Les bédouins arabes du Naqab: Mythes et idées fausses

A partir du 30 novembre 2013, journée de mobilisation contre le Plan Prawer, l'Agence Média Palestine en partenariat avec l'Alternative Information Center vous proposera plusieurs textes d'information et d'analyse sur ce plan et ses implications.

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Les bédouins arabes du Naqab: Mythes et idées fausses

Introduction

Les citoyens arabes bédouins d'Israël sont membres de la minorité arabe palestinienne autochtone, une communauté qui est restées sur ses terres (dans le Naqab (Néguev) après la création de l'Etatd'Israël en 1948.

 Les 200 000 Bédouins arabes constituent plus de 30% de la population du Naqab, ils vivent sur leurs terres ancestrales depuis des générations en pratiquant un mode de vie agricole traditionnel.

 Le terme «bédouin» vient du mot arabe qui signifie désert ("badiya"), et fait référence à leur mode de vie singulier. Considérés comme une menace démographique et géo-politique par l'État d'Israël, les arabes bédouins, dont beaucoup vivent dans des villages qui préexistaient la création de l'État, sont désignés par le gouvernement israélien comme des « squatters » et des « intrus illégaux », qui volent les terres de l'État.

Près de la moitié de la communauté arabe bédouine vit dans 45  villages dits « non reconnus », qui ne paraissent sur aucune des cartes officielles de l'État.Ces villages sont délibérément non connectés à l'infrastructure étatique comme les réseaux d’eau et d'électricité, les routes, les cliniques de santé et les écoles. En leur refusant ces services, l’Etat tente de forcer les bédouins à abandonner leurs terres ancestrales et à s’installer dans des villes planifiées par le gouvernement, les plus pauvres d’Israël.

Cette politique de déplacement, de dépossession, de concentration et d’urbanisation forcée viole les droits de la communauté bédouine indigène et nie complètement leurs liens historiques avec la terre du Naqab. La politique du gouvernement israélienne est fondée sur des mythes, des idées fausses et des stéréotypes largement répandus. Alors, quelle est la véritable histoire ?

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Enfants dans le Naqab (Néguev)

Photo: Mohammad badarné, photographe de Haïfa

 

Mythe 1: Les Bédouins arabes ne sont pas un peuple autochtone

 Les historiens conviennent que les Bédouins arabes habitent le Naqab depuis le 7ème siècle, et étaient les seuls habitants du désert jusqu'au milieu du 20e siècle. En 2011, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, James Anaya, a établi que les Bédouins arabes, une communauté présente de longue date partout dans une région géographique avec une connexion aux terres et le maintien de traditions culturelles distinctes de celles des populations majoritaires, ont droit à une protection internationale en tant que peuple autochtone.

 

Mythe 2: Les Bédouins arabes sont des nomades

 

Les bédouins arabes se sont organisés dans des implantations du Naqab depuis le 16ème siècle, ces implantations étaient en grande partie fixes et stabilisées dès le 19ème siècle. Bien que leur mode de vie pastoral impliquait des mouvements saisonniers, leurs déplacements étaient centrés autour de villages historiques avec une propriété privée des parcelles de terres et une propriété collective des pâturages. Ces implantations ancestrales et ces villages historiques sont maintenant «non reconnus» par l'État d'Israël.

 Mythe 3:Les Bédouins arabes réclament toutes les terres dans le Naqab

 En 1969, Israël a établi un processus par lequel les citoyens (les Bédouins arabes ont obtenu la citoyenneté israélienne en 1954) pouvaient enregistrer des revendications de propriété de terres auprès de l'État. De 1970 à 1979, les Bédouins arabes ont déposé 3221 revendications de propriété sur leurs terres ancestrales, pour un total de 971 000dunums (98240 hectares). Aujourd'hui, après divers accords avec l'État, les Bédouins arabes, qui constituent 30% de la population du Naqab, revendiquent à juste titre 600 000dunums (80940 hectares), soit moins de 5% de la superficie totale du Naqab.

