Pourquoi une VIème République

Une VIème République française, c'est vrai, pour quoi faire ?

La construction de cet étrange objet politique qu'on appelle l'Union européenne a progressivement privé les peuples qui la composent de parts importantes de leur souveraineté, et on peut facilement pronostiquer que ce n'est pas fini, vu que c'est précisément le but de l'opération. On pourrait donc dire que si le problème se situe au niveau européen, ce devrait être aussi le cas de la solution ! C'est apparemment logique, et pourtant je pense que ça ne fonctionne pas. En effet, l'UE n'est que très peu un espace démocratique. La démocratie, gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, suppose au moins l'existence d'un peuple. Or, le peuple européen n'existe pas, et les bâtisseurs de l'Europe se sont bien peu préoccupés semble-t-il de créer les conditions de son apparition. Les institutions sont des compromis élaborés pour faire tenir debout un étrange échafaudage, qui réussit le tour de force de cumuler le statut de première puissance économique mondiale avec une absence sidérante d'audience sur la scène internationale. Sur une planète où tout ou presque est économique, c'est une performance ! Je pense que c'est justement parce que cette Europe ne représente rien, n'incarne rien. Et donc, comment y faire de la politique, comment y agiter des idées, comment y faire advenir les décisions, urgentes, demandées par les problèmes innombrables qui parcourent la planète, le réchauffement, la gestion des ressources (l'eau !), les guerres, les épidémies, etc ? Sauf vouloir une dictature d'une nature ou d'une autre, toute démocratie procède du peuple. Sans peuple européen, il ne peut y avoir, par définition, de démocratie européenne.

Il existe en revanche un peuple français. Il a peut-être aujourd'hui largement oublié sa propre existence, mais elle est réelle, structurée par son histoire, réelle ou rêvée, ses emportements, ses conquêtes. Ce peuple n'a plus beaucoup de pouvoir, comme je le disais plus haut. Il ne l'a sans doute jamais eu en totalité, les fruits des révolutions par lesquelles il s'exprime ayant généralement été vite cueillis par des groupes sociaux assez peu "populaires", mais tout de même, entre 1789 et 1945, en passant par 1830, 1848, 1871, 1936, ce peuple français a bien progressé dans la souveraineté. Aujourd'hui,  les institutions de la Vème République ne lui permettent plus de choisir librement les politiques menées en son nom. Il est impuissant, paralysé. La dernière fois qu'on lui a demandé son avis, en 2005, sur un sujet aussi important que les règles européennes, on sait ce qui est advenu, on lui a servi la même soupe dans un bol à peine redécoré. Quand des institutions ne permettent plus de changer de politique, elles ont perdu leur raison d'être, il faut en changer. C'est le cas de celles de la Vème République. Le peuple français est seul légitime à les remettre en question, et à déterminer quelles règles de vie en commun lui conviendrait pour notre temps.

Mais qui est le peuple ? Le peuple n'est-il pas constitué en grande partie d'incultes politiques, d'irrécupérables déséduqués, de dangereux ignares ? Et si le peuple, dans son incompétence, accouchait d'un monstre ? Et pourtant, il faudra bien faire avec ce peuple, qui n'est certes pas composé d'experts en constitutionnalité, mais il n'y a pas, il ne peut pas y avoir d'autre source de légitimité pour une République que le peuple lui-même, dans toutes ses composantes.

Je souhaite donc la mise en oeuvre d'un processus constituant, qui élaborerait le fonctionnement d'une République, car ce doit être une République, démocratique, c'est-à-dire qui permette au peuple d'exercer réellement sa souveraineté, et qui, forte de sa légitimité populaire, pourrait partir à la reconquête des morceaux de cette souveraineté sacrifiés sur l'autel de l'Europe par des "gouvernants de rencontre".

Evidemment, si cet article paraît sur une édition nommée Constitution de la Sixième République, tout ce qui précède paraît tomber sous le sens. Je préfère pourtant essayer de poser clairement les bases avant de rejoindre les autres rédacteurs dans "le vif du sujet".

 

 

 

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