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Billet de blog 14 sept. 2010

« Thank goodness for the Internet ! »

« Thank goodness for the Internet ! » C'est ce que s'écrit le violoniste canadien Corey Cerovsek en montrant les feuilles volantes, posées sur son pupitre, qui lui servent de partition. Sa présence n'était pas prévue en ce 11 septembre à Montreux, il remplace au pied levé la jeune violoniste qui devait se produire ce soir dans le cadre du partenariat du Septembre Musical avec la Verbier Festival Academy, mais qui, indisposée, nous a fait faux bond.

Jérémie Szpirglas
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« Thank goodness for the Internet ! » C'est ce que s'écrit le violoniste canadien Corey Cerovsek en montrant les feuilles volantes, posées sur son pupitre, qui lui servent de partition. Sa présence n'était pas prévue en ce 11 septembre à Montreux, il remplace au pied levé la jeune violoniste qui devait se produire ce soir dans le cadre du partenariat du Septembre Musical avec la Verbier Festival Academy, mais qui, indisposée, nous a fait faux bond. Il a donc fallu monter un programme à la va-vite, et l'Internet est dans ces cas-là un outil précieux pour retrouver des partitions : en l'occurrence, la Sonate pour piano et violon K. 301 de Mozart, la Sonate pour violon et piano op. 18 de Richard Strauss, ou encore la Sonate no. 1 de Fauré et la Fantaisie brillante sur un thème de Faust de Wieniawski.

Corey Cerovsek, qui était sur les bords du Léman il y a quelques jours à peine pour interpréter le Concerto de Sibelius en compagnie du Royal Philharmonic Orchestra, n'aura hélas eu que très peu de temps pour préparer ce concert. Et, malgré l'impeccable accompagnement du talentueux pianiste français Julien Quentin, le résultat n'est pas très convaincant. Ce dernier est en effet, par la rigueur de son travail et la souplesse dont il fait preuve tour à tour avec des partenaires de chambre chaque fois très différents, le digne héritier des grands accompagnateurs parmi lesquels on pourra citer le légendaire Gerald Moore, qui accompagna entre autres Dietrich Fischer-Dieskau. En quelques notes, il sait instaurer une atmosphère, un ton éloquent, qu'il soit narratif, imagé, ou de l'ordre de l'abstrait, de l'humeur ou du conceptuel. D'un toucher malléable et plein de tact, pouvant se plier aux plus subtiles nuances comme aux puissances les plus extrêmes, il semble l'interlocuteur idéal pour un dialogue chambriste - il s'en est d'ailleurs fait, au hasard de sa carrière, une spécialité et est aujourd'hui extrêmement recherché par ses collègues pour ses immenses qualités de jeu et d'écoute. (Ci-dessous dans Beethoven en compagnie de la jeune violoniste Alexandra Soum au Festival de Saint-Denis en 2007)

Le jeu de Corey Cerovsek (on pourra voir ce court documentaire diffusé par France 24), en revanche, est ce soir des plus plats. Le virtuose canadien (car cela ne fait aucun doute, malgré quelques réserves techniques touchant notamment à la netteté de la prise de son et à la technique d'archet, c'est un virtuose) interprète Mozart, Strauss, Fauré et Wieniawski sur un ton égal, voire identique, nécessairement monotone et monocorde, et sans aucun souci stylistique. Plus à l'aise chez Wieniawski, que les violonistes connaissent pour ses nombreux morceaux de bravoure, Corey Cerovsek amusera toutefois la galerie de nombreux bis du même acabit, certes brillants et impressionnants, mais témoignant d'un esprit négligeant trop souvent la musique au profit de l'effet.

Heureusement, Julien Quentin est là. Discret, bien présent mais n'aspirant pas à lui voler la vedette, il met comme il sait si bien le faire son talent au service de son partenaire — à défaut, dira-t-on peut-être. Mais il ne peut hélas pas tout, et nous laissera ainsi un léger goût amer en bouche. L'Internet, c'est bien beau — mais ça ne suffit parfois pas...

Château Chillon, Septembre Musical de Montreux, le 11 septembre 2010

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