Le Plan Alternatif pour les villages bédouins du Néguev

Nous apprenons par une dépêche AFP publiée dans le Parisien que le gouvernement israélien a annoncé le retrait du Plan Prawer. Nous nous réjouissons de la victoire des mobilisations palestiniennes, en Israël avec le soutien d' associations juives militant pour l'égalité, dans les Territoires occupés, à Gaza, avec le soutien des mouvements de solidarité dans le monde, et des nombreuses pressions internationales.

Nous apprenons par une dépêche AFP publiée dans le Parisien que le gouvernement israélien a annoncé le retrait du Plan Prawer. Nous nous réjouissons de la victoire des mobilisations palestiniennes, en Israël avec le soutien d' associations juives militant pour l'égalité, dans les Territoires occupés, à Gaza, avec le soutien des mouvements de solidarité dans le monde, et des nombreuses pressions internationales.

Cela ne donne que plus de force au dernier texte que nous publions aujourd'hui sur cette question:

 

Le Plan Alternatif  pour les villages bédouins du Néguev

Réalisé par Bimkom et le Conseil Régional pour les villages non reconnus du Néguev (RCUV)

 Bimkom: Urbanistes pour les droits à l'aménagement du territoire est une association israélienne à but non lucratif fondée en 1999 par un groupe d'urbanistes et d'architectes, pour renforcer la démocratie et les droits humains dans le domaine de l'aménagement du territoire. La planification spatiale joue un rôle crucial dans la détermination de la qualité de vie et de l'environnement, aussi bien que les perspectives de développement socio-économiques et le bien être des individus et des collectivités.

Vers une reconnaissance des villages bédouins non reconnus et leur intégration dans la région du Néguev

Contexte :

Depuis plus de 60 ans, environ la moitié de la population bédouine du Néguev vit dans un grave dénuement, sans services de base comme l'électricité, l'eau et les routes, et sans gouvernement local ni reconnaissance de ses villages. Cette dure réalité quotidienne qui touche près de 100 000 personnes et constitue une grave violations des droits humains est le résultat direct de la politique du gouvernement. A moins que les différents aspects de cette question ne soient traités immédiatement et que les conditions de vie des habitants des villages non reconnus dans le Néguev s'en trouvent fondamentalement améliorées, la situation est vouée à empirer et à mettre en péril la viabilité de ces communautés.
La situation de ces communautés ne peut être résolue que par la mise en œuvre combinée de politiques d'aménagement du territoire (dites aussi de planification), foncières, économiques et administratives rendant effectifs les droits civils de la population bédouine, tout en répondant dans le même temps à la question de leur espace vital. La solution adoptée doit être fondée sur les principes de reconnaissance, d'égalité et de justice, et sur le dialogue et la coopération avec les habitants.


Les principales recommandations du plan sont les suivantes :

Principes d'aménagement du territoire recommandés pour fonder le Schéma directeur afin de résoudre la situation des villages non reconnus


Les principes d'aménagement du territoire recommandés offrent une solution viable et pratique pour la planification de toutes les implantations bédouines du Néguev. Le principe de base est que la planification dans les implantations bédouines doit être conforme à leurs dispositions et structures existantes, tout en permettant leur développement futur. Cela devrait être fait en prévoyant une infrastructure de planification qui permette des changements spatiaux et sociaux continus au sein de la communauté.

 

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La résolution du statut des communautés bédouines devrait être fondée sur les principes suivants :

1. La protection des droits humains, l'égalité civile et de genre, la justice distributive et la discrimination positive servent de principes directeurs pour la planification des implantations bédouines.

2. La reconnaissance des implantations bédouines existantes sur la base de critères professionnels
: toutes les 35 implantations bédouines encore non reconnues devraient être officiellement reconnues, puisqu'elles répondent aux critères formulés par le Bureau Central des Statistiques.

3. L'implication des communautés dans la détermination de leur avenir et la construction de leur espace de vie : l'accent doit être mis sur la participation des communautés à l'élaboration du plan de leur village. Il existe une corrélation directe entre le degré de participation des communautés et les chances que les plans puissent être mis en œuvre et réalisés. La participation des communautés au processus de planification est particulièrement importante sur des questions telles que le développement futur du village, ses relations sociales et spatiales au niveau local et son intégration dans la région. Le Schéma directeur que nous avons rédigé recherche un équilibre entre les besoins et préférences des communautés et d'autres besoins et considérations de planification aux niveaux local et régional.

