« Fédérer le peuple » Ma généalogie du Front de Gauche - ( épisode II)

Pris dans le mot d’ordre  « Marchons pour une 6ème République », du 5 mai 2013 j’écrivais, « pensais »[1] la situation en terme de réalité concrète en cherchant la ligne, la zone de production de cette situation (p 84) dans le prolongement de l’élection présidentielle.

Pris dans le mot d’ordre  « Marchons pour une 6ème République », du 5 mai 2013 j’écrivais, « pensais »[1] la situation en terme de réalité concrète en cherchant la ligne, la zone de production de cette situation (p 84) dans le prolongement de l’élection présidentielle.

« Mélenchon-Présidons »Ma généalogie du Front de gauche .(épisode I)

  Je devais sans doute à Miguel BENASAYAC d’engager cette démarche pour avoir lu quelques uns de ces livres quelques années plus tôt. Au croisement des échanges sur le fil de Médiapart et des interrogations suscitées par l’évolution de la situation politique en cet  fin Août  2014 je suis  pris à nouveau par une question lancinante: qu’est-ce qui fait qu’un citoyen s’engage en politique où qu’il reste dans l’attente ? Qu’est –ce qui « fait peuple » ? La relecture du livre Le mythe de l’individu  de Miguel  BENASAYAC sous-tend  cet épisode.

 Résumer  d’où je parle ?

 J’adhère au  PG  le jour du 1er meeting électoral des Présidentielles , sur la place Stalingrad à Paris ; ce qui n’était qu’une coïncidence fortuite puisque j’étais  moi-même à Vénissieux ce jour là ; mais pour un ex-soixante-huitard  Marxiste-Léniniste-Maoïste, c’est une coïncidence : « ça parle ». Je me reconnaissais dans ce Front de Gauche, cette mise en mouvement  du peuple ; mon adhésion au PG était accessoire, comme un poste d’observation ; il faut dire que j’ai déjà donné dans le militantisme de parti « pur et dur » ; et je n’entends pas qu’on m’y reprenne.

D’ailleurs, ma vision du Front de Gauche dès ce moment est d’ordre stratégique : « faire peuple » ; ce qui structure cette vision stratégique est d’ordre pédagogique et non pas d’ordre organisationnel. C’est pourquoi la question de savoir s’il faut « tous » s’encarter dans la même boutique ne me préoccupe nullement ; Que ferait-on des autres « tous », personnes non-encartés ? Non, ce n’est vraiment pas le problème. Le cartel électoral se devait d’exister pour répondre aux échéances  du même nom ; il survivra aux divisions en mode dégradé.

 L’évolution du PS montre que  toute alliance avec lui est mortifère. C’est la leçon de cet épisode : personne ne peut plus sous-estimer son cynisme-libéral. Chaque composante du Front de Gauche a maintenant compris, ou comprendra, que son existence : c’est à dire sa consistance révolutionnaire, est liée à cette stratégie de Front de Gauche qui pourtant  le dépasse, même « s’il pense » en avoir été à l’origine. Ce dépassement relève de l’autoproduction de la situation.

 

Intro

 Le climat plombé  de cet fin d’Août  2014 est marqué par la décadence du régime : fuite à droite, encore plus loin  toujours plus vite, du 1er gouvernement Valls ( 147 jours) , éclatement des partis traditionnels, délitement du PS, Les Verts entre gamelle et aboiements,  incertitude quant à l’avenir du Front de Gauche et Marine Le Pen qui attend, sur son nuage, que ça tombe tout cuit . Pendant ce temps  le chômage est au zénith. Combats en Europe, et partout délitement des états, conflits multiples  ethniques et religieux. Et combien de migrants noyés en Méditerranée ? Et combien de morts à Gaza ?   Le citoyen Lambda se demande : « Comment tout ça : ça va finir ? ». Comment[2] avoir une prise quelconque sur notre vie ou sur le monde ?

 

Quelle est notre situation[3] ?

 Dans ce chaos, le point de vue, la perspective ou tout simplement  l’énoncé : « Fédérer le peuple ; 2017 sera une insurrection » correspond à ce qu’il faut qu’il advienne  pour que le peuple recouvre sa souveraineté en France ; ce qui ne sera pas sans répercutions dans le monde. Cette pensée  est à prendre comme élément fondateur de la situation[4] et prolonge l’énoncé précédent de « Marche pour une 6ème République ». C’est un Pari ; examinons-en les conditions de faisabilité sous « le regard oblique des passants honnêtes ».

