Billet de blog 26 août 2010

Qu'est-ce que l'Union Française des Associations Tsiganes ?

Par Renardo Lorier, délégué national de l'UFAT. Pourquoi créer aujourd’hui une fédération d’associations tsiganes ? La France n’est-elle pas un pays démocratique, mieux : une république, dans laquelle chaque citoyenne et chaque citoyen disposent de droits inaliénables, parmi lesquels la liberté d’aller et de venir, le droit de vote, le droit à l’éducation, l’égalité entre tous… ? Il faut le dire clairement : non

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
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Par Renardo Lorier, délégué national de l'UFAT. Pourquoi créer aujourd’hui une fédération d’associations tsiganes ? La France n’est-elle pas un pays démocratique, mieux : une république, dans laquelle chaque citoyenne et chaque citoyen disposent de droits inaliénables, parmi lesquels la liberté d’aller et de venir, le droit de vote, le droit à l’éducation, l’égalité entre tous… ? Il faut le dire clairement : non, ce n’est pas le cas. Certes, nous Tsiganes de France, sommes attachés à notre pays. Nous saluons le pays qui a porté le progrès humain, de la grande Révolution de 1789 à l’émancipation de mai 68. Pourtant, nous constatons, à de multiples occasions, que nous ne sommes pas des citoyens comme les autres. Des titres (carnets ou livrets) de circulation nous sont imposés. Les aires d’accueil, prévues par la loi Besson de 1990, revue en 2000, n’existent pas dans la moitié des cas. Nous devons, pour accéder au droit de vote, être rattachés de façon ininterrompue pendant trois ans à une commune. Nous avons des difficultés à scolariser nos enfants. Ce n’est pourtant pas dans un esprit négatif, purement revendicatif, que nous avons créé l’UFAT. Au contraire, notre but est simplement d’être reconnus et respectés, tout comme nous reconnaissons et respectons tout le monde. L’UFAT contribuera à nous donner un statut d’interlocuteurs vis-à-vis de l’État et des collectivités locales. Nous souhaitons nous inscrire comme des partenaires à part entière dans ce dialogue civil. Pour cela nous sommes conscients que nous devons être représentatifs. D’une part nous fédérons plusieurs branches de notre peuple : Gitans catalans, Gitans andalous, Roms, Sintis, Yéniches. D’autre part, nous sommes les héritiers de plusieurs tentatives antérieures. Leur histoire est complexe. Je me permets de donner l’exemple de ma famille : mon grandpère était un Tchatiobasko Morches (homme d’honneur), un homme de grande qualité, respecté de tous pour sa droiture, son sens de la justice et l’amour qu’ils avaient pour son peuple. Il fut une grande figure, musicien et luthier… qui mourut déporté à Dachau le 3 août 1942 parce qu’il était tsigane. Mon père, Nicolas Lorier, a initié dès 1967 un regroupement informel,devenu en 1973 Comité national d’entente des gens du voyage (« gens du voyage » est un terme que nous abandonnons désormais aux textes administratifs). Cette association était composée pour la première fois d’homme et de femmes Sintis (Manuchs, Gitans) ; elle participera activement, en 1990, à la mise au point de la loi dite « Loi Besson ». Dix ans plus tard, avec deux amis, Dany Peto Manso et Marius Lussi, mon père créa l’Office national des affaires tsiganes qui comptait quelques mois plus tard 25 délégués répartis sur le territoire… En décembre 2008, à Montauban, à la suite de trois rencontres, c’est donc cette fois l’UFAT que nous avons mise sur pied. Un président a été élu, en la personne d’Eugène Daumas, vice-président de l’association Latcho Drom (« Bonne route », qui est aussi le titre du célèbre film de Tony Gatlif). L’UFAT est une association de droit français. Elle est conçue pour respecter et mettre en valeur le patrimoine, l’héritage et les valeurs de notre peuple, au premier desquelles figurent le respect des parents et des anciens, la protection de nos familles. Nous savons, et nous voulons, que la transmission de ce patrimoine, doit se faire en relation avec la société française toute entière. Nous conserverons l’essentiel. D’autres choses sont à revoir. Nous trouvons d’ores et déjà de nombreux apports dans la culture environnante. Et nous pouvons apporter – nous apportons déjà – à cette culture. Une démarche qui est commune à de nombreux groupes humains eux aussi porteurs d’une histoire et d’une culture. Nous nous en sentons solidaires. C’est une réponse globale à la mondialisation qui nivelle et écrase toutes les valeurs. Notre préoccupation fondamentale est le respect mutuel. Renardo Lorier Ce texte est paru dans un dossier "Les Roms, un peuple méconnu", publié par la revue interculturelle de la Ligue de l'enseignement "Diasporiques. Cultures en mouvement" Juin 2009.

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