à propos du processus constituant


Trois  points qui sont largement « sous-estimés » dans la perspective d’un processus constituant.

 

- 1-       La question du « suffrage (dit) universel » à savoir  la composition du corps électoral est une  bataille d’ordre politique et culturel ; un  « préalable »  au processus constituant.

La République de 1948 nous a fait passer du suffrage censitaire au suffrage universel masculin. Le corps électoral passe alors de 246 000 votants à plus de 9 millions. Sont encore exclus : les femmes, les militaires, les détenus, le clergé  et... les Algériens. Le suffrage universel est  élargi aux femmes et aux militaires seulement en 1945 ; puis, dans le prolongement de mai 68, à la jeunesse en 1974: la majorité civique est ramenée à 18 ans. Pour ce qui est des résidents étrangers : le régime discriminatoire est toujours de rigueur.

La composition du corps électoral des citoyens  sera un enjeu décisif du processus constituant.

Quel est l’état du débat sur la question ?  Redéfinir  la citoyenneté  française est un enjeu politique qui ouvre le champ de « l‘imaginaire citoyen » ; mon imaginaire à moi me porte à dire que : « La citoyenneté  est acquise pour toute personne majeur,  qui vit sur le territoire français depuis plus d’an et qui s’inscrit sur la liste électorale. »  Une citoyenneté non plus fondée sur la nationalité mais sur la volonté de participer au « vivre ensemble » dans une communauté de destin. Ainsi, le pacte républicain et ses valeurs universelles de liberté, égalité, fraternité prendra corps vraiment.

La classe ouvrière existe ; je l’ai rencontré avec une carte « vie privée et familiale » d’un an, renouvelable. C’est le lot, en France, du prolétariat nomade à l’époque de la mondialisation. Revendiquer le droit de vote pour toute la classe ouvrière c’est, en toute logique, un minimum si l’on porte vraiment un projet de société alternative qui vise au partage des richesses.

Le droit de vote des citoyens étrangers sera-t-il plus tabou que le droit de vote des femmes au siècle dernier ?

 

Une dimension européenne :

 Constatant que l’afflux des réfugiés et d’émigrants économiques  en Europe, conséquence de l’état de guerre et des politiques d’austérités, et  qui aspirent à s’installer provoque de facto  un « élargissement » démographique de l’Union,  E Balibar pose la perspective d’une citoyenneté européenne comme alternative face à l’émergence  « d’un parti » xénophobe anti-immigrés, anti-réfugiés unifié en Europe.  Un tel processus constituant déborderait l’Etat-nation et induirait un autre rapport aux institutions européennes  : passer d’une Europe forteresse des Etats  « bornés » à une Europe solidaire «  Borderland » ; c’est pas gagné ; mais c’est le débat du « moment ».

 

-2- La problématique m6r : médiatisation et processus constituant

En créant un outil média autogéré pour promouvoir une autre République et faire connaître leurs actions, les signataires de la pétition pour la 6ème République (j’en suis) entendent maitriser leur communication ; c’est bien. Mais, ils n’échappent pas pour autant aux représentations et effets liés au système médiatique qui induisent une démarche de  marketing politique. Ainsi une version, caricaturale certes, pourrait être : «  Regardez ma 6ème comme elle est belle, avec son costume trois pièces : la proportionnelle, le non cumul des mandats et le référendum révocatoire » ; signez pour la 6ème ! Alors, le risque de confondre « la vitrine »  pour une 6ème république et le processus constituant : c’est à dire le « pétrin » lui-même, est grand. Il est d’autant plus grand que, jusqu’à ce jour, l’investissement des citoyens « lambda » dans des assemblées citoyennes reste très, très modeste au regard du bouleversement attendu.

 Le processus constituant : «  fédérer le peuple », que nous souhaitons engager est au point mort parce que «  l’imaginaire citoyen » est en panne ; il est en panne  parce que dans le syndrome raciste actuel, Le phénomène de « l’exclusion », ( la conscience d’être « exclus », ou la crainte de le devenir, ou simplement le fait de cohabiter  avec ceux qui sont exclus) occupe manifestement une place centrale. « Qui » est exclus, et de quoi ceux qui sont « exclus » sont-ils exclu ? (Etienne Balibar, la crainte des masses)

Il nous faut prendre la mesure de ce problème : au-delà de l’abstention, cela affecte la possibilité même pour le peuple  de penser une institution « autre ». En l’état, si, il y a une question centrale, c’est bien celle de notre démarche : comment faire ?

