Infoguerre : Anonymous contre le gouvernement britannique

 De jeunes militants de Wikileaks menacés de 10 ans de prison en Grande-Bretagne ?

 

De jeunes militants de Wikileaks menacés de 10 ans de prison en Grande-Bretagne ?

Pendant que J. Assange menace de fournir la clé cryptée de l'ensemble de ses sources en cas d'attaque contre ses serveurs, les Anonymous s'organisent. Ce collectif regroupe essentiellement de jeunes hommes, dont certains sont mineurs, qui utilisent généralement le logiciel gratuit LOIC pour multiplier les demandes d'accès envers un site web. Ce logiciel multiplie simplement les demandes. Lorsque plusieurs de ces cyber-manifestants coordonnent leurs attaques vers un même site, il en résulte un "déni de service" ((denial of service attack, d'où DoS), et donc un plantage des ordinateurs qui hébergent le site en question. Rappelons que le gouvernement de Ben Ali avait emprisonné plusieurs blogueurs accusé de pratiquer le DoS, alors qu'aujourd'hui, le gouvernement a nommé l'un des plus célèbres, Slim Amamou (slim404), secrétaire d'état attaché à la jeunesse et au sport. Les responsables de ces sites gouvernementaux (qu'il s'agisse de la Tunisie ou de la Grande-Bretagne...) ont de nombreux sites à gérer, et évitent difficilement un plantage momentanné de leurs sites web. Les Anonymous sont un collectif informel de ces "cyberactivistes", probablement animés par des personnes plus expérimentées qui agrègent autour d'eux ces "scripts-kiddies", ces geeks en herbe qui connaissent quelques procédure, ce qui ne fait pas pour autant d'eux des "hackers"qui eux sont de vrais développeurs, voire des spécialistes de la sécurité informatique.

Cependant, la réaction s'organise. A la suite des plantage de sites de banques et d'autres institutions qui avaient favorisé la plainte suédoise contre J. Assange ou le gel des transferts bancaires contre Wikileaks (Visa et MasterCard, PayPal) en décembre dernier, plusieurs gouvernements ont procédé à des arrestations. En France, un jeune auvergnat de 15 ans a été arrêté. En Grande-Bretagne, 5 participants dont 2 mineurs ont été interpellés. Aux Etats-Uni, le FBI a mené 40 perquisitions.Il est très probable, étant donné leurs âges, que ces arrestations rendues publiques ces jours derniers ne correspondent pas à des "pirates" professionnels, mais à de simples "script-kiddies" idéalistes et qui connaissent peu les techniques de protection. Comme ils le remarquent eux-mêmes, les Anonymous ne sont pas des pirates, qui pénètrent dans un système informatique à son dépens, mais envoie des requêtes légales. L'arrestation pour blocage d'un ordinateur est cependant punissable par la loi britannique de 1990.

Mais une manifestation publique, un sitting, une désobéissance civile doit-elle être condamnée de la même manière ? L'action des Anonymousdoit-elle entraîné 10 ans de prison contre l'engagement de ces jeunes gens ?

Les Anonymous ont cependant décidé de soutenir les personnes arrêtés, et menacent le gouvernement britannique de nouvelles interventions. Je reproduis ici intégralement le texte de leur communiqué de presse.

