Tchao Manu, passons la VIème !

 Il y a des jours où, à la vue de ce qui se fait et se dit au niveau de nos dirigeants, on en vient à se demander si on n’a pas suivi le lapin blanc dans son terrier pour tomber au pays des merveilles et se retrouver à écouter les discours édifiants du Chapelier fou et du Lièvre de Mars prenant une tasse de thé au milieu du royaume de l’absurde.

C’est que, lors de son allocution à l’université d’été du MEDEF, le Premier Ministre Manuel Valls a entériné pour de bon la mue social-libérale du gouvernement et du PS. La vacuité de son message politique se résumant tout entier dans sa phrase : « J’aime l’entreprise » (qui ne l’aime pas, c’est sur ce qu’on met derrière le mot « entreprise » qui compte), Manuel Valls n’hésite pas à asséner un discours qui ressemble bigrement à celui de l’UMP, au point que cette dernière peine à trouver des critiques à formuler autre que « passons à l’acte ensemble ». Et parmi la ribambelle d’amalgames, de confusions et de généralités prononcées lors de son discours, il faut toute la mauvaise foi du Monde à Manuel Valls pour déclarer : « une mesure favorable à l’entreprise est une mesure favorable à tout le pays » à propos du Pacte de Responsabilité. Un mot a déjà été dit à propos des effets désastreux de ce Pacte pour le pays, mais un fait nouveau vient renforcer la conviction que ce n’est pas la bonne politique servant l’intérêt général : le deuxième trimestre 2014, moment où les entreprises profitaient pour la première fois du CICE (baisse de la fiscalité et des cotisations financée par, entre autres, une hausse de la TVA ponctionnant l’ensemble des Français), a vu la rémunération des actionnaires exploser de 30,3%, un record mondial. Qu’un gouvernement se contente de n’y voir qu’une malencontreuse coïncidence en dit long sur son état d’esprit. Mais plus encore, cela ne fait que confirmer ce que le Front de Gauche avance depuis les présidentielles : l’austérité tue le pays à petits feux.

Résumons l’affaire : croissance atone (encore), chômage toujours croissant, hausse continuelle des inégalités, déflation en vue… Une véritable tour de Babel de mauvaises nouvelles et de perspectives peu encourageantes s’édifie chaque jour sous nos yeux. Bref, s’il y en a encore un malin à la tête du pays pour lancer un « la reprise est là », il se pourrait très bien qu’il reçoive en guise de réponse une explosion de colère sociale. Et quand ça explose, au vu de ce qui s’accumule comme colère, ça peut partir très loin, dans la bonne ou la mauvaise direction. Telle est la leçon de l’Histoire. Mais une chose est sûre, c’est qu’une fois lancé, le mouvement social explosif s’auto-entretient dans une dynamique furieuse qui n’a qu’une envie : tout balayer sur son chemin et tout refaire à neuf... Or, à bien y réfléchir, ce n’est pas un si mauvais projet : quand on a affaire à une crise structurelle comme celle à laquelle on assiste, le seul moyen d’y mettre un terme, c’est de changer la structure. Cela demande bien évidemment un effort considérable, et surtout au préalable de définir vers quoi on se dirige. Car, même si prendre conscience qu’il faut tout foutre en l’air est déjà une sacrée victoire, se donner à nouveau une direction collective et un avenir commun est une autre paire de manche. Mais cette idée de coup de balais a de quoi plaire.

 

