Les O et les A

Le moindre fait de langage peut se révéler intrigant, et pas toujours comme on le pensait.

L'on dit -et non sans raison- que les voyelles peuvent être supprimées d'un texte écrit, sans rendre impossible ou inexacte la lecture. Il m'est arrrivé ici, assez souvent, d'écrire MDPRT sans que niul ne s'y trompe

Mais l'oralité ne saurait se passer des voyelles , si justement dénommées. Et l'omniprésence de la parole dans notre société nous les fait fréquenter souvent, dans les tâches quotidiennes, comme dans notre boulimie de medias.

Les O sont susceptibles d'au moins deux formes sonores . Et o ne peut confondre le matériau d'un môle et une matière molle. Ni, si l'on est grossier et macho, un cône et une conne... Mais je ris encore souvent à entendre, à la météo, "l'anticyclone des Açores" qui a perdu son chapeau... Cette vocalité double est-elle un lointain héritage du Grec, qui compte dans son alphabet, et omicron, et oméga ? Le "O" est plus "gras" dans le Nord et l'Est et s'ouvre à mesure qu'on va vers le Sud. Déjà, dans le Lyonnais, les gones,à plusieurs, ne sont pas des polygônes...Et pourtant, sous la dictée, un élèver doit distinguer votre et vôtre... Les orthographes : "au", eau", "ô", appellent le O gras. sdemble-t-il...

Les A, eux aussi, sont "fermés" ou "ouverts", avec le même "chapeau indicateur". Mâle et malle, pâle et pale, "mâtin" et "matin"n'ont pas besoin du contexte pour être écrits correctement...s'ils sont ^prononcés correctement. Il est vrai qu'oralité hâtive, SMS, sigles, etcv..., sont tellement en hausse, que cela devient un os orthographique...

Et je ne dis rien, pour l'instant, des nasales... "Un lapin du copain" présente trois variantes de la même nasale, dont une dictée "à la Topaze" devrait affranchir de fotes d'aurteaugraf les élèves. mais, comme partout ailleurs, une source jaillissante d'inégalités, ou au moins de diversité, selon que vous vous sentez pessimiste ou optimiste, s'impose ici. Le bain linguistique otral où sont plongés les tout-petits, qui réduit la richesse phonologique de leur gazouillis dès l'âge tendre de trois mois , varie énormément...La région, la famille et les proches, le milieu socio-culturel, "déteignent". Tout le monde ne peut pas être trilingue "maternellement" comme George Steiner, dont la mère , souvent , "commençait une phrase en allemand, pour la continuer en français, et la terminer en anglais" (voir "Errata, l'histoire d'une pensée")

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