La subjectivité contestataire ne se reconnaît pas dans la figure héritée des Lumières du « citoyen autonome doté de raison ». L’autonomie fondée sur la conscience, comme processus cognitif et d ‘éducation, qui se donne comme objectif une autonomie plus grande encore est un processus qui tourne en rond ; c’est globalement notre situation actuelle.  Cette démarche ne contient pas apriori l’épaisseur d’une feuille à papier de cigarette d’un « être-désaliéné », elle est au contraire et malgré elle, reproductrice de « l’être-aliéné » ; parce elle présuppose que le citoyen autonome est déjà un « être-désaliéné ».

La subjectivité contestataire n’est pas dans le champ politique au sens du terrain de jeu politique institutionnalisé. Elle puise son énergie dans son refus d’être une victime consentante.  Parce que la subjectivité contestataire se sent aussi responsable de ce qu’elle n’a pas choisi son engagement est d’abord existentiel : elle consiste en la mise en œuvre de pratiques concrètes de libération ( Miguel Benasayag, DU CONTRE POUVOIR) .

Aussi  les « Zones A Défendre »  en sont une figure ; c’est aussi notre situation actuelle.

La subjectivité contestataire pose sa conscience d’elle même, non comme connaissance, mais comme saisissement apriori  du tissus de relations  et de  pouvoir dans laquelle elle est insérée comme « être-aliéné » et, se faisant, projette comme imaginaire radical, sa possibilité « d’être-désaliéné ». C’est  sur cette conscience existentielle que peut se construire un savoir émancipateur à travers un processus concret d’appropriation  sociale et donner réalité à cet adage partagé : « Comprendre le monde c’est le transformer »

 

- 3-      La question de « la citoyenneté en entreprise »

La crise de l’hégémonie  épuise la légitimité des solutions politiques de rechange dites  « en alternance » ; ainsi Hollande a fait pire que Sarko ; et si, Sarko devait revenir il en mettrait une autre couche, en pire ; c’est pourquoi, on voit le MEDEF, syndicat corpo s’il en est, obligé de monter en première ligne pour défendre la légitimité de l’entreprise et, se faisant, se dévoiler comme parti organique de sa classe capitaliste. C’est  dire que « l’entreprise », en tant qu’institution, est  l’enjeu décisif du processus constituant puisque que c’est là que s’exerce la réalité du pouvoir patronal ; un pouvoir soustrait à la représentation politique au sein la République bourgeoise. « Et c’est là que les athéniens s’atteignirent… » ; nous sommes rendus - là - au point de départ de notre problématique : les trois institution de la Troïka  (BCE, FMI, CE ) fonctionne sur ce modèle « entreprise »: elles assurent, comme en entreprise , « une gouvernance privée » au service de la finance et soustraite à tout contrôle démocratique.

En tant que modèle d’institution l’entreprise  est dotée d’un « Esprit » : l’habillage de son idéologie prédatrice. L’esprit d’entreprise ou « culte de la performance » qui  doit-être porté jusqu’au sacrifice dans la bataille de la compétitivité et de l’emploi, jusqu’à accepter son propre licenciement pour la survie de la dite « entreprise » ; comment ne pas devenir fou ?  Et que dire de la saignée du peuple grec  pour payer « l’affameuse-dette » ?

En l’état, les travaux  du m6r dans la résolution « Pour une 6ème République » décline la question en ces termes : Partisans de la République sociale, nous défendons la démocratie dans  l’entreprise et la création de droits nouveaux sur le lieu de travail pour garantir la souveraineté et la citoyenneté des salariés dans l’entreprise. Ce qui, à mon avis, s’apparente à une reprise  des « lois Auroux » adoptées en 1982 ; c’est ce qui  s’appelle « tourner en rond ».

 

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