                Il y a de ceux qui disent : « on peut changer de l’intérieur », on peut changer la structure sans pour autant sortir du cadre, ni le modifier radicalement. C’est ce que disaient les Verts (et certains le disent encore) à propos de la ligne de François Hollande en matière d’économie et d’écologie. C’est ce que disaient (et disent encore) les « frondeurs » et « dissidents » socialistes à l’encontre de la politique (social-)libérale de plus en plus ouvertement affichée par le gouvernement. C’est ce que disaient (et disent encore) les socialistes et une bonne partie de la gauche radicale à propos de l’Union européenne. Quel est le bilan des courses ? EELV a quitté le gouvernement, Mme. Duflot reconnaissant publiquement son échec à faire bouger les lignes au sein du Conseil des Ministres. Les frondeurs ont eu autant d’impact auprès de Hollande qu’Hollande lui-même n’en a eu auprès de Merkel, c’est-à-dire aucun. Et pour ce qui est de l’Europe sociale, il vaut mieux ne même pas en parler tellement le désastre est complet. Il y a enfin ceux qui disent qu’on peut changer le PS, le faire revenir sur une politique de gauche. Non, il faut désormais l’accepter, le PS, comme ses congénères européens, est un parti de droite, suivant une transformation de fond tant idéologique que sociologique. N’en déplaise aux Filoche, Lienemann, Maurel and co.

C’est que cette stratégie de combat de l’intérieur fait l’impasse sur un point pourtant fondamental du Monde dans lequel nous vivons : nous avons affaire à un système organisé de telle manière qu’il concentre tous les pouvoirs dans les mains d’une minorité d’individus qu’on pourrait nommer oligarchie. Cette oligarchie est une puissance multiforme en position hégémonique, sa domination sans conteste étant permise et entretenue par la structure actuelle de notre société. Cette organisation structurelle de concentration des pouvoirs (et partant, des richesses) traverse tous les domaines politique, économique, médiatique, culturel, qui s’interpénètrent et se renforcent mutuellement dans la légitimation et le maintien d’un tel système.

Au niveau économique et financier, la mondialisation avec ses dogmes de libre circulation des capitaux et des marchandises donne tout pouvoir aux détenteurs de capitaux pour jouer sur le dumping fiscal (et social) et imposer aux pays de réduire leurs normes fiscales, sociales et écologiques au risque de voir s’envoler les entreprises vers des horizons plus cléments. Le fait que la France se situe dans la zone euro accroît d’autant plus ce phénomène de pouvoir absolu du capital sur la politique économique du pays : ne pouvant emprunter directement à la Banque centrale, il n’y a plus qu’un seul financeur potentiel de l’Etat, c’est l’univers des marchés financiers. Cela donne un terrible pouvoir, pour ne pas dire un pouvoir absolu, à ces marchés : tu ne fais pas ce que je veux, je coupe ton financement et tu meurs à petits feux. Cela signifie que le peuple n’est plus souverain, il ne peut plus décider souverainement quelle sera la politique économique, car celle-ci est soumise à un pouvoir matériel supérieur. Il y a beau y avoir des élections, on ne peut passer outre la volonté des marchés financiers et des détenteurs de capitaux, sinon gare au taux d’intérêt et à la « sanction » des marchés si on ne fait pas « la bonne politique ». De plus, si le capitalisme en lui-même a pour propriétés intrinsèques l’accumulation sans fin  et le productivisme (on voit là l’évidente contradiction avec la réalité écologique qui est que nous vivons dans un monde aux ressources finies, épuisables), le libre-échange et la déréglementation financière renforcent ses effets désastreux, notamment en matière de désastres écologiques et de hausse d’inégalités sociales. C’est que ces principes conduisent à une répartition des richesses de plus en plus inégalitaire, au point que des sommes colossales soient concentrées dans les mains d’une petite portion d’individus. Aujourd’hui, les 85 personnes les plus fortunées au Monde sont aussi riches que les 3 milliards d’individus les plus pauvres.