Le déni de démocratie qui affecte ce système dit « démocratique » est formellement acté depuis la victoire du NON au Traité Constitutionnel Européen de 2005.  Depuis, la Troïka : BCE, Commission Européenne, FMI, impose aux peuples européens des cures d’austérités : un programme sans fin qui mène à la catastrophe économique doublé d’une attaque radicale contre les droits sociaux. Ces politiques mettent en danger nos sociétés.

Notre situation est incluse, en particulier, dans le multiple des situations de chaque pays européens où partout la justice sociale, l’aspiration démocratique, l’émancipation humaine deviennent  des obstacles aux profits des multinationales et des investisseurs privés. Partout la résistance est à l’ordre du jour.

 Ce déni de démocratie est aussi consacré par la Présidence de F. Hollande qui avec le plus grand cynisme  impose à la France  une politique libérale, liberticide et d’austérité.

Ce faisant, nous avons épuisé depuis le programme commun,  des contraintes incontournables du marché jusqu’au poids de la dette, les solutions alternatives social-démocrate dites de « gauche». Ce que nous traduisons par « le système n’a pas peur de la gauche, le système a peur du peuple ».

Nous avons manifesté, pétitionné, fait grève  pour dénoncer ces politiques depuis l’ère Sarkosy  sans succès ; le rapport de force s’est  délité ; l’oligarchie  impose sa loi partout.

Le peuple est ignoré : chacun est renvoyé à sa place « d’individu [5]» soit disant « autonome et libre », en fait « consommateur-bidochon » au sein d’un marché régulé par la fameuse concurrence libre et non faussée.

 

Ce qui, dans la situation, nous échappe.

 Une situation est un ensemble de conditions qui ne dépendent pas de nous. C’est ce qui est donné par rapport à ce qui est désiré. C’est pour cela que la compréhension de la situation exige que nous la pensions comme un processus sans sujet ni objet ( p98) ;  c’est à dire comme un processus d’auto-affirmation.

 Chacun sent bien que tout est bloqué, que nous sommes les jouets d’une manipulation  politico-médiatique ; un théâtre qui se substitue au réel des  souffrances quotidiennes d’une vie toujours plus âpre. La préservation et le développement de la vie nécessitent une insurrection – présent virtuel[6] - : insurrection des consciences, insurrection du peuple qui conjugue, ici et maintenant, résistance et démocratie, « comme  un avenir en tant que mode du présent ». Mais, Les  hommes ne choisissent pas de part leur « libre arbitre » de s’engager ou non du côté de la liberté, de la vie ; la position d chaque homme par rapport à la situation est « existentielle » dans le sens  où soit nous sommes et nous produisons du côté de la vie, du développement de l’existence, soit nous nous plaçons sur la pente qui mène la situation ( et nous même en tant qu’élément de celle-ci) vers le néant. (P 88)

 Pour notre malheur, l’irrationnel politique et  la structure humaine irrationnelle s’entretiennent mutuellement. De ce point de vue, le tableau clinique du PS (de la base au sommet), entre le discours du Bourget et l’université d’été de La Rochelle, offre  des cas d’école saisissants. Au quotidien, l’irrationnel c’est la détestation du voisin  qu’il soit étranger, musulman, « fonctionnaire-nanti » ou « chômeur-assisté » qui  alimente le tir de barrage d’une politique alternative mortifère. Elle noie l’individu atomisé dans « la peste émotionnelle » ; elle le rend ainsi disponible pour participer au lynchage de son voisin pour se rassurer, pour  assurer « l’ordre » (« la discipline » de parti aussi), et pour la guerre. La société de l’individu est structurée et scandée par la peur (p 24). Dans cette société l’individu est celui qui attend son accomplissement (16)… il peut toujours attendre… à l’image de ce que l’on appelle les « pays en voie de développement ». 


Les fins et les moyens : (extraits des 18 thèses pour l’écosocialisme )

 L’écosocialisme n’est pas une utopie à laquelle le réel devrait se conformer ; c’est « l’agir » qui prend en charge la défense de la vie : à la fois pensée et action radicale.

L’être humain est partie intégrante de l’écosystème dans lequel il vit ; aujourd’hui  l’intérêt général humain est menacé par le système capitaliste dans sa course au profit. Le productivisme épuise les ressources et perturbe le climat ; l’idéologie consumériste est son corollaire.

