«Femmes battues en Papouasie», de Vlad Sohkin

Ce portfolio de 23 photos signées Vlad Sohkin est assez insoutenable: il témoigne de la violence faite aux femmes en Papouasie Nouvelle-Guinée, un Etat au nord de l'Australie, en Océanie.

Port Moresby, 18 janvier 2012. Mary Elaes, 48 ans, trouve refuge à l'église © Vlad Sohkin / Cosmos Port Moresby, 18 janvier 2012. Mary Elaes, 48 ans, trouve refuge à l'église © Vlad Sohkin / Cosmos
Ce portfolio de 23 photos signées Vlad Sohkin est assez insoutenable: il témoigne de la violence faite aux femmes en Papouasie Nouvelle-Guinée, un Etat au nord de l'Australie, en Océanie. Une situation dramatique qui a notamment motivé une visite de membres de l'ONU en mars 2012. A l'issue de cette mission, la rapporteuse spéciale des Nations Unies, Rashida Manjoo, a exhorté le gouvernement de ce pays à renforcer les mécanismes légaux pour éradiquer certaines pratiques traditionnelles «nuisibles aux femmes». Amnesty international a aussi publié en mai 2011 un rapport alarmant sur cette situation, rapport disponible en PDF et en anglais, ici.

Voici le texte du photographe exposant le contexte de son reportage :

« Selon les statistiques existantes, la moitié des femmes de Papouasie Nouvelle-Guinée ont été victimes d’agressions sexuelles (dans certaines provinces, ce taux dépasse les 95 %) et deux tiers sont constamment exposées à la violence domestique. La plupart des hommes ne respectent par leur « Meri », leur femme, les battant quotidiennement, n’hésitant pas à utiliser machettes et couteaux.

La capitale, Port Moresby, est l’une des villes les plus violentes au monde. Tous les jours, des douzaines de crimes visant des femmes sont recensés dans les bidonvilles de la capitale sillonnés par des gangs ultra-violents, les Raskols gangs. Selon les propres mots de Peter Umba Moses, 32 ans, l’un des chefs du gang Dirty Dons 585, violer des femmes est un passage obligé pour les nouveaux membres : « C’est une sorte d’initiation. En faisant ça, ils prouvent que leurs intentions sont sérieuses. Et s’ils les tuent après c’est mieux, car ça évite les problèmes avec la police ». Moses revendique lui-même plus de 30 viols.

Dans la majorité des tribus papoues, la tradition veut que, pour être reconnu comme un homme par la communauté, un jeune garçon doive aller dans un village ennemi et tuer un cochon. A Port-Moresby, les femmes ont remplacé les cochons.

Il est très rare que les agresseurs soient traduits en justice. Généralement ils passent quelques jours en prison avant d’être relâchés. En cause, le manque supposé de preuves et le fait que les femmes elles-mêmes abandonnent souvent les poursuites, car survivre sans le soutien matériel d’un homme est encore plus dur que de vivre sous les coups, en subissant des relations sexuelles non consenties. Résultat : l’impunité dont jouissent les hommes les encourage à faire preuve d’encore plus de cruauté, même à l’égard des femmes enceintes. Beaucoup de femmes sont tuées, ainsi que des enfants. En cause le plus souvent : l’alcoolisme endémique, et la jalousie.

Il arrive que certaines fuient leur foyer, mais elles échouent alors dans les rues de Port-Moresby, où elles deviennent des proies faciles pour les Raskols gangs. En effet, il existe très peu de structures, centres d’hébergement d’urgence, aide juridique etc., susceptibles de leur venir en aide. Et très peu osent se battre pour défendre leurs droits.»

Vlad Sohkin

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