4. La reconnaissance des implantations bédouines dans leurs emplacements actuels : un principe clé du Plan directeur est de réduire au minimum la relocalisation des villages et des communautés. Les contextes du développement du village sont essentiels à la compréhension de leur logique spatiale. Nous distinguons deux principaux types de villages :

(1) les villages historiques qui existaient avant qu'Israël soit fondé. Dans la plupart des cas, les habitants de ces villages réclament la propriété du terrain sur lequel se trouve leur village ;

(2) les villages de Bédouins déplacés, qui sont plus flexibles à d'autres solutions, même s'ils préféreraient aussi que leur village soit reconnu et développé in situ, à moins de contextes d'aménagement problématiques .

5. L'intégration des villages bédouins aux systèmes administratifs, économiques et d'infrastructure de la zone métropolitaine de Beersheva : les principes de planification définiront les vecteurs de développement régional pour les deux prochaines décennies. Le principal d'entre eux est la reconnaissance des villages, et la mise en œuvre de conditions optimales pour leur développement, en cohérence avec les structures régionales existantes. Une planification optimale s'efforcerait de se synchroniser autant que possible avec les plans existants. Lorsque cela serait possible, la planification des villages bédouins s'intégrerait aux services et moyens régionaux tels que les établissements d'enseignement et de santé, les services sociaux et les zones d'emploi.

6. La reconnaissance du village bédouin comme un type spécifique d'implantation avec ses propres logique, organisation et système de règles contraignantes : le village bédouin est un type spécifique d'implantation dont les plans devraient prendre en considération la logique interne spécifique. Dans le cas des villages bédouins ruraux, des principes tels que l'organisation culturelle et sociale de la communauté, et les conventions sociales dictent leurs construction, étendue et développement, comme c'est le cas avec le kibboutz ou le moshav.

7. La prise en considération du système foncier traditionnel bédouin : les modèles traditionnels de propriété foncière sont un facteur déterminant pour la planification des villages. La planification souhaitée des villages respecterait le vaste système foncier que les Bédouins ont développé au fil des siècles. Une telle planification devrait également identifier les zones où l'attribution de terres à l'État est nécessaire à la poursuite du développement résidentiel, économique et social (par exemple les zones d'emploi, écoles). L'intégration du système foncier traditionnel dans la planification actuelle améliorerait l'efficacité du plan et la capacité du gouvernement à mettre en œuvre et faire respecter ses propres règles.

8. La préservation de la diversité du mode de vie bédouin, tout en conservant le patrimoine paysager et culturel : le déploiement physique des villages reflète largement le mode de vie, le paysage et le patrimoine culturel bédouins. Par conséquent, les principes de planification doivent être fondés sur le statu quo comme un point de départ et visualiser la configuration actuelle des villages comme un facteur crucial de planification.

9. La création de conditions spatiales pour accélérer le développement économique et réduire les écarts économiques dans la région : compte tenu des taux de chômage élevés dans les villages bédouins, les principes d'aménagement du territoire devraient chercher à créer les conditions de formes nouvelles et renouvelées d'emploi sur la base de la transition d'une partie de la communauté bédouine d'une société agraire vers une société moderne urbanisée, avec un accent plus fortement mis sur le développement de la mobilité. La stratégie de développement devrait viser à créer une synthèse appropriée entre le développement local des petites entreprises et le développement à un plus haut niveau de zones mixtes d'emploi et de transport pour les Juifs et les Bédouins.
Cela aurait un effet positif sur la croissance des implantations à la fois bédouines et juives.

10. La protection des espaces ouverts et des ressources naturelles : le schéma directeur vise à combiner les besoins de développement des villages bédouins et la protection des espaces ouverts et des ressources naturelles, dans le cadre de l'aménagement à la fois du village et de la région. L'accent est également mis sur l'intégration des aspects environnementaux et paysagers dans l'aménagement du village. Les modes de planification et de développement des villages auront pour objectif de concentrer la future construction dans les limites des propriétés familiales, tout en maintenant de grandes réserves foncières pour les zones agricoles et ouvertes telles les zones tampons entre les zones résidentielles.


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