Le processus en cours de réappropriation de l’initiative politique et citoyenne nous le nommons révolution citoyenne.  Nous défendons la voie démocratique de la révolution citoyenne ; par l’usage plein de nos droits à lutter par la manifestation, la grève, le bulletin de vote : le peuple n’est pas le problème, il est la solution.Compte tenu de l’ampleur de son objectif, la remise en cause du productivisme ne peut résulter d’une simple alternance électorale et de décisions venues d’en haut. Elle implique une refonte radicale des institutions : Pas d’égalité et de république sociale possibles sans Constituante !

Cette démarche démocratique et pacifique ne préjuge en rien de la violence à laquelle nous allons nous heurter ; si le peuple n’a que son courage , le système, lui, est armé jusqu’aux dents. La criminalisation des militants, les tirs tendus de flash-ball sur des manifestants pacifiques jusqu’à   l’état d’urgence  contre la jeunesse des banlieues en révolte nous ont déjà donné à voir « les coups à prendre ».

 

Jamais un coup de dé n’abolira le hasard

  Le pari qui vise à « profiter » des circonstances de  l’élection présidentielles  de 2017 pour porter la candidature qui aura pour seul programme la mise en place d’une  constituante pour une VIème République fait salivé ; c’est un bon coup à jouer pour débloquer nos institutions, politiser la société, élever le niveau de conflictualité et ce faisant enrayer la régression économique et sociale qui nous emporte. 

Cette candidature, ce « présent-virtuel », doit mettre en débat au plus tôt les principes constitutionnels qui règlerons :

-       La représentation nationale et territoriale,

-       Le statut de l’élu-es

-        Le référendum révocatoire

-       Le droit de vote pour les résidents étrangers.

-       …

 

mais aussi :

-       L’impôt obligatoire et la fraude fiscale liée aux paradis fiscaux

-       Les services publics et leur périmètre de gratuité…

-        Le droit de propriété des entreprises.

-        …

 

 C’est une bataille idéologique, politique et culturelle pour le choix des mots.  Ce qui induit que  la situation est multiple et non saturée.

Pour les habitants de la situation, l’ici et maintenant de celle-ci n’existe en réalité que sous forme de parties…Le quotidien nous fait vivre la situation en termes d’épisodes ;…L’homme vit dans l’épisode à partir duquel il peut penser, agir et participer au développement de la situation. Dès lors, les hommes, même lorsqu’ils traversent ce  que l’on pourra par la suite désigner comme de grandes ruptures historiques, le feront toujours de manière « infinitésimales », c’est à dire dans et au sein de l’épisode. ( p 129)

Cette considération indique une méthode  comme  condition de faisabilité ; si l’on veut que « ça marche » cela  suppose que le débat soit porté au sein du mouvement social, au cas par cas , dans chaque mobilisation sociale . Cela suppose de dépasser la traditionnelle division du travail économique/ politique qui traverse les organisations syndicales, associations et partis. Une organisation « transversale » comme ATTAC, en tant que mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action citoyenne, doit prendre des initiatives, comme en 2005 lors du référendum sur le TCE.  Alors, le peuple prendra toute sa place, et la rupture sera significative.

Deux écueils : Il est clair qu’en cas d’insuffisance, le débat se réduira à une question juridique de droit constitutionnel entre spécialistes; alors les avancés éventuelles  seront comme des promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent. A l’inverse, la politique faite au nom des grandes ruptures est le type même de rupture qui reste prisonnière de la globalité, c’est à dire d’une vision monopolisée par le pouvoir. ( p133) ; c’est  à dire d’un pouvoir soustrait au peuple.

La période  d’instabilité ouverte par la crise de régime peut-être  l’occasion d’une politisation en profondeur de la société si nous[7], les habitants de la situation, sommes en mesure de porter ce débat. La 6ème république, c’est maintenant.

  

Ah ! J’oubliai : et « Monsieur JL Mélenchon  dans tout ça ? »

            JL Mélenchon est un habitant de la situation et à ce titre, comme chacun d’entre nous, il « pense » la situation autant qu’il est « pensé » par elle. Dans sa fonction de dirigeant politique il porte une parole de représentation[8] du Front de gauche : une parole qui  pose « le présent  en devenir ». Or les critiques ne portent que très rarement sur le fond, c’est bien souvent un escamotage, un détournement.

La manipulation consiste en une inversion spectaculaire qui consiste à prendre la représentation pour la chose représentée ( p145). On occupe ainsi la scène et le temps. Critiquer JLM pour sa représentation pour mieux occulter le devenir de la chose représentée, ainsi va l’information « spectaculaire ».

