Billet de blog 9 déc. 2013

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«Souriez, votre maison va être détruite!» par Majd Kayal

Dans le cadre de la mobilisation contre le plan Prawer, l'Agence Média Palestine en partenariat avec l'Alternative Information Center vous propose aujourd'hui un article de Madj Kayal : "Souriez, votre maison va être détruite!" et comme suite et illustration des derniers textes publiés sur Al Araqib et Susya une vidéo, sous titrée en français réalisée dans ces deux villages : "De Al Araqib à Susya: deux villages, une histoire "

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Dans le cadre de la mobilisation contre le plan Prawer, l'Agence Média Palestine en partenariat avec l'Alternative Information Center vous propose aujourd'hui un article de Madj Kayal : "Souriez, votre maison va être détruite!" et comme suite et illustration des derniers textes publiés sur Al Araqib et Susya une vidéo, sous titrée en français réalisée dans ces deux villages : "De Al Araqib à Susya: deux villages, une histoire "

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1) "Souriez, votre maison va être détruite!" par Madj Kayyal 

2) Vidéo "De Al Araqib à Susya: deux villages, une histoire"

 Par Majd Kayal, écrivain et journaliste palestinien de  Haïfa

Le Plan Prawer – tel est le nom cauchemardesque qui secoue la société palestinienne en Israël. Un plan qui menace plus de 70.000 bédouins palestiniens, citoyens d'Israël et habitants du Néguev au sud d'Israël. Aussi complexe que ce plan puisse être dans sa structure, mais aussi dans les différentes « étapes » de son évolution, dans la contradiction des informations fournies par les Israéliens le concernant, dans sa base politique et historique, il n'a cependant qu'un seul et unique objectif : celui de concentrer le plus grand nombre de Palestiniens sur la plus petite superficie de terre.

Si nous cherchons à trouver un exemple de la colonisation du Néguev, on parlera alors de l'histoire de Oum el -Hiran, tant cette histoire décrit avec précisions et en détails la réalité telle qu'elle est sur le terrain. Oum el -Hiran fait partie des 35 villages non reconnus dans le Néguev. Les villages non reconnus sont ceux qu'Israël considère comme « illégaux » et par conséquent, aucun droit n'est reconnu à leurs habitants ni concernant leur présence ni même leur droit de propriété historique sur ces terres.

Oum el -Hiran est un village de 1000 habitants situé dans une région appelée « Wadi Atir » et qui a été construit par ses habitants en 1956,sur ordre du gouverneur militaire israélien. Pour rappel, les Palestiniens citoyens d'Israël ont vécu sous gouvernement militaire israélien depuis la Nakba jusqu'en 1966.

Mais avant la Nakba de 1948, ces familles ont vécu des centaines d'années durant dans un village appelé « Khorbat Zoubala » . Lors de la guerre d'occupation de la Palestine, les sionistes ont chassé les familles de Khorbat Zoubala ( qu'ils ont par ailleurs complètement détruit et dont ils ont exproprié la terre pour y construire la colonie de «  Kibboutz Choval ») à Khorbat Al Hazyial. En 1956, le gouverneur militaire a donné l'ordre de les transférer à nouveau jusqu'à la région de Wadi Atir où ils se sont installés, ont construit le village, y ont creusé des puits, construit des routes et cultivé la terre.

De nous jours encore, le village de Oum el-Hiran vit sans eau ni électricité. Durant plusieurs années, des demandes ont été formulées auprès de la cour israélienne afin que le village soit relié à une source d'eau potable. La cour israélienne a considéré en 2013 que le village disposait de moyens suffisants pour avoir accès à l'eau – notamment l'accès à un seul robinet d'eau situé à 8 km au moins du village! Ces pratiques, et bien d'autres encore, tel que l'absence de services médicaux, la destruction des champs des bédouins avec des produits chimiques, ne représentent qu'une infime partie des pratiques israéliennes (vouées à l'échec d'ailleurs) qui tendent à finalement obliger les bédouins à quitter les lieux par eux-même.

En 2001, Israël a considéré que cet endroit était bien approprié pour y construire une colonie. Dans l'un de ses rapports, l'Administration des terres d'Israël a considéré qu'il y avait dans ce village bédouin «quelque chose de particulier». Deux ans plus tard, le gouvernement israélien commence à donner l'ordre de démolition et d'évacuation des lieux. Devant la cour, le gouvernement prétend avoir «découvert» l'existence de ces habitations en 2003 seulement. Cependant, un des rapports établis par le centre juridique Adalah et qui se réfère à l'affaire Oum al-Hiran, révèle l’existence (dans les archives israéliennes) d'un document écrit par l'un des conseiller du premier ministre de l'époque, daté du 18 août 1957, attestant le fait que les habitants avaient été chassés «  suite aux pressions exercées par le gouverneur militaire ».

