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Billet de blog 31 mars 2015

Villa Aperta ! - Controtempo, Journal de bord – Cinquième et dernière journée

Le dernier concert de la sixième édition du Festival Controtempo coïncide avec Villa Aperta !, opération portes ouvertes de la Villa Médicis. L’occasion d’accueillir un public inhabituel et inhabituellement nombreux dans le grand salon pour le concert du trio K/D/M, et une opportunité de donner à ces lignes une forme plus ouverte…

Jérémie Szpirglas
Ecrivain et journaliste
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Le dernier concert de la sixième édition du Festival Controtempo coïncide avec Villa Aperta !, opération portes ouvertes de la Villa Médicis. L’occasion d’accueillir un public inhabituel et inhabituellement nombreux dans le grand salon pour le concert du trio K/D/M, et une opportunité de donner à ces lignes une forme plus ouverte…

© jesebbach

Première journée

Deuxième journée

Troisième journée

Quatrième journée

Trois rayons blêmes frappent le sol — choc sourd — éparpillement sablonneux et aquatique

[Stèle, Gérard Grisey]

Un jour primal et tellurique suit, propulsé par l’étoile noire — à la baguette

L’écho en tremblement, mis à nu d’une lumière étale

Intense solaire

Soudain (retour) aller, en mitraillette

[Corps à corps, Georges Aperghis]

Engagement, magnétisme, jactations

Une présence

C’est un commentateur sportif, commentateur effréné d’un polar sans queue ni tête

corps, corps, corps à corps, sang, corps, sang, mots, corps sans mots au couteau — tout tourne, personne ne gagne — sinon quoi ?

à sec

[Trois sur cinq, Clara Ianotta]

chuchoter à sec — agitation, éparpillement, confettis et paillettes

miroitement irisé dans le soleil déclinant

alanguit alourdit appesantit assoupit assombrit

La torpeur du fleuve charrie lentement les derniers lambeaux de soleil, on plonge insensiblement, sensiblement au cœur de la nuit. Une fraîcheur trompeuse tombe, en même temps que se condense l’humidité de la jungle. La lune se lève dans un accord déchiré d’accordéon — elle est blême et écarlate tout à la fois — ne présage rien de bon.

Menaces — indécises, imprécises, grandissantes et grondantes. On veut nous y faire croire, tout du moins. Tout est fait pour ça — quand bien même ça ne serait que des bruits inoffensifs. Inoffensifs et incompris : le ronflement d’un hippopotame, la berceuse du hibou, que sais-je ?

Lever de soleil —

ça recommence à briller, à bruisser de toute part — troubler la narration d’une pléiades de rythmes imprévus.

strident !

[Snefru, Alberto Posadas]

ÇA SIFFLE, ÇA STRIDE, ÇA GRIMPE.

L’air surchauffé vribre, siffle, vrombit, tout autour — acouphène de chaleur.

Accablement, abbatement.

Dépassement. S’abstraire du corps alourdi, poursuivre, méthode Coué, penser froid froid froid

Ne rien lâcher.

La poussière en suspension. L’air n’est plus que poussière et sable mêlés, irrespirable. L’esprit s’arrête, l’âme persévère. Les poumons s’emplissent de ce sable brulant, on devient sablier sans but tandis que les pieds s’enfoncent dans la dune hurlante jusqu’aux chevilles.

L’arbre s’enracine, les racines s’ensablent, s’empoussièrent, s’émiettent. Le base fragile tel un miroir se brise sur place et sans choc, s’éparpille sans bruit en une myriade d’éclats.

Excitation, exultation, émulation, proximité

[K/D/M, Martin Matalon]

Extension, élasticité — improvisation (tango).

Trouble chamanique — de la trame à la trace.

Je m’affirme je suis je me dresse je ne suis plus nous je ne suis plus toi je ne suis plus loin je ne suis plus que dressé et me dressant encore, inexorable, inlassable, excroissance tubéreuse et élastique, par à-coups, jusqu’à cette inclination vers le calme, vers l’étale.

Supprimer la substance, garder la qualité : éthéré, effrité, épars, parsemé, jalonné, enjolivé, sténoté. Volontairement irréel, fantasque et fantastique : chercher les dessous du réel sans trouver le surréel. D’un coup de poing — bribes d’essor — décider d’une fin — fragments d’éclat de bribes d’envol — d’un autre, s’absenter.

Tourner pour vibre, Vibrer pour tourner, Tout est dans le pied — et le grain fuit, et tout se délite à nouveau — pas le choix — de poussière, tu etc.

Cendres amènes

Suspension

Aperçu du programme du concert

Né en 2008, le trio K/D/M est une formation emblématique de cette nouvelle génération d’interprètes qui ne se contentent pas de jouer ou créer le répertoire, et aspirent à inventer de nouveaux formats et à ouvrir de nouveaux univers aux compositeurs. K/D/M a ainsi fait naître une véritable dynamique qui traverse la scène contemporaine, suscitant de nouvelles partitions spécifiquement écrites pour sa formation hybride : deux percussionnistes et un accordéoniste. À certains égards, cet effectif pourrait devenir un laboratoire pour les compositeurs, au même titre que le quatuor à cordes depuis trois siècles.

L’effectif a manifestement inspiré le franco-argentin Martin Matalon, qui lui écrit trois pièces à ce jour. Dans K/D/M Fragments, il prolonge le trio d’un dispositif électronique qui en catalyse l’alchimie timbrale et spatiale. Tout le matériau de ses cinq mouvements enchaînés gravite autour du mouvement central, où le jeu instrumental est mis à nu dans un déploiement vigoureux.

Le titre Trois sur Cinq de Clara Iannotta est une allusion, autant au nombre de musiciens du trio K/D/M et de mouvements de la pièce (contrainte propre aux Alla Breve de France Musique auxquels la pièce est destinée) qu’à l’élan rythmique qu’elle insuffle à sa musique. La pièce est portée de bout en bout par une dentelle rythmique délicate, qui se teinte de nuances tour à tour aériennes, sombres, mélancoliques ou joueuses. Du propre aveu de l’italienne, Georges Aperghis est l’un de ses compositeurs préférés : se plaisant à transgresser le jeu instrumental, elle insiste sur sa théâtralité ainsi que sur sa dimension charnelle, voire spectaculaire.

Théâtral, charnel et spectaculaire : voilà une description parfaite de Corps à Corps d’Aperghis, justement. Écrit pour son ami, le charismatique percussionniste Jean-Pierre Drouet, c’est une histoire épique, dont le musicien est à la fois narrateur et principal protagoniste.

Gérard Grisey nous fait quant à lui voyager dans le temps : pour faire « émerger le mythe de la durée », il convoque l’image « d’archéologues découvrant une stèle et la dépoussiérant jusqu’à y mettre à jour une inscription funéraire ».

Peut-être s’agit-il de l’inscription funéraire de Snefru ? C’est en tout cas sur les dimensions de la pyramide de ce pharaon de la quatrième dynastie qu’Alberto Posadas a bâti sa pièce pour accordéon et électronique. Fasciné de modèles mathématiques et architecturaux, le compositeur espagnol aime à les transposer à la composition — le modèle pouvant générer la forme musicale globale, déterminer des hauteurs, et parfois même aider à l’instrumentation.

Electronique (pour les œuvres de Posadas et Matalon) : GMEM

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