 

Idée fausse 4: La culture arabe bédouine est hautement criminalisée

 

Les sept villes bédouines planifiées par le gouvernement, les plus pauvres en Israël, ont des taux de criminalité parmi les plus élevés dans le pays. Cependant, ces taux de criminalité doivent être compris dans le contexte de la concentration de la pauvreté, de l'urbanisation forcée et de l’investissement limité de l'État. Voici quelques chiffres importants :

67,2% des familles arabes bédouines vivent dans la pauvreté contre 20,5% de l'ensemble des familles en Israël

Le taux d'abandon de scolarité des enfants bédouins dans les villages non reconnus est de 70%.

• Les dépenses d'aide sociale de l'État par habitant sont pour les localités arabes de 30% inférieures à celles destinées aux localités juives.

 

 

Mythe 5:Les Bédouins arabes vivent dans des implantations dispersées et inconnues, connecter leurs villages à l’infrastructure est impossible et sans précédent

 

Près de la moitiéde la communauté arabebédouine dans le Naqab vit dans 45 villages permanents et connus, dont au moins 10 sont en «procédure de reconnaissance»par l'État. Ces 45 villages datent soit d’avant la création de l'État d'Israël, ou ont été établis dans les années 1950 par ordre du gouvernement militaire qui concentrait les Bédouins arabes dans la zone restreinte du "Siyag" dansle nord du Naqab. Ironiquement, en 2010, la Knesset a légalisé rétroactivement environ 60 implantations individuelles dans le Naqab établies sans permis et en infraction aux lois de planification. Ces implantations individuelles, dont toutes sauf unesont la propriétéde juifs, sont connectées à tous les services de base et se trouvent souvent à proximité des villages bédouins «non reconnus».

 

Idée fausse 6 : On offre des terres « gratuites » aux Bédouins arabes dans les villes planifiées par le gouvernement, mais beaucoup choisissent de vivre sans eau ni électricité

 

Tel Sheva, la première ville planifiée par le gouvernement a été établie en 1969, et six villes -cantons supplémentaires ont été créées au cours des trois décennies suivantes. Les Bédouins déplacés à l'intérieur du territoire (ceux qui étaient contraints de quitter leurs terres ancestrales pour la région Siyag ) constituent 85 % de la population de ces villes appauvries planifiées par le gouvernement. La grande majorité des Bédouins qui n’ont pas été déplacés de leurs terres ancestrales sont restés dans leurs villages historiques, malgré le fait que l'État d'Israël leur refuse délibérément l'accès aux services de base. La politique du gouvernement de refus de services est une tentative d’encourager les arabes Bédouins à s’installer sur les terres «libres» dans les villes reconnues. « Libre » est un abus de langage. D'abord, la terre est revendiquée par d'autres Bédouins, et deuxièmement, pour recevoir la terre « libre » dans les villes - cantons, les Bédouins doivent abandonner toutes leurs revendications territoriales ancestrales.

 

Mythe 7 :La culture bédouine arabe est mieux adaptée à la vie urbaine

 

Les Bédouins arabes cultivent la terre avec succès dans le Naqab depuis des siècles, ils sont les premiers agriculteurs du désert de l'histoire. Bien que certains Bédouins arabes puissent en effet vouloir élever leurs familles dans les villes, la citoyenneté entière et égale signifie avoir le choix de déterminer sa propre vie. Les bédouins arabes devraient pouvoir choisir où et comment vivre. En outre, il est clair que la vie rurale n'est pas incompatible avec la modernité. Kibboutzim, moshavim et fermes familiales individuelles dans le Naqab sont tous reliés à tous les services de base et leurs résidents juifs israéliens jouissent du confort de la vie moderne . Dans les villages non reconnus, les Bédouins arabes doivent être innovateurs et engager des dépenses énormes pour obtenir les mêmes services de base et le confort garantis à leurs voisins juifs qui choisissent une vie rurale. Ainsi, de nombreuses familles arabes bédouines ont investi dans des panneaux solaires pour alimenter ordinateurs et réseau Internet sans fil, machines à laver, climatiseurs et appareils de chauffage.