Mais cette domination du monde économique par une poignée d’accumulateurs de capitaux s’accompagne d’un système institutionnel et politique qui privilégie lui aussi la concentration des pouvoirs dans les mains d’une oligarchie. La Vème République est par excellence une monarchie républicaine, c’est-à-dire un régime qui crée une pyramide des pouvoirs. La puissance exécutive domine les autres pouvoirs, législatif et judiciaire. Il dispose du Parlement comme bon lui semble : le gouvernement peut mettre en place le vote bloqué ou l’article 49-3 pour contraindre les députés dans leur possibilité de discuter et amender les projets de lois. A certains députés émettant des doutes sur le vote de confiance envers le nouveau gouvernement Valls, on leur répond en agitant la menace de la dissolution de l’Assemblée. Le manque d’indépendance de la justice, notamment le Parquet ou le Conseil Supérieur de la Magistrature, est tout aussi stupéfiant pour un pays qui se targue d’appliquer la séparation des pouvoirs. C’est la parole des citoyens qui est confisquée et le pouvoir souverain du peuple qui est mis à bas. Car, une fois élu, un Président est irresponsable : nul ne peut le contester ni remettre en cause son mandat. Il reste à son poste pendant cinq ans, et peut royalement (c’est le cas de le dire) revenir sur les promesses qu’il avait faites auprès des citoyens avant son élection, sans que personne ne puisse alors légitimement le rappeler à ses obligations d’élu de la Nation. Drôle de démocratie que celle qui voit la souveraineté populaire réduite à s’exprimer tous les cinq ans. Ce principe d’irresponsabilité du Président s’étend à son entourage et aux branches supérieures du pouvoir. Alors que s’ouvre depuis plusieurs années un concours de celui qui aura le discours le plus sécuritaire et la parole la plus dure envers les « délinquants » des cités et les jeunes des banlieues, il s’avère que les « élites » jouent à la fraude fiscale (voire, pour Cahuzac, à l’évasion pure et simple), au détournement de fonds publics, à la corruption et autres Bygmalions… L’opacité est la règle, et au monarque républicain s’ajoutent des potentats locaux soucieux de préserver leurs intérêts particuliers, notamment face au nouveau découpage des régions, loin de se soucier de l’intérêt général ou de demander aux citoyens leur avis. Et à la sévérité affichée envers vous et nous, à notre culpabilisation croissante répond de leur côté une impunité toute aussi croissante : alors qu’on estime inacceptable qu’un petit dealer de drogue ne fasse pas plusieurs années au pénitencier, on trouve tout à fait normal le principe « d’application mesurée de la loi fiscale » envers les évadés fiscaux. A cette cassure morale s’ajoute ainsi une rupture du principe républicain d’égalité de tous devant la Loi.

C’est que les ponts entre pouvoir politique et pouvoir économique sont nombreux. Il y a une porosité incommensurable entre ces deux univers. Le nouveau Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, en est le symbole par excellence : ancien banquier d’affaire chez Rothschild, il est l’incarnation de la finance au pouvoir. Nombre de membres du pouvoir politique ont soit été anciennement membres de hautes institutions financières ou liées à la finance (banques, assurances, hedge funds, cabinets spécialisés,  avocats d’affaire…), soit profitent de leur fonction publique pour préparer au mieux leur futur poste dans le privé et assurer les meilleures conditions « d’épanouissement » dans ce nouvel univers. Il y a de ces coïncidences qui prêtent à sourire jaune : le préfet qui avait à l’époque avalisé le projet de l’aéroport de Notre-Dame des Landes présenté par l’entreprise Vinci, travaille aujourd’hui à… Vinci Autoroutes. C’est dans ces collisions des sphères politiques et financières que le phénomène de corruption est particulièrement fort, notamment dans le cadre des Partenariats public-privé (voir pour plus de détails le livre « Partenariats public-privé : pillage et gaspillage »). Cette attitude et cette porosité ne sont pas seulement une question d’avidité ou de cupidité, ni même de profiteurs mafieux. Ce n’est pas non plus un grand complot machiavélique collectivement pensé ni minutieusement préparé. Non, cela relève avant tout de plusieurs raisons, à la fois idéologiques et sociales. Ces élites proviennent souvent des mêmes milieux sociaux et plus encore suivent les mêmes études dans le même cercle restreint de grandes écoles. Elles baignent alors dans un entre soi social permanent conditionnant en grande partie leur vision du monde. N’oublions jamais que toute idée naît et s’affirme dans un contexte social et culturel donné. En l’occurrence, il s’agit d’un véritable bain idéologique souvent inconscient de lui-même. Cela crée une ambiance de travail, et plus que tout, une prédisposition à accepter certaines idées et pas d’autres. S’ajoute ensuite la prise de conscience des intérêts en jeu une fois qu’on est aux manettes : oui, il est plus facile et incitatif de se faire de l’argent via la spéculation ou le détournement de fonds que par l’investissement dans le système actuel. Oui, il est plus simple de ne pas demander l’avis des gens que de devoir en tenir compte dans le système actuel. Oui, il y a une tendance à jouer avec le fisc à la manière de Tom et Jerry.

