D’autres, beaucoup d’autres avant moi, bien mieux armés intellectuellement et combien plus combatifs se sont heurtés au même problème, à cette question qui conditionne l’existence de chacun de nous et qui, plus que jamais, est au cœur de nos préoccupations : une société heureuse et vivable pour le plus grand nombre est-elle possible ?

 

 

 

Vu la quantité de tentatives infructueuses réalisées depuis l’émergence des premiers groupes humains, vu le nombre de tragédies, de révolutions, de coups d’état, vu le nombre d’occasions ratées, vu le nombre de tant d’excellents théoriciens de la nature humaine, on serait bien tenté de croire que non. Faut-il pourtant, baisser les bras ? Faut-il essayer encore une dernière fois ?

 

 

 

En fait, le tableau qui vient d’être dressé est, sans doute quelque peu, plus sombre que la réalité car il existe depuis des siècles ce qu’il est convenu d’appeler des communautés, qui sont de petites sociétés à part entière vivant à la fois au cœur de sociétés beaucoup plus vastes et en même temps à l’écart de celles-ci. De petites sociétés, donc, qui réalisent même, très souvent, le tour de force de prospérer, en silence, au beau milieu de la frénésie qui s’est emparée de la quasi-totalité de nos sociétés modernes.

 

 

 

Si nous analysons sommairement la situation, c'est-à-dire l’état actuel de notre société, nous sommes amenés à constater que malgré tous les dispositifs mis en place (politiques, démocratiques, etc.), en dépit de tous les fabuleux progrès réalisés dans tous les domaines, y compris dans le secteur social, nous sommes amenés à constater qu’une fois de plus notre société s’est engagée sur le chemin de la perdition des vraies valeurs humaines. Celles-là mêmes qui donnent tout son sens à l’idée du vivre en société. Ainsi, quand la solidarité paraît être la condition sine qua non évidente, c’est l’individualisme le plus égoïste qui semble appelé à régner. Lorsque l’entraide paraît être la première des nécessités, c’est l’esprit de compétition qui semble vouloir triompher. Alors que le respect sacré de la dignité de chacun semble devoir être le but suprême à atteindre, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme qui à nouveau reprend sournoisement sa place indigne.

 

 

 

Beaucoup d’entre nous, notamment les plus jeunes, s’imaginent qu’il ne peut pas en aller autrement, aujourd’hui, pour une société développée comme la nôtre. Qu’il faut simplement savoir s’adapter dans un monde qui s’inspire des lois de la nature et qui sont celles de la domination des plus faibles par les plus forts.

 

 

 

 

C’est en effet une manière de voir les choses qui peut se défendre. Surtout si l’on a été particulièrement choyé par le sort à la naissance. Mais c’est ignorer l’aspect le plus fondamental de l’existence en général et de la vie humaine en particulier qui est d’évoluer. Et le principal vecteur de cette évolution ne réside-t-il pas dans notre capacité à raisonner qui doit nous permettre, justement, de maîtriser ces lois de la nature pour ne plus avoir à nous y soumettre ? Exit donc, la loi du plus fort et place aux hommes et aux femmes de bonne volonté qui n’aspirent qu’à vivre paisiblement et dans la dignité dans une société enfin parvenue à l’âge adulte.

 

 

Face à l'ampleur de la crise qui nous frappe de plein fouet, des intellectuels se sont mis à la recherche de systèmes économiques et sociaux alternatifs. Des solutions nombreuses, efficaces et parfaitement acceptables en terme des conditions d'existence qu'elles supposent ont été élaborées. Reste l'unique obstacle à surmonter pour pouvoir les appliquer, celui que tout le monde devine : la résistance du système en place. Autant dire que le changement n'est pas pour tout de suite. A moins que ...

 

 

En effet, plutôt que de nous opposer frontalement, sans la moindre chance de succès, pourquoi ne pas opter pour la stratégie du contournement ? Et si la solution immédiate était de montrer l'exemple ?

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