 

Mythe 8:Les Bédouins arabes n’ont jamais proposé leur propre solution pour leur communauté

 

Tout au long del 'histoire, toutes les autorités qui ont gouverné le Naqab, à l'exclusion dugouvernement israélien, ont reconnu le système traditionnel de propriété foncière des Bédouins arabes commele cadre approprié pour les implantations des Bédouins. En outre,en 2011, le Conseil régional pour les villages non reconnus, les associations Bimkomet Sidreh ont publié un « Plan Alternatif » * pour les villages non reconnus, proposant de reconnaître les villages et le système de propriété foncière traditionnel. Le plan offre un modèle de développement durable du Naqab fondé sur les principes d'égalité et de respect des droits de l’Homme.

* ce plan alternatif sera prochainement publié dans cet espace

Idée fausse 9:Le Plan Prawer est la meilleure réponse au « problème » des Bédouins arabes

En vertu de la Loi pour la Réglementation de l’établissement des Bédouins dans le Néguev ("loi Prawer Plan») - 2012, en cours d’adoption, tous les villages non reconnus sont sous la menace d'être détruits et jusqu'à 70.000 arabes Bédouins seront déplacés de force de leurs villages. Adalah se solidarise avec la communauté arabe bédouine pour rejeter la loi Plan Prawer et toute décision imposée par le gouvernement qui ne reconnaît pas leurs droits sur leurs terres ancestrales.

 

Mythe 10 : La communauté internationale accepte ces mythes et ces idées fausses

 

OCDE 2010 : [ Israël doit ] prendre d'urgence des mesures concrètes pour connecter les villages bédouins à l'électricité, l'assainissement et aux systèmes de transports. Poursuivre les efforts pour améliorer les possibilités et les résultats de l’enseignement, y compris la formation professionnelle.

 

Comité des droits de l'homme des Nations Unies 2010 ( CCPR/C/ISR/CO/3 ) : L’État partie devrait respecter le droit de la population bédouine à ses terres ancestrales et à son mode de vie traditionnel basé sur l'agriculture.

 

Comité des Nations Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels 2011 (E/C.12/ISR/CO/3 ) : L’État partie [ devrait ] réglementer officiellement les villages non reconnus, cesser la démolition de bâtiments dans ces villages, et assurer le droit à un logement adéquat.

 

Comité pour l'élimination de la discrimination raciale 201 (CERD.C.ISR.CO.14 - 16 ) : Retirer la loi discriminatoire proposée en 2012 pour la réglementation de l’établissement des Bédouins dans le Néguev(« loi Plan Prawer »), qui légaliserait la politique en cours de démolitions de maisons et de déplacement forcé des communautés autochtones bédouines .

Adalah demande au gouvernement israélien de :

Retirer la loi du Plan Prawer

Reconnaître les «villages non reconnus» et les revendications de terre de la communauté indigène des arabes bédouins

Cesser les démolitions de maisons et les expulsions forcées des villages non reconnus

S'engager dans un dialogue constructif avec la communauté bédouine arabe et les leaders politiques arabes afin de répondre aux revendications territoriales.

Fournir des opportunités égales de protection de la santé, d'éducation et d'emploi aux citoyens arabes bédouins d'Israël



Traduction: Mary S. pour l'Agence Média Palestine et l'Alternative Information Center

Myths and misconceptions about the arab bedouin minority in the Naqab

produit par Adalah : le centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël.

http://adalah.org/Public/files/English/Publications/myths%20flyer%20campaign.pdf


A lire également, l'article de Michèle Sibony " Un peuple, une lutte" publié sur le site de l'Agence Média Palestine:

http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2013/12/02/un-peuple-une-lutte-par-michele-sibony/

 

 

 

 

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