Un troisième niveau de cette oligarchie se situe au niveau du système médiatique. Le film « Les nouveaux chiens de garde » montre à merveille les mécanismes qui lient cette sphère aux intérêts financiers et politiques dans un joyeux medley. Parler d’indépendance, d’objectivité ou de pluralisme des médias, c’est prendre quand même de sacrées libertés avec la réalité. Que le groupe Lagardère possède Europe 1, RFM, Virgin Radio, Paris Match, le JDD, Relay, que Dassault soit propriétaire du Figaro ou Bouygues de TF1, cela donne des droits à leurs propriétaires, de l’aveu même de Laurent Joffrin ou de Franz Olivier Giesbert : « oui, il y a un pouvoir du capital ». Quant aux experts, les meilleurs transmetteurs des paroles de l’Evangile néolibérale (ceux qui hantent les plateaux TV en nous culpabilisant : « vous vivez au-dessus de vos moyens », « il faut libéraliser, privatiser ! »), s’ils avancent souvent leur fonction de sociologue, chercheur au CNRS, économiste et tutti quanti, ils sont beaucoup moins prolixes concernant leur fonction de membres de Conseils d’administration d’assurances, de Conseils en affaires, de banques… Les médias se muent alors (en tant que puissance systémique) en relayeurs et propagandistes de cette idéologie favorable à la libéralisation à tout crin, au libre-échange, à la déréglementation, à la culpabilisation permanente, à la dénégation de l’Etat social. Les médias sont la deuxième peau du système, assurant dans la bataille idéologique et le choc des idées, l’hégémonie des doctrines favorables à l’oligarchie. N’était-ce pas Malcolm X qui disait : « Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et à vous faire aimer ceux qui les oppriment » ?

Au fond, on pourrait résumer ce régime oligarchique par une phrase, trop peu connue hélas, de Voltaire qui donne une autre vision (moins éclairée) du philosophe et de sa doctrine politique : « un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et le gouverne ».

 

                Que faire, alors ? Certains disent qu’on ne peut pas agir autrement et font le choix de la résignation. Et les défenseurs de ce système aiment à encourager cette idée, à l’image d’un Manuel Valls déclarant : « il n’y a pas de politique alternative », ou en déclarant que la politique n’a plus prise sur le Monde, ou encore cette tendance croissante à naturaliser des phénomènes et des états de fait (avec les dérives de la « science économique » ou la notion de « fin de l’Histoire »). D’autres préconisent la méthode des petits pas, en y allant progressivement. Mais les uns et les autres font malheureusement fi de la réalité sociale, de plus en plus dégradée et sous tension. Les résultats des élections, entre un FN qui mobilise son électorat et surtout une abstention qui s’accroît, en sont un symptôme : le système est à bout de souffle, son autorité est de plus en plus contestée, et le consentement à lui obéir perd en légitimité. Il faut donc agir dès maintenant, et de manière radicale, c’est-à-dire en s’attaquant à la base du problème : la structure. Car se contenter de s’attaquer à l’un des pôles de notre malheur (la mondialisation néolibérale, le capitalisme productiviste, la monarchie républicaine…), c’est voir les autres se mobiliser immédiatement pour défendre leurs intérêts communs. Il faut donc changer les règles du jeu et mettre un bon coup de balai dans ce système (pour ne pas produire de cris d’effroi de la bienpensance toujours apte à parler de populisme comme la poule caquette, rappelons que Ségolène Royal et Pierre Moscovici employèrent cette expression avant d’arriver au pouvoir).

Face à la dépossession de la souveraineté populaire et à l’infantilisation du débat public, la première étape est de redonner le pouvoir au peuple, c’est-à-dire d’en revenir aux fondamentaux de la démocratie. Car, comment définir le régime démocratique autrement que par la souveraineté populaire ?  Comment mettre un terme à la toute-puissance de l’oligarchie autrement qu’en rétablissant l’autorité des citoyens ? C’est ce que nous proposons  au Front de Gauche à travers le passage à la VIème République !

