personnels scolaires concernés par cet objectif, avec des formations conjoints avec les personnes d’autres institutions éducatives culturelles et sociales.

- de transformer des pratiques de mesures des acquisitions fondées sur la notation de l’échec et la « constante macabre »

- de penser enfin les conséquences d’un véritable droit à l’éducation et la formation tout au long de la vie sur l’éducation initiale

- d’assurer dans l’Ecole le travail scolaire

- de faire des établissements scolaires de véritables maisons des savoirs sur leurs territoires

En conclusion, considérons que les enfants et les jeunes d’aujourd’hui ne contestent nullement les valeurs de la République. Ils veulent seulement qu’elles s’appliquent à toutes et tous. Ils ont compris la fonction de l’Ecole. Certains lui reprochent, juste titre de ne pas tenir ses promesses. Pour qu’elle puisse le faire, elle doit se transformer et disposer d’une politique ambitieuse et continue. Elle doit aussi redevenir un investissement premier de notre pays. Car si l’éducation coûte cher…nul ne souhaite essayer l’ignorance !

Eric Favey

Secrétaire général adjoint de la Ligue de l’Enseignement

Le 18 mai 2010.

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