Sur l'immense étendue qu'est le Néguev, soit 13.000 Km2, la population palestinienne y habitant ne représente que 30% de la totalité des habitants de cette région. Quelle est donc l’étendue de la superficie de la terre sur laquelle ils vivent? 2 à 3% de la superficie du Néguev. Combien leur restera t-il alors si le plan Prawer est mis en application? 1% des terres! Bien évidemment Israël ne se sent pas concerné. Sur toute cette immense surface, Israël n'a trouvé que Oum al -Hiran pour construire, sur ses décombres, une colonie. Et quel nom sera t-il donné à cette colonie en hébreu? «Hiran».

 Cependant, les Israéliens prétendent qu'ils voudraient le meilleur pour les bédouins; le développement et la modernisation. Voyons donc ce qu'il en est des villes « modernes et développées» vers lesquels Israël va déplacer les habitants de Oum el-Hiran (et selon le plan Prawer, 70.000 autres habitants de 35 villages non reconnus): la plupart des villes vers lesquelles les bédouins vont être déplacés sont des villes existantes qu'Israël a reconnu il y a peu et qui sont appelées les villes «Abou Basma». Pourtant, et depuis que l'Etat a reconnu « Abou Basma » il y a de cela dix ans maintenant, aucun permis de construire n'a été délivré et les démolitions n'y ont jamais cessé. En fait, les terres que l'État d'Israël va octroyer aux habitants de Oum el-Hiran et à d'autres sont des terres qui, avant même la Nakba, appartenaient à d'autres familles qui se battent encore aujourd'hui pour les récupérer. Alors, si les bédouins acceptent le plan, cela va provoquer une guerre de tribus pour les terres, une mer fendra le désert, mais ça sera une mer de sang!

 La plupart des villes « modernes et développées » vers lesquelles Israël voudrait déplacer les bédouins n'ont ni eau, ni électricité, ni route. Il n'y a ni services éducatifs ( 50% des élèves en âge d'être scolarisés ne le sont pas), ni services postaux, ni même moyens de transports. Mais plus important encore, il n'y a aucun service médical : à titre d'exemple, le taux de mortalité infantile dans ces villes est de 10.5 enfants pour 1000, alors que au sein des familles juives vivants dans le Néguev, le taux de mortalité infantile est de 3.8 enfants pour 1000, la différence entre les deux est donc de 375%. Début novembre, le gouvernement israélien a ratifié la décision d’accélérer la démolition de Oum el-Hiran et d'en déplacer les habitants vers les villes « modernes et développées »..... Bienvenus au paradis, souriez, vos maisons vont être détruites!

Lors de ses visites quotidiennes, Dr. Thabet Abou Rass, directeur du centre Adala dans le Néguev, explique que « l'état d'Israël veut démolir Oum el-Hiran pour y construire la colonie « Hiran » ; et de fait il tue la mère »1. Voilà donc toute l'histoire: un état s'est construit sur les décombres des autochtones et aujourd'hui, ce même état met en place un plan raciste qui vise à mettre fin à tous les droits historiques ainsi qu'à tous les procès engagés par les bédouins pour récupérer leurs propriétés. Le but est de tuer l'histoire, l'origine et le droit naturel par la force. D'ailleurs, un des articles les plus importants du plan Prawer, qui va être ratifié par le parlement israélien, se rapporte au fait que l'État ne reconnaît aucune preuve de propriété sur les terres autres que celle délivrée par les autorités israéliennes. Elles ne reconnaissent ni les titres de propriétés délivrés par les Ottomans, ni ceux des Britanniques ; ni lieux historiques ni vestiges ne sont des preuves de la présence centenaire des bédouins sur leurs terres, mais seulement celles fournis par un État née il y a à peine 65 ans. Deuxième article important : des ressources vont être dégagés en matière de sécurité pour la mise en application par la force du plan. Ailleurs, on appellerai cela « colonialisme » ici on l'appelle « État d'Israël ».

Traduit de l'arabe par Rania Berro pour l'Agence Média Palestine et l'Alternative Information Center

1Jeux de mot. En arabe le mot « Oum » signifie « la mère ».

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Nous vous proposons comme suite et illustration des derniers textes publiés sur Al Araqib et Susya cette vidéo d'Adalah, sous titrée en français et réalisée dans ces deux villages :

© iadalah

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