Est-ce un projet trop abstrait ? Mais mener efficacement une politique progressiste et écologique implique de rompre. Pour s’opposer à la mondialisation économique libérale, les mesures protectionnistes (régulation financière, lutte contre les paradis fiscaux, visas écologiques et sociaux, taxes à l’importation sur certains produits à partir de normes sociales et écologiques, subventions…) seront contraires aux traités européens défendant cette mondialisation. Or, sans cette dose de protection, on ne pourra pas mener de politique de hausse des salaires et de l’investissement public, de relance de l’activité par la réindustrialisation du pays associée à la planification écologique, de développement du service public au profit de l’intérêt général. Sans ce protectionnisme solidaire, il nous sera impossible de défendre une autre politique internationale, basée sur la coopération, la satisfaction des besoins et le co-développement. Or, suite à l’arrêt Costa contre Enel de la Cour de justice de l’Union européenne en 1964, le droit européen s’impose au droit national, décision confirmée par la France par une modification de sa Constitution et par sa propre jurisprudence. Ce qui signifie que toute loi contraire aux traités européens sera censurée. Pour rétablir la primauté du droit national sur le droit européen, une modification de la Constitution est nécessaire. De même, réduire les pouvoirs du Président de la République, augmenter l’implication du peuple et des citoyens dans la prise de décision, tout cela implique aussi de modifier la Constitution. Le plus simple consiste alors de tout refaire à neuf, de créer un nouveau cadre global qui permette à nouveau de pouvoir débattre et discuter des perspectives d’avenir. C’est l’occasion de se redonner un nouveau projet collectif, bref de faire de la politique !

Comment passer à la VIème République ? Pour que le Peuple soit au cœur de cette démarche, il élira au suffrage universel direct des représentants qui iront siéger au sein d’une Assemblée constituante. Cette Assemblée constituante, à l’image de ce qui se fit lors de la Révolution française (le serment du jeu de paume), ou plus récemment en Amérique latine (Equateur, Bolivie, Venezuela…), aura pour tâche de rédiger la nouvelle Constitution de notre pays. Nous proposons que les élus ne puissent être titulaires d’aucun mandat, et ne puissent pas se porter candidats à de futures élections, afin de garantir la prise en compte de l’intérêt général plutôt que d’intérêts particuliers. Nous pourrions aussi introduire le tirage au sort, comme le propose nos camarades du PG 73. S’ouvrira alors un grand débat public à travers tout le pays, pour que les citoyens puissent directement faire des propositions à cette Assemblée, que ce soit via des forums, des états généraux, des assemblées populaires... Ce moment sera l’occasion de poser de grands débats de fond, tant concernant l’organisation du territoire que la pratique des institutions, le rapport à l’écologie ou la prise en compte de droits nouveaux. Par l’implication et la prise en compte des avis de l’ensemble des citoyens, il s’agira d’un texte auquel chacun aura participé à sa rédaction. Il sera l’acte fondateur d’un nouveau contrat pour la Nation. Ce choix d’impliquer les citoyens dans la prise de décision est le moyen par lequel nous pourrons recréer un lien entre la politique et le Peuple. Ce sera l’outil de la remobilisation populaire, comme le démontre parfaitement les expériences bolivienne et équatorienne. Cette période de l’Assemblée constituante s’achèvera sur l’approbation par référendum de la nouvelle Constitution.

