Billet de blog 27 févr. 2012

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
Abonné·e de Mediapart

Immigration doit rimer avec intégration

Un dossier de la Ligue de l'enseignement sur un sujet qui est depuis bientôt trente ans sur le devant de la scène politique et sociale, et pourtant nous en savons bien moins que nous le pensons.

Charles Conte
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Un dossier de la Ligue de l'enseignement sur un sujet qui est depuis bientôt trente ans sur le devant de la scène politique et sociale, et pourtant nous en savons bien moins que nous le pensons.

L’immigration, c’est d’abord une réalité visible, dans sa banalité quotidienne ou sous ses formes les plus dramatiques, comme les incendies d’hôtel ou les bidonvilles qui sont réapparus le long des lignes de chemin de fer ou dans les terrains vagues de certaines banlieues. Ce sont aussi les minorités visibles – dans les transports en commun, les supermarchés, à l’école, dans certaines parties des villes. C’est, en somme, un phénomène dont chacun se sent autorisé à parler, pour compter des immigrés parmi ses amis, ses collègues, ou en croiser dans la rue.

C’est aussi un enjeu de débat public, filtré par un certain nombre de problèmes sociaux : la pauvreté, la crise des grandes cités d’habitat social, la délinquance et l’insécurité, occasionnellement les émeutes urbaines, mais aussi le port du voile ou du niqâb et l’essor des fondamentalismes religieux.

C’est un sujet dont, à la vérité, nous ne savons que faire. L’inaltérable santé du Front national atteste d’abord la difficulté des politiques, des intellectuels et des médias à saisir ce phénomène complexe pour formuler et traiter ses aspects les plus problématiques.

La gauche s’est longtemps enfermée dans le déni, la droite est tiraillée entre la conscience d’un besoin d’immigration et une volonté d’afficher sa fermeté en durcissant les conditions d’accès – quitte à alimenter les circuits de l’immigration illégale. Mettons tout le monde d’accord : les discriminations existent, la délinquance plus fréquente des hommes jeunes d’origine immigrée n’est pas une fiction. Mais, faut-il immédiatement ajouter, ce n’est pas la question.

Car tout ce que montrent les travaux des sociologues et des économistes, appuyés sur les enquêtes de l’Insee, c’est que l’immigration en elle-même n’est pas un problème. Elle devient problématique, en revanche, en s’agrégeant à des situations sociales telles que le sous-emploi, la ségrégation urbaine, la pénurie de logement, plus généralement tout ce qui affecte les conditions de la mobilité sociale sans laquelle une société démocratique digne de ce nom ne peut pas fonctionner. Les immigrés, plus précisément une partie de la population immigrée, est prise au bout de la chaîne de la mobilité sociale, dans sa partie… la plus immobile. Le problème, fondamentalement, est ailleurs. Mais c’est dans ce segment de la chaîne que ses conséquences sont les plus visibles et les plus radicales.

Une politique de l’immigration n’a donc guère de sens, et surtout elle ne peut produire aucun résultat tangible, si elle n’est pas associée à une politique d’intégration elle-même inscrite dans un effort cohérent et systématique de s’attaquer aux dysfonctionnements chroniques du marché du travail, d’une part, du marché du logement, d’autre part. Ce sont là les deux trappes dans lesquelles les immigrés et leurs descendants, plus souvent que les autres et avec des conséquences souvent irrémédiables, se font piéger. Le logement, l’emploi, sont des problèmes qui touchent l’ensemble de la société française mais qui se concentrent sur les immigrés et leurs enfants. Commençons par là.

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