La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique

Le Paris de Martin PageJeune écrivain né en 1975, Martin Page, par ailleurs auteur pour la jeunesse, donne ici un sixième roman à la fois drôle et entraînant. Fata Okoumi, septuagénaire camerounaise, à Paris pour affaires, est matraquée par un policier, sans raison apparente, à Barbès.

Le Paris de Martin Page

Jeune écrivain né en 1975, Martin Page, par ailleurs auteur pour la jeunesse, donne ici un sixième roman à la fois drôle et entraînant. Fata Okoumi, septuagénaire camerounaise, à Paris pour affaires, est matraquée par un policier, sans raison apparente, à Barbès. S’ensuit une vague de panique qui gagne la capitale et la France : les voitures brûlent, les hommes politiques interviennent, la communauté internationale est sous le choc, la question de la formation des policiers revient à la Une des journaux, lesquels en profitent pour disséquer la carrière de la femme d’affaires, ses réussites, ses zones sombres. Mathias, le protagoniste de cette histoire, travaille à la mairie de Paris comme rédacteur de notes et de discours, pour le maire, des adjoints, des conseillers. Il partage un bureau avec deux collègues plus jeunes et plus ambitieux que lui. Mathias n’a d’autre projets que d’en rester là où il en est et de retrouver Dana, un soir par semaine, à l’hôtel, pour une relation amicale et sexuelle sans perspective précise, sinon celle de boire du vin en regardant des films, éventuellement de faire l’amour avec elle.

Mathias se retrouve alors dans la chambre d’hôpital de Fata Okoumi, chargé de discuter avec elle, de s’informer, de préparer le discours du maire de Paris, on reconnaîtra Bertrand Delanoé, discours qui doit excuser la ville auprès de la camerounaise et du monde. Mais la femme d’affaires tombe dans le coma, non sans avoir expliqué ce qu’elle souhaite : elle veut que Paris disparaisse. Mathias va alors chercher à réaliser le souhait de Fata Okoumi, en compagnie des deux enfants de la femme d’affaires… Le roman devient alors une sorte de fable contemporaine sur le lien entre les rives européennes et africaines, lien dont la compréhension mutuelle demande à être tissée. Cette réflexion sur la mise en commun des cultures est un des points forts du roman de Martin Page. D’autres résident dans sa manière de nous attirer, de rendre vraisemblable une histoire a priori ubuesque, ou encore de faire pénétrer son lecteur dans les arcanes de la politique parisienne au quotidien, avec un éloge de l’action des élus écologistes. Mais le plus important est ailleurs : ce roman est roman d’amour envers Paris. Il y a dans l’écriture de Martin Page une ambiance que l’on croise habituellement chez des auteurs américains au sujet de New-York. C’est la très grande réussite de ce roman : avec Page, nous sommes dans Paris comme il est possible d’être à New-York avec certains romans de Paul Auster. Paris, véritable personnage de ce roman, mais un Paris et un roman initiatiques. Par la confrontation avec sa ville comme par la confrontation de sa ville avec autrui, Mathias donnera un sens à ce qui fait sa vie.

Martin Page, La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique, L’Olivier, 2010, 215 pages

Matthieu Baumier

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