Jérémie Szpirglas
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Billet de blog 31 janv. 2012

« Je ne suis pas un compositeur d’avant-garde »

Jérémie Szpirglas
Ecrivain et journaliste
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© jesebbach


Après Édith Canat de Chizy et Bernard Cavanna, c’est au tour de Philippe Hersant de nous emmener à sa suite face aux élèves des sections musiques du Lycée Alain Colas de Nevers, dans le cadre du Grand Prix Lycéen des compositeurs. Le professeur, Alain Chaussin, est un nouveau du Grand Prix : c’est seulement la deuxième année qu’il engage ses élèves dans l’aventure, et c’est la première fois qu’il reçoit un compositeur. En revanche, il n’est nullement un nouveau venu dans le monde de la contemporaine. Compositeur lui-même, il a fondé l’APREM, centre de musique contemporaine de Nevers, dans le cadre duquel il initie également ses élèves à la création. Pour couronner le tout, il a été l’élève de Philippe Hersant, lorsque celui-ci enseignait à la Sorbonne.
Bien qu’estampillé « de la communication » et « école supérieure d’arts appliqués de Bourgogne », le lycée Alain Colas n’est pas des plus riches : en témoigne l’équipement Hi-Fi, Vidéo et instrumental de l’auditorium où se déroule la rencontre. Certes suffisant, il n’est peut-être pas aussi adapté et diversifié qu’on pourrait s’y attendre dans un tel établissement. Quant aux élèves, Alain Chaussin avoue qu’il ne pourrait se permettre de leur demander à tous les quelques vingt euros que nécessiterait un voyage de classe à Paris, pour la remise du Grand Prix des lycéens par la Lettre du musicien et Musique nouvelle en Liberté, le 22 mars au Théâtre du Châtelet.
Les étudiants n’en sont pas moins tous attentifs au discours du compositeur. Séduits par ses Éphémères (son œuvre en lice pour le Prix), ils sont très curieux du rapport du compositeur au Japon et à la forme des Haïkus du poète Bashô, qui lui ont inspiré la série de 24 courtes pièces qu’est Éphémères et lui posent de nombreuses questions.

© jesebbach


Pour mieux illustrer sa démarche, et son attachement à recréer musicalement la respiration unique des Haïkus et l’imagerie si singulières qu’ils véhiculent, Hersant leur parle cinéma — un art qu’il connaît bien pour y avoir contribué, notamment en écrivant la musique du film Être et avoir (2002) de Nicolas Philibert. Un art, aussi, qu’il aurait aimé pratiquer lui-même, nous dit-il.

© DionysusCinema

Il parle aux élèves de montages et de rythme, de fondus enchaînés, de cuts et de plans séquences. Il établit un parallèle hardi entre le foisonnement interruptif d’un Webern et le montage à couper le souffle d’une scène de meurtre prise dans le Parrain de Francis Ford Coppola (le meurtre de Sonny) ou entre ses propres pièces (notamment Guerriers) et un plan séquence virtuose d’Antonioni (le meurtre de David Locke/Jack Nicholson dans Profession : reporter).
« L’idée musicale, nous dit Hersant, me vient souvent dans un flash. Son développement en une œuvre aboutie exige un énorme travail qui s’apparente au montage du cinéma. Le flash, c’est ce qu’on pourrait appeler l’inspiration. Le montage, c’est un artisanat délicat, réalisé à la table. »

© jesebbach

Éphémères (extraits numérotés de 7 à 13 inclus)

Ephémères (Philippe Hersant)Philippe Hersant

Les vingt-quatre pièces qui constituent ce cycle pour piano ont été composées dans le désordre et à intervalles très irréguliers entre 1999 et 2003.
Tout est parti d’une petite pièce nommée Haïku. Le pianiste Thierry Ravassard avait passé commande de courtes pièces pour piano à une vingtaine de compositeurs, dont je faisais partie. Chacun d’eux devait s’inspirer d’un haïku du poète japonais Buson. J’ai donc écrit un petit morceau d’une minute environ et j’ai eu envie de lui donner une suite. Haïku est devenu (après quelques modifications) Lune voilée, la huitième pièce des Ephémères. Elle porte en exergue, non pas le poème de Buson qui avait inspiré Haïku, mais un poème de Bashô, autre très grand maître de l’art du haïku, avec lequel je me sens plus en affinité. J’ai fait une petite sélection des poèmes de Bashô qui me plaisaient, ou m’inspiraient particulièrement et j’ai commencé l’écriture des pièces, en toute liberté, sans m’imposer de règle précise, sinon celle d’une relative brièveté : la pièce la plus courte dure trente secondes, la plus longue, quatre minutes. 
Les haïkus de Bashô sont des notes de voyage d’un type particulier : On n’y trouve ni épanchements lyriques ni descriptions grandioses. Bashô, la plupart du temps, se concentre sur des choses ou des événements microscopiques : une luciole qui tombe d’une feuille, un corbeau perché sur une branche…Dans leur extrême simplicité, je trouve ces miniatures très évocatrices et, par associations d’idées, leur lecture a progressivement déclenché en moi une affluence de souvenirs, parfois très anciens. Le cycle des Ephémères est devenu, pour moi aussi, une sorte de journal de voyage. On y trouve, en cours de route, des allusions à des musiques très diverses : souvenirs de musique traditionnelle japonaise (le gagaku) dans Guerriers, d’une chanson polyphonique espagnole de la Renaissance dans Le poulpe, d’un prélude de Claude Debussy (Dans l’air du soir), d’un hymne de Gurdjieff dans Vallée du Sud ou d’une chanson de Heinrich Isaac dans la dernière pièce, La lande, que j’ai écrite en mémoire d’Olivier Greif et en m’inspirant du tout dernier haïku de Basho, dicté à ses disciples quelques heures avant sa mort.
Les Ephémères sont dédiés à Alice Ader.


Philippe HERSANT

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