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Billet de blog 21 avr. 2015

Jean-Louis Legalery
professeur agrégé et docteur en anglais retraité.
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Don Patricio

Ce n’est pas le patronyme d’un parrain de la mafia sicilienne, ni celui d’un personnage de fiction proche parent de Don Corleone qu’Al Pacino rêverait d’incarner. C’est le surnom très espagnol donné à un footballeur irlandais totalement oublié dans son pays natal et qui est mort à Londres, le 27 février 1959, dans le plus total dénuement, après être devenu une véritable légende dans la Liga espagnole des années 1930.

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Patrick O'Connell, match Irlande-Pays de Galles 1912 © Colosport / Corbis

Ce n’est pas le patronyme d’un parrain de la mafia sicilienne, ni celui d’un personnage de fiction proche parent de Don Corleone qu’Al Pacino rêverait d’incarner. C’est le surnom très espagnol donné à un footballeur irlandais totalement oublié dans son pays natal et qui est mort à Londres, le 27 février 1959, dans le plus total dénuement, après être devenu une véritable légende dans la Liga espagnole des années 1930.

Patrick O’Connell — aucun lien de parenté avec le célèbre élu irlandais du XVIIIème siècle Daniel O’Connell — naquit à Dublin le 8 mars 1887, à une époque où il n’y avait qu’une seule Irlande sous l’implacable férule colonisatrice de l’Angleterre, dans une famille modeste où le football était une passion. O’Connell fera partie des fondateurs du premier championnat irlandais, The League of Ireland, et il commence, en 1909, à l’âge vingt-deux ans, une carrière professionnelle au Belfast Celtic comme défenseur central. Son efficacité et son talent sont repérés par des recruteurs du club anglais de Sheffield Wednesday qui le font signer avec son co-équipier Peter Warren, arrière-gauche, pour un transfert global de 50 livres sterling de l’époque…

Mais Paddy — on est encore loin de Patricio — peine à s’imposer à Sheffield et continue sa carrière à Hull City, où il va briller plus régulièrement et attirer le regard de clubs plus huppés, tels que Manchester United qui l’engage. En 1914, il devient une figure du football britannique et se fait notamment remarquer, au cours du traditionnel tournoi du Royaume-Uni avec l’équipe d’Irlande, par une victoire sur le Pays de Galles (2-1), un match nul avec l’Écosse (1-1) et un succès retentissant sur l’Angleterre (3-0). Mais la guerre interrompt cette carrière prometteuse et le championnat continue de façon restreinte, et chaotique, avec beaucoup de critiques sur ces jeunes gens qui ne font rien pour le pays alors que d’autres meurent au front dans la Somme. 

L’interruption est consécutive, la même année le 2 avril 1915, à une triste affaire de rencontre truquée et achetée (déjà ! en 1915 !) de plusieurs joueurs de Manchester United par Liverpool. O’Connell aurait refusé cette corruption, mais, comme au cours du match étonnamment gagné par Liverpool qui est dans le tréfonds du championnat, il a manqué un pénalty, par pure maladresse semble-t-il, il sera soupçonné de faire partie des corrompus. L’écœurement et la lassitude l’incitent à s’éloigner des terrains. Il va travailler dans une usine de fabrication de munitions à Londres pendant le reste de la guerre. A la fin de la guerre, O’Connell  part jouer en Écosse à Dumbarton, puis, la saison suivante, revient au Royaume-Uni dans le Northumberland, comme entraîneur, cette fois, à Ashington

Puis, comme Patrick O’Connell est un véritable personnage de roman, il abandonne son épouse et ses quatre enfants et disparaît brusquement dans la nature. Et, en 1922, on le retrouve en Espagne manager du Racing Santander, club avec lequel il va gagner cinq titres régionaux. La légende commence à se construire. Après un épisode de deux ans au Real Oviedo, il arrive au Betis de Séville où il va devenir un héros, en transformant les méthodes d’entraînement et la tactique de jeu, et se voir affublé du très respectueux surnom de Don Patricio. En moins de trois saisons le Betis devient champion de  deuxième division, en 1932, et accède à la première. En 1935, il conduit le Betis au titre de champion d’Espagne. Mais O’Connell n’est décidément pas un personnage clair comme de l’eau de roche, le titre est obtenu lors de la dernière journée par un 5-0 sans appel contre son ancien club du Racing Santander, dont il a rencontré les dirigeants longuement la veille du match, et les rumeurs de match acheté commencent à circuler abondamment.

Don Patricio, au centre avec la chapeau, champion d'Espagne avec le Betis, 1935 © Archives F.C. Barcelone

Aucune enquête ni aucune preuve n’étant venues troubler le parcours de Don Patricio, qui ne se soucie guère des règles et des lois, puisqu’il va épouser une compatriote, Ellen, rencontrée à Séville alors qu’il n’est pas divorcé de son épouse légitime. Son aura étant immense en Espagne, en 1936 il devient manager du F.C Barcelone, mais quelques mois plus tard éclate la guerre d’Espagne et le président Josep Sunyol, militant actif de la cause catalane et républicaine, est arrêté et assassiné par les forces franquistes. O’Connell reste au F.C. Barcelone et, avec l’aide d’un ex-dirigeant installé au Mexique, Manuel Mas Soriano, il emmène l’équipe en tournée de matches  de gala au Mexique et aux Etats-Unis, pendant plusieurs mois. Il ne devait plus retourner en Espagne et le Betis reconnaissant organise un match à son profit, en 1954, alors qu’il était plongé dans de graves difficultés financières. En 1955, les problèmes n’ayant pas cessé, il retourne à Londres dans l’anonymat le plus total et vit dans le grenier de la maison de son frère, au nord-ouest de la capitale, où il meurt d’une pneumonie en 1959.

C’est un cheminement peu banal qui pourrait inspirer des réalisateurs de cinéma. Pour l’heure, ce sont d’anciennes gloires — un peu plus connues que O’Connell — du football international, telles que Johann Cruyff, Oliver Kahn, Martin O’Neill et Luis Figo, qui veulent rendre hommage à Patrick O’Connell pour services rendus au football espagnol et appellent à la construction d’un mémorial. A voir sur les liens ci-dessous.

http://pocfund.com/

http://www.irlandeses.org/0803burns1.htm

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