A travers  une brève de la rédaction de  MDP en quatre mots : Mélenchon prédit une « insurrection » MDP nous renvoie à l’article de l’envoyée spécial de Libération au « Remue-méninges » du Parti de Gauche à Grenoble intitulé lui : Pour Mélenchon, « 2017 sera  une insurrection ». La journaliste  rapporte entre autres propos :   « 2017 ne sera pas une élection, ce sera une insurrection. » ; l’objectif afficher « mettre le peuple en mouvement » ; un peuple qui doit devenir maître de son destin ». Et selon MDP nous serions dans l’attente[9] de la réalisation d’une prédiction, sans doute comme d’autres sont dans l’attente de la croissance ; cherchez l’erreur ! C’est votre devoir de rentrée.

 Claude DELORME, alias St-Ethique-slam, 

Adhérent au Parti de Gauche, Vénissieux.

 

 


[1] Miguel BENASAYAG, Le mythe de l’individu, Editions la Découverte, 2004

p 93 La pensée, qui, en tant que processus complexe dépasse largement les étroites limites de la conscience humaine, existe ainsi en situation comme élément, comme processus de la situation, comme mise en place et résolution de problèmes successifs. De sorte que, nous pouvons dire que, au lieu de définir un « je » comme sujet pensant, la pensée existe dans la situation de telle façon que la seule chose que nous puissions énoncer est qu’il y a de la pensée comme condition et élément de la situation, en tant que niveau d’organisation de celle-ci.

 

[2] p13 La complexité du monde ne fait ainsi pas simplement référence à la composition multidimensionnelle du réel. Au contraire, le complexe est ce qui se présente comme étant un tissu extérieur et intérieur à l’individu et qui, de par son incroyable intrication, nous place dans l’incapacité de déterminer des lignes d’action nous permettant d’avoir une prise quelconque sur notre vie ou sur le monde.

 

[3] p 81 Une situation est un mode d’être et par conséquent une dimension de la réalité, un niveau d’organisation. Elle est ainsi pensable comme ce qui échappe ( par accident ?) au chaos, à l’infini, et qui existe comme pure production de la finitude qu’elle fonde. C’est pour cela que la première chose qui nous vient à l’esprit lorsque nous pensons la situation, c’est le fait qu’il ne peut pas exister de « situation universelle », que la situation est toujours concrète et que les situations sont multiples.

 

[4] P 86 La pensée existe comme élément fondateur de la situation, les hommes peuvent y participer, comme il participe à la production de la situation dont ils sont les éléments, mais en aucun cas ils ne sont les sujets producteurs de la situation ou de la pensée qui la fonde. Le seul énoncé  qui corresponde à la réalité de la pensée est : dans la situation il y a de la pensée ; et, plutôt que de dire les hommes en tant que personnes pensent,  « pensent », tels des sujets producteurs autonomes de pensée, il serait plus correct d’affirmer qu’ils sont pensés par la pensée. En se sens, si une situation se définit par sa problématique d’autoproduction, cette problématique peut être  identifiée, comme chez Foucault, avec « l’épistémè » de la situation.

 

[5] p   dans le néolibéralisme avancé, l’individu est précisément le constituant du lien social régi par la loi du profit et de l’intérêt, l’atome indivisible de la massification.

 

[6] p 95 si le virtuel n’est pas représenté dans la situation, c’est parce qu’il existe comme puissance, comme potentialité, c’est-à-dire  comme ce qui n’est pas encore, mais qui peut être comme « l’avenir en tant que mode du présent » (comme virtualité pure)

 

[7] p131 Au-delà de ces considérations idéologiques, la situation existe sous condition de son devenir, de son changement auquel les hommes peuvent et doivent participer pour que la vie continue…. Les changements vont, comme toujours, soit dans un sens positif de l’organisme/situation, c’est à dire de la composition des rapports  qui augmentent sa puissance, soit dans le sens négatif de la décomposition de ces rapports.

 

[8] P 141 « C’est le cerveau qui fait partie du monde matériel et non pas le monde matériel qui fait partie du cerveau. ». A ce principe épistémologique nous ajoutons que ce sont les représentations qui font partie du réel et non pas le réel qui fait partie des représentions. Cela afin de poser clairement, d’emblée, l’angle d’attaque par lequel nous comptons aborder la question de la représentation en général et du temps et de l’espace en particulier, dans la mesure où nous concevons le temps et l’espace comme des dimension de la représentations.

 

[9] P 153 L’attente comme mode d’être au monde.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.