Nous avons besoin d'un médiateur national des médias !

Le faux SMS de Cécilia ex-Sarkozy par Le NouvelObs et la mort prématurée de Pascal Sevran sur Europe 1… en l’espace de quelques semaines, ces médias ont commis des fautes professionnelles dégradant considérablement l’image et la crédibilité déjà écornées de toute la profession journalistique. On peut légitimement se poser la question : à quoi servent alors les journalistes ? A relayer des rumeurs et à ne pas vérifier ce qu’on leur dit ?

L’idéal journalistique induit la réponse : bien sûr que non ! Oui mais tout journaliste sérieux, qui recoupe ses informations et croit en des valeurs telles que le respect de la vie privée, la vérification à outrance plutôt que la divulgation prématurée, l’enquête plutôt que l’illustration pure -et parfois trop simple d’un sujet méritant réflexion-, un tel journaliste ne se retrouve plus dans sa profession. Il ne peut comprendre certains de ses collègues, qu’il hésite en plus à critiquer sous prétexte que le métier est une confrérie.

 

La ‘confrérie’ s’étiole et tant mieux, ça en fait réfléchir plus d’un ! Ces journalistes qui ont conscience que ça ne va pas fort se sont retrouvés à Lille du 21 au 23 mai, pour les Deuxièmes Assises internationales du journalisme, une réunion désormais annuelle des professionnels de l’info qui se penchent sur leur métier en crise. On ne refera pas le chapitre sur la crise économique et financière, de la crise de confiance, de la crise de déontologie. On s’épargnera de tirer sur l’ambulance Le Monde –en plein plan social-, on ne fera que redire que la plupart des quotidiens nationaux et régionaux perdent des lecteurs –hormis quelques irréductibles comme Le Parisien-, mais on affirmera tout de même que la plupart des journalistes supportent difficilement la critique…

 

Et c’est là qu’entre en scène une proposition des Assises du journalisme : créer un conseil de presse en France, sur le modèle des press councils qui existent déjà en Grande-Bretagne, au Québec, en Suisse, etc. Que ferait ce conseil ? Sûrement pas le travail d’un conseil de l’ordre, qui punit sans trop expliquer ! ce serait en plus incompatible avec la liberté dont les journalistes ont besoin pour exercer leur métier.

Non, un tel conseil serait un Médiateur national des médias. Vous auriez une plainte à faire remonter ? Une question à poser sur une couverture qui vous semble particulièrement étrange ? Le Médiateur et son équipe vous répondraient : voilà comment ça s’est passé, la faute dans cette histoire est à chercher ici et là.

 

Evidemment, cela conduirait des journalistes à être auditionnés par leurs pairs afin de répondre à des questions simples : comment as-tu fait ce reportage ? Qui as-tu vraiment interrogé ? Comment as-tu vérifié cette information-là ? Et l’on sait la plupart des journalistes réticents à l’idée que quelqu’un vienne leur dire qu’ils font mal leur boulot. Ce n’est certes pas plaisant, mais cela semble aujourd’hui plus qu’indispensable pour remettre les journalistes sur de bons rails. Un journaliste n’est pas censé écrire pour lui, pour se parler et s’écouter, mais il doit transmettre des informations fiables au public-cible de son journal, sa radio ou sa télévision, si tant est qu’il existe un ‘public-cible’ –terme inventé par le marketing.

 

Le conseil de presse ne serait pas un tribunal, puisque les avis du Médiateur seraient consultatifs. Ce serait une instance où, enfin, les journalistes auraient à expliquer ce qu’ils font, où ils expliqueraient dans quelles conditions ils ont travaillé au moment x de l’affaire qui les conduit là. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre mais de comprendre. S’il faut en conclure que dans tel média les journalistes n’ont aucune voix au chapitre éditorial, que dans tel autre on leur demande trop d’articles dans la même journée et que dans le troisième c’est vraiment une question de légèreté du journaliste et pas un souci d’organisation, eh bien le Médiateur le dira sans se cacher derrière son petit doigt.

 

Créer un Médiateur national des médias permettrait enfin de considérer les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs comme des « consommateurs de médias ». Ils achètent le journal, paient la redevance, leur abonnement au câble, écoutent des publicités sur des stations –c’est le prix de la « gratuité » des radios. Ils y mettent de leurs sous et comme tout consommateur, ils ont le droit au meilleur service possible.

Bien sûr l’information a ceci de particulier que c’est une production intellectuelle et immatérielle véhiculée par quelque chose de matériel. On ne vend pas de l’information comme on vend de la lessive, n’en déplaise aux responsables de

grands groupes de médias qui professent leurs certitudes dans les écoles de journalisme –j’en fus le témoin.

 

Mais les consommateurs de médias ont besoin d’une information en laquelle ils ont confiance. Un conseil de presse –ou Médiateur des médias- est une des réponses à cette crise de confiance. Maintenant que les journalistes présents à Lille se sont quasiment tous accordés à dire que c’était nécessaire, l’association de préfiguration d’un Conseil de presse va tenter de convaincre tous les autres journalistes, les syndicats de patrons, les syndicats de salariés, et surtout vous tous, lecteurs-consommateurs, membres d’association ou militants. Le médiateur des médias est peut-être l’outil qui vous redonnera confiance en nous, nous journalistes trop souvent pétris de certitudes.

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