C’est pourquoi nous ne pouvons dès à présent dire quelle forme prendra cette nouvelle République. Elle sera le fruit de la délibération collective. Toutefois, nous défendons une certaine vision de la République, et cela nous conduira à formuler un certain nombre de propositions, parmi lesquelles (pour des explications plus fournies et détaillées sur les mesures qui suivent, voir le livre « La 6ème République et son Assemblée constituante. Pourquoi ? Comment ? ») :

  • La restauration de la souveraineté populaire comme source de tout pouvoir : une démocratie n’est active et puissante que lorsqu’elle voit ses citoyens s’impliquer politiquement. Aussi, l’implication populaire dans la prise de décision (et non plus seulement à titre consultatif) sera mise en avant, que ce soit localement notamment lors de l’élaboration des budgets (comme ce qui se fait à Grenoble d’ores et déjà), ou nationalement par les référendums d’initiative populaire (permettant de porter des projets de lois devant le vote de l’ensemble de la Nation). Le référendum révocatoire permettra d’éviter les phénomènes d’irresponsabilité des élus, en posant la possibilité pour le Peuple, à mi-mandat et si la proposition de référendum obtient le soutien de plus de 15% des inscrits sur les listes électorales, de remettre en jeu le mandat de l’élu s’il est estimé qu’il ne respecte pas sa parole d’élu de la Nation. Le but est d’instaurer un espace de démocratie directe

  • Une République parlementaire, avec un Premier Ministre responsable devant le Parlement, lui-même devant rendre des comptes aux citoyens. Cela passe ainsi par un renforcement des droits des parlementaires, notamment en matière législative (suppression des limitations en matière d’amendements, de délibérations ou même d’initiative des lois), mais aussi au niveau des contrôles des nominations effectuées par l’Elysée. Pour que le Parlement soit représentatif, nous introduiront le suffrage à la proportionnelle pour permettre à toutes les sensibilités politiques d’être représentées au Parlement. Pour éviter l’instabilité gouvernementale dont a souffert la IVème République, nous introduirons, comme en Allemagne, la nécessité de présenter un chef de gouvernement alternatif par le Parlement s’il décide de forcer le gouvernement à la démission. C’est ce qu’on appelle une motion de censure constructive.

  • La prise en compte de la dimension écologique. Il n’y a qu’un seul écosystème compatible avec la vie humaine. Nous sommes tous dépendants de la même manière envers cet écosystème pour notre survie. Il y a donc un intérêt général humain à le protéger, qui doit être pris en compte dans notre Constitution et notre fonctionnement, par l’affirmation de la Règle verte ! Cette Règle verte suit un principe simple : nous ne pouvons produire en un an plus que ce que la Nature peut nous rendre. Le passage à l’écosocialisme et un nouveau rapport à la croissance, au développement, à la production, aux besoins, à l’énergie, à la manière de vivre et également au temps découleront de cette Règle.

  • L’intégration de droits nouveaux au service d’une République sociale. La nouvelle Constitution devra réaffirmer les droits déjà existants, mais aussi intégrer de nouveaux droits, notamment fondamentaux : droit à disposer de son corps (avortement), neutralité du web…  Ce sera aussi l’occasion de refonder l’ordre économique en introduisant le principe de démocratie dans l’entreprise. Jean Jaurès déclarait à ce propos : « Vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois […] Mais au moment même où le salarié est souverain dans l’ordre politique, il est réduit dans l’ordre économique à une sorte de servage ».

  • Le rapport à l’Union européenne. Afin de permettre la pleine expression de la souveraineté du Peuple, il sera nécessaire de réintroduire la primauté du droit national sur le droit européen, afin de pouvoir à nouveau débattre de la possibilité de faire des politiques s’appuyant sur l’investissement public, le développement des services publics, la régulation financière, le protectionnisme solidaire, un meilleur partage des richesses… Ce sera aussi l’occasion de poser un débat de fond sur notre rapport à l’euro, dans le but de recouvrir une souveraineté en matière de politique monétaire. Dans cette logique, tout nouveau traité européen ou tout nouveau transfert de compétences devra être approuvé par référendum.

Ne tardons plus, le temps des cerises, pas plus que celui des jours heureux, n’est inaccessible ni révolu. Face au déclinisme, ne dépérissons pas, mais montrons que nous, on sait faire, que nous, on peut ! Prenons nos balais sous le bras et, gaiement, construisons de nouvelles perspectives, redonnons-nous le goût de l’avenir, et agissons avec pour mot d’ordre : Tchao Manu, nous on passe la VIème !

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