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LETTRE OUVERTE D’ANONYMOUS À L’INTENTION DU GOUVERNEMENT DE GRANDE-BRETAGNE
Cher Gouvernement Britannique,
Nous sommes Anonymous. Nous avons récemment appris que vous avez jugé nécessaire d’arrêter cinq de nos frères anons (ndlr. Anonymous) pour leur participation dans les actions de déni de service distribué (DDOS) contre PayPal, Mastercard, et autres, qui ont été menées en notre nom en représaille des attaques de ces organisations contre Wikilieaks. Nous comprenons que vous comptez mener des procédures judiciaires contre ces anons pour infraction à la loi de 1990 Computer Misuse (ndlr. Loi sur le Mauvais Usage des Ordinateurs), qui interdit l’altération du fonctionnement d’un ordinateur ou la lisibilité de données. Anonymous croit, cependant, que poursuivre dans cette direction est une triste méprise de votre part. Non seulement elle révèle le fait que vous semblez ne pas comprendre la réalité politique et technologique actuelle, mais elle apparaît également comme une déclaration de guerre de votre part, gouvernement Britannique, à nous, Anonymous, le peuple.
Tout d’abord, il est important de comprendre ce qu’est une cyber-manifestation par DDoS et ce que cela veut dire dans le contexte politique actuel. Les moyens traditionnels d’exprimer son mécontentement (manifestations, sit-ins, blocage de carrefour ou piquets de grève) se sont lentement transformés en un rituel vide de sens. Des personnes se sont mises à chercher de nouvelles méthodes pour faire pression sur les politiciens et faire entendre leurs revendications d’une manière qui pourrait vraiment changer les choses. Anonymous a, pour l’instant, trouvé cette nouvelle façon d’exprimer la protestation populaire sous la forme d’actions par DDoS. Comme c’est le cas avec les formes traditionnelles de protestation pacifique, nous bloquons l’accès aux infrastructures de nos opposants pour faire passer notre message. Que cette infractructure soit située dans le monde réel ou sur Internet nous est totalement égal.
Deuxièmement, nous souhaitons saisir cette opportunité pour dissiper toute confusion possible entre une cyber-manifestation par DDoS et du piratage, car ces concepts semblent être souvent confondus lorsque les médias et les politiciens parlent d’Anonymous. Le piratage en soi est défini par la loi comme “un accès non autorisé à un ordinateur ou un réseau”, alors qu’on parle d’une action DDoS simplement lorsqu’il s’agit de milliers de personnes procédant simultanément à des connections légitimes sur un serveur web accessible au public, en utilisant en même temps la bande passante ou le proccesseur dudit serveur au maximum de sa capacité, ce qui provoque un énorme “embouteillage”.
Il est donc clair que l’arrestation de quelqu’un pour avoir pris part à une action DDoS est strictement similaire à l’arrestation de quelqu’un ayant participé à une manifestation pacifique dans sa propre commune. Anonymous pense que ce droit de protester pacifiquement est l’un des piliers fondamentaux de toute démocratie et ne devrait être limité en aucune manière.
De plus, nous avons constaté que des actions semblables ont également été menées contre Wikileaks, pourtant dans ce cas précis, personne n’a été arrêté et il n’existe pas le moindre signe d’une enquête portant sur cette question. Cependant, nous savons exactement qui est responsable de cette attaque. Anonymous estime qu’il est injuste et hypocrite de tenter de poursuivre ces cinq Anons en justice sans même essayer de trouver ceux qui ont commis une attaque informatique contre ce site Web auquel vous êtes opposé. Nous ne pouvons donc que supposer que ces arrestations sont motivées politiquement et ont été menées sous la pression du gouvernement américain. Anonymous ne peut pas, et ne restera pas les bras croisés alors que cette injustice est perpétrée.
En outre, la peine maximale encourue par ces cinq anons pourrait aller, en vertu de la Computer Misuse Act, jusqu’à dix ans de prison et une amende de £ 5000. Nous souhaitons que vous réalisiez à quel point ces peines sont ridicules, compte tenu de la nature d’une cyber-manifestation par DDoS et son absence de dégâts permanents sur les sites ciblés. Prononcer des peines aussi sévères (même à des mineurs) aurait pour effet de ruiner leur vie, compromettant ainsi leur accès à une éducation supérieure ou même à un quelconque avenir prometteur, simplement du fait qu’ils ont participé à une action pacifique et se sont levés pour leurs droits. Une amende aussi élevée que £5000 serait également une pression énorme sur les familles de ces adolescents. Nous espérons que vous envisagerez de reconsidérer le cadre juridique de ce qui est, au pire, un délit mineur.
Enfin et surtout : Le fait que des milliers de personnes du monde entier ont ressenti le besoin de participer à ces cyber-manifestations contre des organisations visant Wikileaks, le traitant comme une menace publique, plutôt qu’un bien commun, devrait vous faire réfléchir. Vous pouvez facilement arrêter des individus, mais vous ne pouvez arrêter une idéologie. Nous sommes unis par un objectif commun et nous pouvons et VOULONS traverser les frontières pour atteindre ce but. Notre conseil à votre égard, Gouvernement Britannique, est de prendre cet avertissement de la part des citoyens du monde au sérieux. Nous ne nous reposerons pas tant que nos compagnons protestataires n’auront pas été relâchés.
Dans l’attente de vos réactions,
Anonymous.

 

 

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